‹ L'art poetiqueChapitre 11 sur 37 · Le petit père André, Augustin · texte numérisé non relu

Le petit père André, Augustin

Voyez le livre de M. Jacquinet : les Prédicateurs avant Bossuet.

4. Il est bien difficile que les mots ne soient pas intéressés dans l'équivoque de la pensée.

5. Turlupins, ou mauvais plaisants, faiseurs de calembours, ainsi nommés du nom de guerre d'un acteur de l'Hôtel de Bourgogne.

Mais, fuyez sur ce point un ridicule excès ; Et n'allez point toujours d'une pointe frivole Aiguiser par la queue une épigramme folle.

Tout poème est brillant de sa propre beauté1. Le Rondeau*, né gaulois, a la naïveté. 140 La Ballade"0, asservie à ses vieilles maximes, Souvent doit tout son lustre au caprice des rimes. Le Madrigal, plus simple et plus noble en son tour, Respire la douceur, la tendresse, et l'amour4.

L'ardeur de se montrer, et non pas de médire, 145 Arma la Vérité du vers de la Satire.

Lucile5 le premier osa la faire voir; Aux vices des Romains présenta le miroir ; Vengea l'humble vertu de la richesse altiére ; Et l'honnête homme à pied du faquin en litière. 150 Horace, à cette aigreur, mêla son enjouement : On ne fut plus ni fat ni sot impunément ; Et malheur à tout nom, qui, propre à la censure, Put entrer dans un vers sans rompre la mesure !

Perse6, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, 155 Affecta d'enfermer moins de mots que de sens.

Juvénal7, élevé dans les cris de l'école, Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole. Ses ouvrages, tout pleins d'affreuses vérités, Etincellent pourtant de sublimes beautés : ICO Soit que, sur un écrit arrivé de Gaprée, Il brise de Séjan la statue adorée ; Soit qu'il fasse au conseil courir les sénateurs, D'un tyran soupçonneux pâles adulateurs ; Ou que, poussant à bout la luxure latine, 165 Aux portefaix de Rome il vende Messaline,

1. Entendez que tout poème, ou tout genre , soit de vers , soit de prose , comme tout être ou tout objet, a sa beauté, qui n'appartient qu'à lui.

Chacun pris en son air est agréable

[en soi.

2. Petit poème à forme fixe, dans lequel excella jadis Charles d'Orléans, et dont on trouve encore de bien jolis modèles dans les œuvres de Voiture.

3. Autre poème à forme fixe, dont voici la formule type : 3 [ababbcbc] -h bcbc On peut d'ailleurs étendre à dix ou même a douze le nombre des vers dans chacune des trois strophes. La formule devient alors, dans le premier cas : 3 [ababbccdcd] -4- ccdcd; et dans le second : 5 [ababbccddede] -+- ccddede. Le dernier vers de chaque strophe

est le même et forme ainsi refrain.

Les meilleures ballades qu'il y ait en français sont celles de Villon.

On prendra garde, à ce propos, de ne pas confondre la ballade ancienne avec la ballade romantique : anglaise, allemande ou française.

4. Le madrigal a été le triomphe du xvnc et du xviue siècle français, comme étant, de tous les genres en vers, celui qui se passe le plus aisément d'être poétique : il lui suffit d'être aisé, spirituel, élégant et poli.

5. Lucilius , satirique latin, dont il ne nous est guère parvenu que des fragments.

6. Perse n'est qu'un écolier. Voyez Nisard : Poètes • latins de la décadence.

7. Juvénal vaut mieux que Perse, mais c'est encore un déclamateur.

Ses écrits pleins de feu partout brillent aux yeux.

De ces maîtres savants disciple ingénieux, Régnier seul parmi nous formé sur leurs modèles, Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles1. 170 Heureux, si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait l'auteur ; Et si, du son hardi de ses rimes cyniques, Il n'alarmait souvent les oreilles pudiques 2 ! Le latin dans les mots brave l'honnêteté, 175 Mais le lecteur français veut être respecté : Du moindre sens impur la liberté l'outrage, Si la pudeur des mots n'en adoucit l'image. Je veux dans la satire un esprit de candeur, Et fuis un effronté qui prêche la pudeur3. 180 D'un trait de ce poème en bons mots si fertile, Le Français, né malin, forma le Vaudeville'*, Agréable indiscret, qui, conduit par le chant, Passe de bouche en bouche, et s'accroît en marchant5. La liberté française en ses vers se déploie : 185 Cet enfant du plaisir veut naître dans la joie. Toutefois, n'allez pas, goguenard dangereux, Faire Dieu le sujet d'un badinage affreux.... A la fin tous ces jeux, que l'athéisme élève c, Conduisent tristement le plaisant à la Grève7. 100 Il faut, même en chansons, du bon sens et de l'art :

1. Dans cette revue de l'histoire de la Satire, Boileau, faisant la part trop belle, nous l'avons déjà dit, aux Latins, la fait trop étroite à ses prédécesseurs français. Les Êpîtres de Marot sont souvent de véritables Satires ; les Sonnets romains, le Poète courtisan de du Bellay n'étaient pas indignes au moins d'une mention ; et les Discours sur les misères de ce temps, de Ronsard, ont enfin leur mérite. Je ne dis rien des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné.

Quant aux imitateurs de Régnier — tels que Jacques Auvray, Thomas de Courval-Sonnet, du Lorens et quelques autres, — ils devraient avoir leur place dans une histoire générale de la satire en France ; mais ici, dans ce résumé, Boileau avait le droit de les passer sous silence.

2. Régnier est en effet de son temps ; et ce temps, qui est celui des premières années du règne de Henri IV, est le temps aussi de la pire corruption des mœurs et de la pire grossièreté du langage.

. 3. C'est une effronterie familière encore-à beaucoup d'écrivains, qui font

la guerre au vice en le peignant sous des couleurs et avec des traits qui le suggèrent ou même au besoin qui l'enseignent.

4. Le vaudeville, tel que l'entend ici Boileau, n'a sans doute rien de commun avec celui de nos Labiche et de nos Gondinet, ni peut-être même avec le vaudeville ou vau de vire d'Olivier Basselin, sur lequel on a tant disserté.

C'est tout simplement la chanson satirique, dont on ne conserve au besoin que les rimes et le refrain, mais dont les couplets, ainsi qu'il dit, vont se multipliant de bouche en bouche, et de province en province. On peut en prendre les chansons de Béranger comme type littéraire : le Roi d'Yvetot, par exemple, ou le Vilain, ou les Marionnettes.

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