‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 39 sur 258 · Ibid. ch. VII, § I. De P Uniformité ., etc · texte numérisé non relu

Ibid. ch. VII, § I. De P Uniformité ., etc

'* Ce qui prouve son mérite chez tous les gens de goût, " c'est qu'on sait ses vers par cœur ; et ce qui doit '* plaire aux philosophes, c'est qu'il a presque toujours ' raison.

" Puisque nous avons parlé de la préférence qu'on ' peut donner quelquefois aux modernes sur les anciens, '• on oserait présumer ici que VA?'/ Poétique de '* Boileau est supérieur à celui d'Horace. La méthode " est certainement une beauté dans un poème didac- " tique ; Horace n'en a point ('). Nous ne lui en ** faisons pas un reproche, puisque son poème est une " épître familière aux Pisons, et non pas un ouvrage " régulier comme les Géorgiqiics ; mais c'est un mérite " de plus dans Boileau, mérite dont les philosophes " doivent lui tenir compte.

" ^J Art Poétique latin ne paraît pas, à beaucoup *' près, si travaillé que le français (^). Horace y parle ** presque toujours sur le ton libre et familier de " ses autres épîtres. C'est une extrême justesse dans " l'esprit, c'est un goût fin, ce sont des vers heureux " et pleins de sel, mais souvent sans liaison (^),

1. Tout le monde n'est point de ce sentiment: " L'Épître aux Pisons,qui " a reçu le nom à: Art Poétique^ auquel son auteur n'avait pas songé, " se divise en trois parties. Dans la première, Horace parle des préceptes " généraux ou communs à tous les genres ; dans la seconde, il descend " aux préceptes particuliers concernant surtout l'épopée, la tragédie et " la comédie ; dans la troisième, il donne des conseils au poète lui-même, " en lui déclarant ce qu'il doit faire avant, pendant et après la composi- *' tion de son œuvre. N'est-ce pas la, en somme, le plan de Boileau ? " (P. A. Cahour, Poésies françaises^ à Vusage de la classe de seconde^ p. 13.) L'auteur montre ensuite que tout l'avantage du plan est à Horace ; il conclut : " Non, Boileau n'est pas supérieur à Horace par la méthode etc.. " p. 16.

2. N'est-ce pas précisément son plus grand et son incomparable mérite.^

3. " Boileau... passe trop souvent d'un sujet à un autre, par une transi- " tion artificielle plus ou moins heureuse. Il est rare, au contraire, que " les transitions d'Horace soient autres que la liaison naturelle des " pensées. » (P. A. Cahour, loc. cit., p. 14.)

" quelquefois destitués d'harmonie ; ce n'est [)as l'élé- " gance et la correction de Virgile. L'ouvrage est très " bon ; celui de Boileau paraît encore le meilleur (') ; ** et si vous en exceptez les tragédies de Racine, qui " ont le mérite supérieur de traiter les passions et de " surmonter toutes les difficultés du théâtre, l'^ir/f '' Poétique de Despréaux est sans contredit le poème ** qui fait le plus d'honneur à la langue française (-'). "

\J Art Poétique recevait l'hommage des autres beaux arts, en même temps que ceux de la littérature solennelle ou légère. En 1718 Titon du Tillet lui avait assigné une belle place dans son Parnasse français. Un des médaillons de ce curieux monument était consacré à VArt Poétique. L'ensemble figurait le royaume mythologique des Neuf Sœurs : ce sont des rochers, du milieu desquels s'élève un olivier en feuilles, et où bondit Pégase. Près de l'olivier un Génie semble courir : il tie^t un volume où se lisent ces deux mots : Art Poétiqîie, et semble prononcer cette devise que porte le médaillon : '^ JoiLvre les Routes cite Par- '' nasse.

Boileau en effet était toujours porte-clefs du temple des Muses. Les nourrissons des doctes pucelleSy et les autres gens de lettres, fidèles aux traditions classiques, se réclamaient de son crédit, et respectaient sa Poétique comme le testament d'un ancêtre. Batteux réunissait (i 771) en un volume les quatre Constitutions poétiques et disait au sujet de la quatrième: "Après ces trois " grands maîtres (Aristote, Horace, Vida), Boileau-

1. " Boileau a traduit ou imité plus de la moitié des vers d'Horace. " Il est même à regretter qu'il n'ait pas suivi de plus près encore son " modèle, il y aurait gagné en plus d'un endroit, par l'ordre logique des " idées et par la plénitude de l'enseignement. " (Id., Ibid.)

Page 1