‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 229 sur 258 · I. Sat. II · texte numérisé non relu

I. Sat. II

du malencontreux fils deThéniis, dans son Epître vii<^, à la place de rhéiiiistiche : " Que l' auteur du Jouas.., " (v. 88), avec cette note explicative : " Conseiller au " parlement, qui fait peu de cas de mes ouvrages ". Mais en corrigeant les épreuves, Boileau comprit que la critique du magistrat ne méritait point cette vengeance ; il biffa le nom, et l'auteur " du Jonas " fut laissé à sa première place.

Quoi qu'il en soit de ce fait, la lenteur sage de Despréaux était conforme aux mœurs littéraires du xvii^ siècle, qui ne produisait guère de chefs-d'œuvre impromptus. Bossuet mit dix ans à écrire son Discours sur l' Histoire universelle ; et \ Art Poétique fut près de cinq ans sur le métier. Cinq ans, pour aligner un millier de vers !

On ne se pressait point d'étonner le public. Le P. Sirmond, " sage et docte vieillard, plus que nonagénaire ", donnait ce conseil à l'évêque d'Avranches : " Ne vous pressez pas de rien donner au public...; *' attendez que vous ayez cinquante ans sur la tête, " pour vous faire auteur ('). " Je doute fort que cet avis eût chance d'être écouté, ou suivi, chez nous aujourd'hui. Scudéry, avec son volume par mois, passerait presque pour une tortue. Au surplus ne le calomnions point, Scudéry ne fut pas aux siècles passés, le parfait modèle de la •' folle vitesse ". Un devancier de Corneille, Jodelle, allait plus vite encore. Son ami, Charles de la Mothe, disait de lui : *' La plus longue " et difficile tragédie ou comédie n^ l'a jamais occupé " à la composer et écrire plus de dix matinées. " Hélas! la postérité s'est bien hâtée d'oublier Jodelle ; à peine se souvient-elle du bouc couronné de fleurs.

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