I. L. II. — 2. A. P. V. 23. — 3. 2* Dial. sur TEL, (fin
Le P. Bouhours cmet, en d'autres termes, le même a\'is. Il expose comment notre lani^iie fuit '* ce qu'on " appelle communément phrases ", et veut que les mots " soient faits en quelque façon l'un pour l'autre ". Là-dessus, il cite le jugement " d'une illustre per- " sonne, à qui notre siècle doit une partie de sa poli- " tesse. "C'est,si je ne me trompe, M'^^de Scudéry. On lui montrait une pièce et on lui demandait son sentiment sur certaines phrases ornées de mots cherchés trop loin. — " Ces mots-là, dit-elle en souriant, sont, je *' crois, bien étonnés de se voir ensemble; car appa- " remment ils ne s'y sont jamais vus (').
*' Craignez-vous pour vos vers la censure publique, •' Soyez-vous à vous-même un sévère critique.
*' L'autre jour, disait Despréaux, un homme de la " Cour vint me chicaner sur quelques-unes de mes " expressions, qu'il trouvait trop hardies. Je lui ré- " pliquai assez brusquement : Monsieur, quand je fais '' tant que de vous réciter un ouvrage, ce ne sont pas " vos critiques que je crains; ce sont celles que je me " fais à moi-même (^).
" L'ignorance toujours est prête à s'admirer.
Horace l'avait dit :
" Verum
" Gaudentes scribunf, et se venerantur^ et tdtro^ " Si taceas^ laudant quidquid scripsere beati (3). "
Et Despréaux avait déjà tâché de traduire Horace :
" Un sot en écrivant, fait tout avec plaisir...,
" Et toujours amoureux de ce qu'il vient d'écrire,
"'■ Ravi d'étonnement, en soi-même il s'admire ('*). "
I. E?ii. d^Eug. et d'Ar. — 2^ Ent. — 2. Bolaeajia^ CVIII : cité par S. Surin. — 3. Ép. Lib. II, 2, — 4. Sat. IL
Boileau était b'en persuadé de cette vérité d'expérience; combien de ces ignorants heureux il avait pris sur le fait! M. Despréaux, raconte Hrossette, citait un jour un passage de La Bruyère, qui rend bien l'idée de ce vers : L iornora^ice..., etc. "Un esprit médiocre croit " écrire divinement ; un bon esprit croit écrire raison- ' nablement.
Selon la méthode de calomnie (ou de médisance), habituelle aux adversaires de Boileau, la pensée de cet alexandrin fut retournée contre son auteur. Ce fut Bonnecorse qui trouva ce trait de génie contre Boileau :
" Cet écrivain sublime est toujours, tant il s'aime, "'' Satisfait de ses vers et content de soi-même (')• "
Le fameux P. Garasse avait donné une explication originale de l'admiration que les sots éprouvent en face de leurs œuvres : Toute peine vaut salaire, dit le P. Garasse. Or, '' quand les bons esprits font un " ouvrage excellent, ils sont justement récompensés " par les applaudissements du public. Quand un pauvre " esprit travaille beaucoup pour faire un mauvais '' ouvrage, il n'est pas juste ni raisonnable qu'il attende " des louanges publiques; car elles ne lui sont pas " dues. Mais afin que ses travaux ne demeurent pas " sans récompense, Dieu lui donne une satisfaction '* personnelle, que personne ne lui peut envier sans '' une injustice plus que barbare; tout ainsi que Dieu, '* qui est juste, donne de la satisfaction aux grenouilles " de leur chant (^).
Par contre — au temps de Boileau du moins — le mérite se croyait modestement loin de la perfection; le P. Rapin le constate dans cette antithèse : " Ce sont