I. Hist. de C Acad. fr. — A7't. La Mothe- Le Vayer
" Un style si rapide, et qui court en rimant,
'• Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
Déjà Roilcau s'était moqué de ce coureur littéraire, plusieurs fois nommé, et s'inquiétant peu de ce qui entrait dans les douze pieds de son vers, pourvu que la rime arrivât au bout de la ligne.
Oronte avait mis quinze minutes seulement, à bâtir les quatorze vers de son fameux sonnet:
— " Je n'ai demeuré qu'un quart d'heure à le faire. "
Alceste lui répond :
— '* Voyons, Monsieur; le temps ne fait rien à l'affaire. "
Le temps ne fait rien au lecteur; mais il importe grandement à celui qui compose. Le bon Chapelain usa trente ans de son existence à rimer sa Pucelle; de quoi il n'eût pas été à blâmer, s'il avait été poète. Mais du moins. Chapelain était bon juge, quand il estimait le temps chose nécessaire à la perfection des œuvres sérieuses. Dans son Mémoire des ^ens de Lettres vivants en 1662, il parlait ainsi de l'auteur du Clovis: *' C'est un des esprits faciles de ce temps, et qui, ** sans grand fonds, fait une plus grande quantité de " choses, et leur donne un meilleur jour... Il est iné- '• puisable et rapide dans l'exécution, aimant mieux y " laisser des taches et des négligences, que de n'avoir '' pas bientôt fait ('). " Chapelain condamne la folle vitesse. Une fois, sur un point, le bonhomme fut du sentiment de Boileau.
La Bruyère appréciait de même nombre de livres, éclos avant ses Caractères, '* livres froids et ennuyeux, '' d'un mauvais style, et de nulle ressource, sans " règles et sans la moindre justesse, contraires aux
I, V. Hist, de PAcad.fr. Ed. Livet, t. I, p. 272.
*' mœurs et aux bienséances, écrits avec précipitation et *' lus de même, seulement pour leur nouveauté ('). Ce n'était pas ainsi que l'on composait ces paires immortelles, toujours admirées et même lues. On créait les beaux vers et la belle prose, à tête reposée, à loisir, à force de réflexion et de temps.
C'était chez \qs Précieuses àç. Molière que l'on faisait les impromptus, ou qu'on les prenait pour des mf^rveilles. Mascarille, le faquin, y disait: " Je suis diable- " ment fort sur les impromptus! " et Cathos de répondre: " L'impromptu est justement la pierre de touche
" de l'esprit (').
" J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
La violle arhie signifie le sable fin. Il est intéressant de mettre ici la prose de Boileau en regard de ce vers. Quelques années auparavant, Boik-au avait imaginé un dialogue contre les modernes qui font des vers latins. Il y introduit en scène Horace, s'escrimant à aligner des hexamètres français, et débutant par celui-ci:
" Sur la rive du fleuve amassant de Xa7-cne...
— '' Halte-là! lui crie un poète (c'est-à-dire Des- '* préaux en personne), on ne dit point en notre lan- " gue: sur la rive du fieuve, mais sîir le bord de la *' rivière. Amasser de \ arène ne se dit pas non plus; " il faut dire du sable. " Boileau vraisemblablement, n'avait plus présente à la mémoire cette leçon de français donnée à Flaccus, quand il prit arhie pour synonyme de sable.