La déf. du poème hér, etc., p
2. La critique de Carel est juste. J'ai feuilleté tout exprès nombre de pièces de Corneille, de Racine et de Molière, je n'ai trouvé aucun exemple de ain rimant avec in ; tout au plus le font-ils rimer avec ein. Boileau et La Fontaine sont en ceci des innovateurs ; car La Fontaine s'est accordé aussi plus d'une fois cette licence :
" Venez me voir chez moi ; je vous ferai festz«. " Messire Rat promit soud«/« ". (F. IV, 1 1.)
" Dandin mange bien du pain ; " 11 boit encore plus de zvnV/.
'* Allez aux Halles porter vos rimes (') " !
Carel néorliore d'examiner le sens des vers de Boi-
leau ; ce sens mériterait pourtant un couio d'oeil. Un auteur divin et \g />/us divin ne saurait être toujonrs et quoi qiiil fasse, un nidc/imtt écrivain. N'y a-t-il point là quelque allusion ? M. Geruzez soupçonne qu'il s'agit de Desmarets et de son Clovis, poème '' divin ", en ce sens que l'auteur croyait en avoir composé les derniers chants sous l'inspiration divine. L'histoire de l'Académie mentionne cette prétention bizarre, en disant que, vers la fin de sa vie, Desmarets " devint prophète ('). " Boileau lui-même accole ce titre de " prophète " au nom de Desmarets, dans une épigramme, datée de 1674 :
" Racine, plains ma destinée !
" C'est demain la triste journée, '• Où le prophète Desmarets .. ,,
Grâce à cette " clef", l'énigme de ces deux vers se
simplifie.
" Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse, " Et ne vous piquez point d'une folie vitesse :
Il y a aussi là une allusion satirique. Boileau nous assure, en note, qu'il vise Georges de Scudéry : " Scu- " déry disait toujours, pour s'excuser de travailler si " vite, qu'il avait ordre de finir". Brossette, par une autre note appuie celle de son maître. Scudéry était pour Despréaux le parfait exemplaire de cette rapidité regrettable :
I. Déf. des beaux cspr. etc., p. 47. — 2. Ed. Livet, I, p. 273.
" liienheiireux Scudéry, dont la fertile plume
" Peut tous les mois, sans peine, enfanter un volume (') !
Scudcry confessait avec une naïveté fanfaronne cette " folle vitesse ". Bien plus, il s'en faisait gloire : " J'ai, dit-il dans la préface ^Alaric, tant de facileté à " f^iire des vers, et à inventer, qu'un poème beaucoup " plus long que celui-ci [A/aric compte i i,ooo vers ) " ne m'aurait guère coûté davantage. "
Boileau n'a composé que de six à sept mille vers, à peine la moitié d'un poème épique ; mais il travaillait à loisir. Écoutons Brossette : '' Notre poète observait '* exacteinent ce précepte. Non seulement il composait '* suivant la disposition d'esprit où il se trouvait, sans '* forcer jamais son génie ; mais quand il avait achevé '' un ouvrage, il ne le publiait que longtemps après, •' afin d'avoir le loisir de le perfectionner, suivant le " conseil d'Horace :
"... Nonumque prematur in annum.
{Pcét. V. 388.)
*' Un ami voulant l'exhorter à produire son Art ''Poétique, lui disait que le public l'attendait avec im- *' patience. — Le public, répondit-il, ne s'informera *' pas du temps que j'y aurai employé. ... D'autres fois, '* il disait la même chose de la postérité.
'* Scudéry, au contraire...
Mais si Despréaux mettait du temps à parfaire ses poèmes, il n'aimait pas trop à reconnaître sa lenteur devant le public. Un magistrat, conseiller au parlement, s'avisa, j'ignore à quel propos, de dire : On sait biep que M. Despréaux ne fait pas les vers aisément. Le mot fut rapporté à Despréaux, qui le prit pour une injure. Il alla même, paraît-il, jusqu'à enchâsser le nom