Maximes
Art de prjcheK
s'excusa par un mot très clair: Monsieur, ce n'est pas ma faute (').
Le style de Boileau est " net " comme sa pensée. Voilà pourquoi son vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose, que l'on entend toujours ou peu s'en faut. Ce style transparent, au service de pensées précises, était goûté des contemporains, même avant l'apparition de la Poétique. Le 25 août 1672, Bussy- Rabutin écrivait au P. Rapin: " Despréaux est encore " merveilleux. Personne n'écrit avec plus de pureté. " Ses pensées sont fortes, et ce qui m'en plaît, tou- *' jours vraies. Il attaque le vice à force ouverte, et " Molière plus finement que lui. Mais tous deux ont " passé tous les Français, qui ont écrit en leur
" genre (^). "
" Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, " Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Distique proverbe. C'est la pensée d'Horace: " Verbaque provisam rem non invita sequentur (^). "
C'est ce que Fénelon a formulé aussi, touchant le '* véritable orateur. " " Il pense, il sent, et la parole " suit (^). " Mieux et plus on a pensé, plus et mieux on a déterminé le mot juste; le mot juste naît d'une pensée bien vue; et ce mot qui sort de la pensée comme une fleur, jette sur la pensée elle-même une lumière, une splendeur. Le P. Bouhours en a fait l'observation: "Un habit propre, dit-il, et magnifique " donne de la grâce et de la dignité à une personne " bien faite; et s'il est juste, il fait paraître la taille, '* quand on l'a fine. Il y a de mêmedestermes si attachés
I. V. A^'o/es hist., Édit, Ménard, etc. t. I, p. XC. — 2. Lettres, 3^ P. p. 597-8. — 3. V. 411. — 4, Lettre, ch. iv.
" aux choses, et si faits pour elles qu'ils semblent •* suivre la pensée comme l'ombre suit le corps (').
Ce fut de la sorte que l'on créa des chefs-d'œuvre classiques, au xvii^ siècle. On pensait d'abord, et les mots venaient, justes, exacts, lumineux reflets et miroirs de la pensée.
Il y eut, au siècle de Louis XIV, un homme qui ne fut point littérateur, sauf peut-être une fois ou deux, mais qui, pour la précision claire et française du langage, donna le ton à ses contemporains. Cet homme fut Louis XIV. Bossuet lui rendit ce magnifique hommage, du haut de la chaire de Saint-Denis, le i"' septembre 1683: " La noblesse de ses expressions vient '* de celle de ses sentiments, et ses paroles précises " sont l'image de la justesse qui règne dans ses pen- " sées (^).
Boileau avait senti cette justesse naturelle et digne, du langage royal. On lit dans le Bolaeana qu'il " entrait dans une espèce d'enthousiasme, lorsqu'il " parlait de Louis XIV... C'est un prince, disait-il, ** qui ne parle jamais sans avoir pensé (^\ " De là venait cette *' netteté " franche et ferme des discours du Roi. J'en trouve un autre éloge dans les Entretiens du P. Bouhours: '' Savez-vous bien que notre grand '* Monarque tient le premier rang parmi ces heureux '* génies, et qu'il n'y a personne dans le royaume qui " sache le français comme il le sait? Les personnes " qui ont l'honneur de l'approcher, admirent avec