‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 218 sur 258 · Éd. de 1692, p. 18. — 2. Saf. /T · texte numérisé non relu

Éd. de 1692, p. 18. — 2. Saf. /T

" Marot. " Le même auteur déplore un enjambement qui dépare une Tragédie de Racine : " On serait bien " aise, dit-il avec une certaine mélancolie, de ne pou- ** voir pas produire d'exemples de Vers enjambés, chez " les auteurs qui font règle ('). " Puis il revient sur les enjambements tolérables ; il nomme à ce propos Benserade et La Fontaine; il accorde un peu plus de latitude au style " familier" et "burlesque". Mais il en a presque du scrupule : " Toutefois il serait mieux ** d'user rarement de cette licence, et uniquement " dans les endroits, où l'on sent qu'elle est délicate et " agréable; mais jamais dans le style sérieux, et sur " la scène (').

Est-il concevable qu'après les lois de Malherbe et de Boileau, un admirateur, un disciple, un ami de ce dernier ait osé ériger l'enjambement en " effet de l'art! " L'abbé de Villiers est responsable des hexamètres suivants :

" Avec art quekiuefois le vers peut enjamber,

" Et sur un demi-vers avec grâce tomber,

" Même au milieu d'un mot reposer l'hémistiche (!)

" Et se permettre aussi quelque rime moins riche;

" Défauts (jue l'on pardonne au poète sensé,

'' Moins jaloux d'un beau vers que d'un mot bien placé (3). "

Combien de rébellions, et, pour parler comme Malherbe, d' " hérésies " poétiques, en ces quelques lignes! Et ces lignes (quelle témérité!) sont farcies de réminiscences de Boileau (^).

I. //« P. Ch. 5. — 2. Ibid. — 3. Poanes, etc., éd. de 17 12, p. 379. 4. Le même abbé de Villiers prenait.sans façon des airs bravaches et Boileau l'avait surnommé " le Matamore de Cluny ".

" Tout reconnut ses lois ; et ce guide fidèle

La royauté de Malherbe ne fut pas admise d'emblée ; et même une fois admise, elle eut à subir des assauts et des révolutions. Les ennemis se montrèrent surtout, quand Malherbe voulut faire sentir autour de lui son droit de conquête : '' Desportes, Bertaut, et " des Yvetaux même critiquèrent tout ce qu'il fit ('). " Ré^i^nier y répondit par des Satires.

Le poète indépendant, Théophile de Viau, se déclara hautement rebelle, et qui plus est, en fort bons vers :

" Imite qui voudra les merveilles d'autrui :

" Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui.

" Mille petits voleurs Fécorchent tout en vie ;

" Quant à moi, ces larcins ne me font point envie :

" J'approuve que chacun écrive à sa façon ;

" J'aime sa renommée et non point sa leçon.

*' Ces esprits mendiants, d'une veine infertile, " Prennent, à tout propos, ou sa rime ou son style, . " Et de tant d'ornements qu'on trouve en lui si beaux " Joignent l'or et la soie à de vilains lambeaux, " Pour paraître aujourd'hui d'aussi mauvaise grâce " Que parut autrefois la corneille d'Horace. "

Théophile n'est pas un auteur de tout point recommandable. Mais sa révolte contre le Dracon du Parnasse est son moindre crime. Théophile n'eut point tort de réclamer contre 1' '' esclavage du sot bétail ", qui s'imagine qu'on peut copier Malherbe ou n'importe quel maître.

Il ne fut pas le seul à s'inscrire en faux, par avance, contre l'affirmation de Boileau : '* Tout reconnut ses lois. " Thomas de Courval-Sonnet, poète de Vire, se plaignait, au temps de Malherbe, du peu de goût de ses collègues, indociles au frein malherbien :

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