‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 66 sur 258 · I. Liv. II, F. I. — 2. Hor · texte numérisé non relu

I. Liv. II, F. I. — 2. Hor

''brûlants d'une ariicur f^i^rillcuse'' qu'une route bien Iniyce, c'est-à-dire la méthode infaillible pour produire telle ou telle pièce, selon des règles admises. Il le répète, d'un bout à l'autre de ses quatre Chants. Dès le début, il met son disciple aux prises avec

'' Part des vers { 1,2);" il lui recommanda d'être

" simple avec art (I, loi); "

il se rit de

'T art confus (I, ii8)"

de nos ancêtres. Pauvres gens ! qui n'avaient point de règles ! Il raille ce grand poète téméraire qui '''■fit un art à sa mode (I, 1 24) ! "

Vous, dit-il à son lecteur, soyez sage, travaillez avec ordre ; restez dans les boriies prescrites (IV^) ; demandez à tel ou tel ancien les leçons

" qu'il domiait de so?i art (II, 56) "'. Vous faites des odes! attention aux règles! observezles, sans le faire paraître, et sachant que le désordre lyrique

" est un effet de Part (II, 72). "

De l'art partout !

Qu'est-ce qu'une Tragédie ? C'est un tableau d'un fait terrible,

" qui par Part i?nité (III, 2) ",

et reproduit par un

" artifice agréable (III, 3), "

plaise aux yeux et touche le cœur. Mais pour parvenir à ce double terme,

" Nous voulons qu^avec art P action se méiiage (III, 44) " ;

et pour le choix de nos effets tragiques, nous nous en rapportons à

''Part judicieux (III, 53). "

no

Qu'est-ce qu'une épopée ? C'est un poème travaillé avec art, comme par exemple ce

" courroux (T AcJiille avec art /ne nagé (III, 254). "

Qu'est-ce qu'une Comédie ? Une imitation de la vie ordinaire, mais faite avec art; chacun est

^^ pei?it avec art, dans ce fiouveau miroir (l\\, 353)- "

Et ainsi pour chacun des genres, ou grands, ou petits.

Au chant iv^ Boileau revient sur ses pas et veut

faire entendre qu'il faut être né poète; il cite l'exemple

du médecin qui renonce ''à son art inhumain'' et

réussit dans l'architecture. La cause } c'est qu'il était

" 7ié dans cet art (IV, 13). "

Imitez-le ; au lieu d'être médiocre rimeur, livrezvous à

" un art nécessaire ";(IV, 27)

Pourquoi ? c'est qu'il est

" Da7is tout autre art des degrés différents (IV, 29) " ; mais non point dans

'"'' L art dangereux de rimer et d^ écrire. " (IV, 31) Pourtant si vous vous sentez

" trop resserré par Part (IV, 79) ",

apprenez

""de Vart même àfra7ichir ses limites. " (IV, 80) La poésie enfin est

" un art divifi (IV, 132) ";

la preuve ! c'est qu'il nous a été enseigné par les

muses; c'est

" leur art (IV, 165)!"

Nous n'avons point relevé, tant s'en faut, tous les membres de phrase où Boileau s'est servi de ce mot ; mais il est facile de voir que ce mot est sa note dominante, ou même son refrain. Donc qu'il reste démontré

que le Ici^islateur est surtout le poètc! du soin, ch; la mesure, de la minutie, beaucoup plus que de; la verve, ou des entreprises orénéreuses et lari^es. Sainte-Beuve dit que Hoileau " réforma les vers, mais comme Colbert " les finances, comme Pussort le code, avec des idées " de détail (')."

Donc, que l'on ne s'avise point de chercher dans ses *' leçons " ce qui n'y est pas, une philosophie de la littérature, une révélation d'un idéal tout neuf ou d'une route frayée en une nuit. A notre humble sens, la grande lacune de cette pédagogie classique, c'est justement qu'elle ne dit rien de neuf, qu'elle ne révèle rien, dans le sens vrai et profond du mot, qu'elle ne fraye point de routes. Son rôle est d'indiquer des chemins bien battus, passablement sûrs, où l'on marche en bonne compagnie, mais toujours à la suite de quelqu'un, et sur la piste de Boileau en personne, qui vous crie sans cesse : Prenez garde ! Ne quittez pas le sentier, d'une ligne :

" Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt on se noie ! if) "

Que si l'un des voyageurs prétend contempler les cimes ; s'il veut regarder tout à l'aise, de haut et de loin ; s'il s'essaie à franchir les distances d'un élan personnel, le inamiel de Boileau n'est point son fait. Comme tous les manuels, il sert beaucoup à la mémoire, bien peu à la réflexion. Qu'on ne s'imagine point non plus devenir poète en lisant \Art Poétique ; ce serait perdre très niaisement son temps; tout comme on le perdrait si, pour avoir le génie d'agronome, on apprenait par cœur les Géorgiqiies; ou si, pour se donner les capacités d'un Christophe Colomb, on étudiait la Navi-

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