Il y a de pareils exemples dans Euripide. (B
Un commentateur de l'Art poétique, le père Delaporte, fait observer qu'il y en a dans Racine aussi :
Oui, c'est Agamemnon, c'est ton roi [qui t'éveille.
Iphigénie, I, 1.
2. Boileau vise-t-il ici Corneille, dont en effet les expositions sont quelquefois si laborieuses ? Comparez celles de Racine. L'exposition de B'ijazet est peut-être la plus parfaite qu'on puisse citer dans l'histoire de la tragédie française.
3. Cet hémistiche, «delà les Pyrénées », nous permet de croire que Boileau, — qui sans doute ne connaissait de Lope de Vega et de Calderon que les adaptations qu'en avaient données nos auteurs dramatiques, les Rotrou, les Scarron, les Thomas Corneille, Corneille lui-même, dans la Suite du Menteur, — s'est souvenu de Cervantes :
« Quelle plus grande extravagance, lisons-nous en effet dans Don Quichotte,
Ire p., ch. 48, quelle plus grande extravagance peut-il y avoir que de présenter un enfant au maillot dans la première scène, lequel enfant, dès la seconde, apparaît homme fait, avec de la barbe au menton? »
i. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner à fond la question des trois unités.
Nous renverrons donc le lecteur à la brochure de M. Breitinger : les Unités avant le Cid de Corneille ; et nous nous bornerons à dire qu'on ne saurait commettre de plus fâcheuse erreur à ce sujet que de voir dans cette règle fameuse, comme on le fait trop souvent encore, une trouvaille du docte Chapelain. Avant d'être française, la question a été européenne.
5. Pour le coup nous ne pouvons plus douter, et c'est bien à Corneille qu'en veut ici Boileau, si c'est bien Corneiile qui a dit lui-même en propres termes, totidem verbis, que : « le sujet d'une belle tragédie doit n'être pas vraisemblable ».
G. Ces quelques vers sont imités et presque traduits de YÉpitre aux Pisons.
L'esprit ne se sent point plus vivement frappé Que, lorsqu'en un sujet d'intrigue enveloppé, D'un secret tout à coup la vérité connue
Change tout, donne à tout une face imprévue !. 00 La tragédie, informe et grossière en naissant,
N'était qu'un simple chœur, où chacun, en dansant,
Et du Dieu des raisins entonnant les louanges,
S'efforçait d'attirer de fertiles vendanges.
Là, le vin et la joie éveillant les esprits, 05
Du plus habile chantre un bouc était le prix -. * Thespis fut le premier, qui barbouillé de lie,
Promena par les bourgs cette heureuse folie3,
Et, d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau,
Amusa les passants d'un spectacle nouveau. 70 Eschyle dans le chœur jeta les personnages;
D'un masque plus honnête habilla les visages;
Sur les ais d'un théâtre en public exhaussé
Fit paraître l'acteur d'un brodequin chaussé.
Sophocle enfin, donnant l'essor à son génie, 75
Accrut encor la pompe, augmenta l'harmonie;
Intéressa le chœur dans toute l'action ;
Des vers trop raboteux polit l'expression;
Lui donna chez les Grecs cette hauteur divine
Où jamais n'atteignit la faiblesse latine4. 80 Chez nos dévots aïeux, le théâtre abhorré
Fut longtemps dans la France un plaisir ignoré.
De pèlerins, dit-on, une troupe grossière,
En public, à Paris, y monta la première,
Et, sottement zélée en sa simplicité, 85
Joua les Saints, la Vierge, et Dieu, par piété5.
Le savoir, à la fin dissipant l'ignorance,
Fit voir de ce projet la dévote imprudence.
On chassa ces docteurs prêchant sans mission ;
On vit renaître Hector, Andromaque, Ilion6; H0
1. On ne doutera pas que Boileau songe à la péripétie dlphigénie [acte III, scène V], si l'en fait attention que l'Art poétique, et Ylphigénie sont de la même année 1674; et qu'en même temps qu'une occasion d'être agréable à Racine, Boileau trouvait dans l'allusion un moyen de donner à ses vers cet air d'actualité qu'on a déjà vu qu'il aimait à leur donner.
2. Voyez, sur les origines et le développement de la tragédie grecque, le tome III de Y Histoire de la Littérature Grecque de MM. Alfred et Maurice Croiset. Paiis, l891,Thorin.