‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 235 sur 258 · L. III · texte numérisé non relu

L. III

de ce pauvre " monsieur Chapelain "; — " c'est peut- " être pour avoir trop fati^i^ué et impatiente le public ** que La Pucellc en a été si mal reçue (') ". Et les épigrammes appelèrent la jeune vierge guerrière travestie par Chapelain "une vieille sempiternelle!"

" Polissez-le sans cesse et le repolissez; " Ajoutez quelquefois, et souvent efTacez.

C'est le " Sœpe stylicni vertus " d'Horace. Vauquelin avait ainsi paraphrasé ce précepte, répété dans la lettre aux Pisons: (Vos^ o Po??ipiliics stnigiiis...)

" Vous, ô vrai sang gaulois, reprenez et blâmez " Les vers qui ne sont pas assez vus et limés, *' Assez bien repolis; dont la rime tracée " N'a plusieurs fois été refaite et r'effacée; " Et par plus de dix fois corrigez-vous si bien " Qu'à la perfection il ne manque plus rien (^). "

Les manuscrits du xvii^ siècle témoignent encore de quelle façon les beaux et bons esprits entendaient le '' limae labor et mora'\ — Corneille avouait qu'il avait écrit plus de douze cents vers pour arriver à faire le v^ acte à'Ot/ioJi. Mais Malherbe sera toujours le parangon des poètes qui polissent et repolissent leurs œuvres. La preuve en est dans cette note de Tallemant : '' Balzac dit en une de ses lettres {=) que " Malherbe disait que quand on avait fait cent vers ou " deux feuilles de prose, il fallait se reposer dix ans. " Il dit aussi que le bonhomme barbouilla une demi- '* rame (!) de papier, pour corriger une seule stance. '' C'est une de celles de l'Ode à ]\L de Bellegarde ; elle *' commence ainsi :

i.Jug. des Sav., t. I, p. 216. — 2. L. m. — 3. A Conrart, Liv. Il, L. II et 12.

" Comme en nieillant une guirlande,

" L'iiomme esl d'autant i)lus travaillé etc. (')"

Balzac traitait un peu de cette sorte la prose de ses épîtres. Il écrivait à Boisrobert : '' Ne pensez pas que " j'adore les ouvrages de mes mains, quoique j'y prenne " autant de peine que les anciens sculpteurs à faire les " dieux ('). " La Rochefoucauld retoucha telle de ses Maximes jusqu'à... trente fois, d'aucuns disent même trente-six.

Despréaux nous a laissé un fidèle portrait de luimême pendant le feu (?) de la composition :

" Tous les jours, malgré moi, cloué sur un ouvrage, " Retouchant un endroit, effaçant une page, " Enfin passant ma vie en ce triste métier, " J'envie, en écrivant (•''), le sort de Pelletier. "

Jusqu'au déclin de ses ans, Boileau retoucha et retravailla ses pièces. Nous l'avons noté en parlant de l'édition dite favorite. " Il la revit avec soin, écrit *' Louis Racine, et dit à un ami qui le trouva attaché '' à ce travail : — Il est bien honteux de m'occuper " encore de rimes et de toutes ces niaiseries du Par- ** nasse, quand je ne devrais songer qu'au compte que " je suis prêt d'aller rendre à Dieu (f).

Ronsard avait aussi imposé aux jeunes initiés de la poésie le devoir de polir et repolir: " Tu seras laborieux " à corriger et limer tes vers; et ne leur pardonneras, *' non plus qu'un bon jardinier à son ente, quand il la " voit chargée de branches inutiles ou de bien peu de ^' profitas)."

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