‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 67 sur 258 · Ch. I, V · texte numérisé non relu

Ch. I, V

gatioii d'Ksménarcl. Ce n'est point ciinsi cjuc l'on découvre TAniérique.

Jamais on n'est devenu un Racine, et jamais on ne le deviendra, en gravant dans son souvenir les i6o premiers vers du chant iii^ de \ Art Poétique; ïv\?i\%^x\ les comprenant bien, on se rendra un compte assez exact de l'art tragique de Britciîtnicîis. En comprenant bien le chant i^»', on se rendra un compte très parfait de la poésie de Boileau lui-même. En comprenant bien les quatre chants, vous saurez, à peu près, tout ce qu'il faut éviter, en vers et en prose. Avec cela, ayez du génie, servez-vous-en, et travaillez; vous êtes sûr de réussir; sic itur ad ast7^a !

Un grand mérite — sinon le plus grand — de \ Art Poétique, c'est que Boileau, tout en y " créant les pen- " sées d'autrui," tout en s'y faisant le secrétaire de son siècle, y est resté lui-même ; j'entends satirique. Si Boileau n'est point, dans toute l'étendue de ce terme, un docteur, il est toujours un assez agréable railleur; il est né malin; il sait rire, quand il le veut et quand il en est besoin. Au beau milieu de ses pages didactiques, l'ennemi de Cotin garde 'Ma haine d'un sot livre". Il fait la fonction d'un maître sage. C'est le professeur qui souligne les fautes de sens, de goût, de grammaire et qui dit à ses bons élèves : ne me les rapportez plus ; sinon, je vous... Quos ego !

Despréaux loue peu ; six ou sept noms à peine. Un de ses adversaires lui reproche même de se laisser arracher plus volontiers " une dent qu'une louange ". Mais chaque fois que, en regard d'un précepte, sa mémoire lui offre un nom " propre à la censure ", il s'égaie et il égaie ses lecteurs. A côté des lois qu'il codifie, Boileau édicté et exerce des pénalités contre les malfaiteurs du Parnasse. Il aurait voulu, déclare-

t-il implicitement dans une de ses Préfaces ('), remettre à l'ordre du jour un châtiment employé jadis par les rhéteurs de Lyon contre les méchants poètes ; on obligeait ces infortunés à effacer leurs propres vers avec leur langue. Ce supplice ne durait qu'un moment; Despréaux en intlio^e un non moins infamant, mais qui se prolonge encore. Il cloue les gens et les livres au pilori : d'Assoucy près de ses pièces burlesques, Brébeuf près de sa Pharsale emphatique, Ronsard près de sa cithare gréco-latine, ou de ses " pipeaux rus- *' tiques ", Pelletier avec ses sonnets, Linière avec ses couplets,Calprenède avec son Juba gascon, Motin avec sa glace rimée, Gombaud avec ses ouvrages " tant ** loués ", et même... Molière non loin de Tabarin. Boyer, Pinchêne, et six autres en trois vers sont par lui pendus à ce Montfaucon.

Quelquefois, sans nommer les auteurs, il les désigne par des allusions transparentes. D'autres fois, dans son édition dernière et favorite de 1701, Boileau fait connaître, en note, quel est Tauteur sous-entendu dans le texte. Il y a environ trente poètes français, espagnols, italiens, cités ainsi nommément, ou par synonyme, à la barre de Despréaux, par lui jugés et exécutés. Certains personnages, sans être poètes, sont offerts sur cet échafaud à la risée et à la vindicte publique : comme Perrault le médecin, comme les sots qui peuplent les antichambres " chez le Duc et chez le Prince " ; comme les esprits quintessenciés d'Italie en quête de "faux brillants " ; comme les Turlupins, comme mademoiselle de Scudéry et je ne sais combien d'autres. ]J Art Poétique est en toute réalité la plus longue des Satires.

Les tyrans des siècles passés faisaient respecter leurs

Page 1