I. Hist.^ t. I, p. 273. — 2. L. du 2j févr
3, Boileau écrivait-W toujours ses vers en les composant ? Non. Il racontait, le 29 avril 1695, <^Li'il avait fait une nouvelle Épître ; c'est la dixième: «La pièce, disait- il, n'a pas plus de 130 vers. Elle n'a pas encore « vu le jour, et je ne l'ai pas même encore écrite.... » (à Maucroix.)
4, Mém. etc. II« P. — 5. Abrégé de VArt Poéi. etc. p. 403.
L'abbé, académicien, de la Chambre, parlant des ratures qui doivent orner le travail d'un poète, empruntait à un raffinement de son époque, une comparaison ingénieuse : " L'abbé de la Chambre voulait " qu'en écrixant on effaçât beaucoup, et disait que " les ratures sont des mouches qui siéent bien aux " muses ('). " " Madame de la Fayette disait qu'une '' péi'iodc retranchée d'un ouvrage valait un Louis *' d'or; et un mol, vingt sols (')."
La IMothe avait retenu le précepte de \Art Poétique; il le prouve par son Ode à XOmbi'c de Despréaux :
*' Dans la carrière glorieuse
" Oïl de Tart nous cherchons le prix,
" Qu'une lenteur laborieuse
" Polisse ainsi tous nos écrits.
" En vain le fol orgueil nous presse;
" Effaçons, corrigeons sans cesse;
" Après le bien, cherchons le mieux (3). " .
Regnard, modèle de facilité, versifiant un peu comme Ovide, Regnard qui disait à l'Abbé de Bentivoglio:
"... Je n'eus pas encore assemblé douze hivers, " Qu'errant sur l'Hélicon, je composai des vers, "
effaçait, polissait, limait ses vers faciles; il l'affirme :
" Quelquefois,
" Peur faire quatre vers, je me mange trois doigts (+). "
Baillet cite, au long, le passage de Despréaux sur la correction et éclaire une aussi "importante leçon" par l'exemple de tous les siècles. '' Cette belle maxime ", dit-il, a été '' pratiquée par tout ce qu'il y a eu de plus " judicieux et de plus habiles écrivains de tous les " siècles et sur toutes sortes de sujets. " Baillet ter-
I. Vign. Mar., t. I. — 2. Segrais,^ Œnv. -V"= Éd. t. Il, p. 146. — 3. Odes&\.z. t. II, p. 286. —4. Œuv. Éd. de 1805, t. III, p. 321.
mine sa revue des âges et des pays, par l'exemple mémorable de Despréaux '' cloué sur un ouvrage (')".
Brossette, qui fut la copie de Boileau, voulut un jour faire ol>server la loi du ''Polissez-le- sans cesse'\ par un jeune poète latin. Il raconte triomphalement cet exploit à son original. Un jeune Jésuite, stimulé par Brossette, s'était mis en devoir de traduire l'Épître XI de Despréaux. Brossette envoie les deux premiers distiques à son maître, et ajoute : '' Je vous aurais " envoyé le reste de l'Épître; mais je n'ai pas trouvé '* qu'elle fût encore en état de paraître devant un juge " tel que vous; et j'ai conseillé à l'auteur de labourer, " couper, tondre, aplanir, polisser s^ivdiducûoïi. Quand *' il aura fait toutes ses réparations, je ne manquerai " pas de vous l'envoyer (^).
Brossette était bien formé.
" C'est peu qu'en un ouvrage où. les fautes fourmillent, " Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent; " Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu; " Que le début, la fin, répondent au milieu.
A partir de cet endroit,jusque vers la fin du chant i^^, Boileau a mis largement Horace à contribution ; et Brossette prend le soin de reproduire les passages imités. Les deux premiers vers sont de l'Épître i du Livre ii :
" Inter quae verbuîn einicuit si forte decû?um, et '* Si versus paulo concinnior unus et al fer, " Injuste totu?n ducit, venditque poeina. "
Le quatrième est de la lettre aux Pisons :
" PriîHo ne fnedium, fnedio ne discrepet imum. " (V- '5^-)
\>Jug. des Sav.,t. I, p. 211 et suiv.