Sot. IX
mais non pas une preuve ; Bertaut dit au contraire qu'il doit à Ronsard la flamme inspiratrice. Il raconte en jolis alexandrins que la muse de Ronsard et'* les beaux vers " de Desportes éveillèrent et encouragèrent son génie. Il écrit à l'auteur delà Franciade :
" Je n'avais pas seize ans, quand la première flamme '' Dont ta Muse m'éprit s'alluma dans mon âme... " Je te prins pour patron, mais je pus moins encor '' Avec mes vers de cuivre égaler les tiens d'or. "
Voilà la vraie cause qui " retient" l'abbé de Tiron et l'évêque de Séez. Ils n'ont à leur service que des vers "de cuivre"; leurs ailes ne s'élèvent qu'à micôte ; ils ne chantent que des sujets mitoyens. Au reste, ce ''plus retemis " semble avoir été fourni à Boileau par Ronsard lui-même, qui se plaignait de la trop grande sagesse poétique du jeune Bertaut : " Ronsard ne lui " trouvait point d'autre défaut que d'être trop retenu ** pour un jeune poète ('). "
M^^^ de Scudéry prononce sur l'un et sur l'autre, à peu près comme le fait Boileau, mais elle donne la palme à Bertaut; " Desportes a une douceur char-
* mante; du Perron, une élévation plus naturelle ; et
* Bertaut a tout ce que les autres peuvent avoir ' d'excellent ; mais il l'a avec plus d'esprit, plus de
* force et plus de hardiesse, sans comparaison Il
' s'est fait un chemin particulier entre Ronsard et ' Desportes. Il a plus de clarté que le premier, plus ' de force que le second, et plus d'esprit et de poli-
* tesse que les deux autres ensemble (^).
Ménage, dans sa Requête des Dictionnaires, range Bertaut parmi les '' maîtres du langage " ; mais il y met aussi Ronsard :