I. Par ail. etc. 2^ Édit., t. I, p. 66-7. — 2. L. IL
l'art i'OÉTH^LE. 20
de Tiron ('). Desportes eut du talent, mais ii eut surtout du succès. Il jouit d'une fortune aussi enviée des poètes, qu'elle leur est peu habituelle. Desportes vit ses poèmes largement payés en beaux écus. — '' On
* en peut juger par Rodomo7ît, qui lui valut 8,000 écus ' de la part de Charles IX, et qui n'est pas son meil-
* leur ouvrage. L'Amiral de Joyeuse lui donna, pour ' un sonnet, l'Abbaye de Tiron, qui rapportait alors ' trente mille livres ; ce qui doit faire penser que ' Desportes vécut au siècle d'or de la poésie.
" Balzac disait que ses vers lui avaient acquis un ' loisir de dix mille écus de rente, ce qu'on peut regar- ' der comme un écueil contre lequel dix mille poètes ' se sont brisés. Henri III lui dit un jour : J'augmente ' votre pension ; parce qu'il parut devant ce Prince ' avec un habit négligé (^)."
Les vers de Desportes sont du genre de ceux que Molière nomme " doux, tendres et langoureux"; ils ont de l'harmonie, ils sont français ; mais ses poésies profanes sont peu fournies d'idées. Malherbe les traita impitoyablement comme celles de Ronsard. Malgré le jugement violent de Malherbe, des Yveteaux décerna à Desportes l'éloge que Boileau donne à Villon. Selon des Yvetaux, le chaos régnait, avant Desportes, dans le royaume de poésie ; mais
1. '■''Les Psaumes de Z)(27//V/, traduits, ou imités par Desportes, ne vous " sont nullement ni défendus, ni nuisibles ; au contraire tous sont profita- " blés ; lisez-les hardiment et sans doute : car il n'y en a point. " {^Lettre à la Présidejtte Briilart, novembre, 1664.) Ce jugement porté par un Docteur de l'Église est grandement honorable pour Desportes. Malheureusement on ne peut louer et recommander ainsi les autres productions de ce poète de Cour.
2. Sab. de Castres, Tr. S. de Litt. — Bah. Eut. VIII, V^ h. Il paraît que ce favori des muses ou des rois sut faire bon usage de ces flots d'or et les déversa sur ses frères du Parnasse.
" De tant d'esprits confus Desportes nous dégage, " Et la France lui doit la règle du langage ('). "
Desportes et Ronsard biffés par Malherbe furent pour le satirique RécTnier des maîtres dii^nes d'admiration, héritiers des trésors antiques. Dans sa iii^ Satire, Régnier demande poétiquement conseil au marquis de Cœuvres :
" Dois-je, las de courir, me remettre à l'étude,
'' Lire Homère, Aristote; et, disciple nouveau,
" Glaner ce que les Grecs ont de riche et de beau,
" Reste de ces moissons que Ronsard et Desportes
" Ont rapporté du champ sur leurs épaules fortes;
" Qu'ils ont, comme leur propre, en leur grange entassé,
" Égalant leurs honneurs aux honneurs du passé? "
Bel éloge et en fort beaux vers. Néanmoins il ne faut point oublier que Régnier était le neveu de Desportes. Rien d'étonnant qu'un neveu s'anime en célébrant les louanges d'un oncle, dont il s'applaudit ailleurs {^) de suivre les traces :
" Je vais le grand chemin que mon oncle m'apprit. "
Desportes eut un neveu célèbre; et Bertaut une nièce fameuse, M'^^ de Motteville, l'auteur des Mémoires. C'est une ressemblance de plus entre ces deux poètes, qui marchent côte à côte et de front, dans les Rectieils et les histoires littéraires. Il en est d'autres. Bertaut comme Desportes, imita les Psaumes en vers. Desportes obtint une abbaye et Bertaut un évêché. Bertaut se déclare en poésie le disciple reconnaissant de son émule. Est-ce bien, comme Boileau le prétend, la chute de Ronsard, qui inspira la " retenue ' à sesdeux successeurs? L'affirmation de Boileau est une louange,