CHANT I
Préambule ; nécessité d'une vocation générale ; 1 à 26.
I. De la rime et de la raison, 27 à 38. — Dangers que l'on court à s'écarter du bon sens, 39 à 63; et, à ce propos, de la préciosité et de la prolixité1. — De ne point tomber d'un excès dans un autre, Cl à 69, et de varier le ton de son discours, 70 à 79. — Ne pas confondre pour cela le plaisant avec le burlesque, 80 à 97, et, à cette occasion, des maîtres du burlesque : Scarron et Dassouci. — Distinguer également la grandeur d'avec l'enflure, 98 à 102.
II. De la cadence, de la césure, de l'hiatus, 103 à 108, et du choix des sons, 109 à 112. — Esquisse d'une histoire de la versification française jusqu'à Malherbe, 113 à 130. — De la réforme de Malherbe, 151 à 142. — Du prix de la clarté, 112 à 154, et de la correction, 155 à 162. — Que pour y atteindre on ne saurait travailler trop lentement, 163 à 174. — Du prix de la composition, 175 à 182. — Utilité de la critique, 183 à 231.
C'est en vain qu'au Parnasse, un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur2 :
1. Dans ces courts sommaires, nous indiquons par des italiques les digressions dont le développement se lie, d'une manière plus ou moins étroite, pour en égayer de temps en temps la monotonie didactique, à celui de l'idée générale du poème.
2. On a beaucoup épilogué sur ces deux premiers vers, mais c'est faute, à ce qu'il semble, d'avoir pris la peine de les entendre. Si en effet le Parnasse est une montagne, aux flancs de laquelle sont ménagées diverses sta-
tions, multx mansiones — les unes plus> bas, et les autres plus haut — quoi de plus naturel que de parler de la «hauteur de l'art des vers.»? On se met en route pour faire une Ode, et on n'a de souffle que pour une Cnan-son ; ou bien on s'évertue à dire en vers, péniblement, ce qu'on dirait bien mieux en prose. L'image est donc parfaitement juste; et ceux-là seuls ne l'ont pas vu qui oublient qu'en devenant synonyme de poésie même , le mot de Parnasse ne laisse pas d'avoir-
S'il ne sent point du Ciel l'influence secrète,
Si son astre en naissant ne l'a formé poète,
Dans son génie étroit il est toujours captif : 5
Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif.
0 vous donc, qui,brûlant d'une ardeur périlleuse, Courez du bel esprit1 la carrière épineuse, N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Ni prendre pour génie un amour de rimer ; 10 Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.
La nature, fertile en esprits excellents, Sait entre les auteurs partager les talents2 : L'un, peut tracer en vers une amoureuse flamme; 15 L'autre, d'un trait plaisant aiguiser l'épigramme; Malherbe3, d'un héros peut vanter les exploits; Racan4, chanter Philis, les bergers et les bois. Mais, souvent, un esprit qui se flatte et qui s'aime, Méconnaît son génie, et s'ignore soi-même : 20 Ainsi tel, autrefois qu'on vit avec Faret5 Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret, S'en va mal à propos d'une voix insolente, Chanter du peuple hébreu la fuite triomphante, Et, poursuivant Moïse au travers des déserts, 25 Court avec Pharaon se noyer dans les mers6.
Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime : L'un l'autre vainement ils semblent se haïr, La rime est une esclave, et ne doit qu'obéir7. 50
conservé quelque chose de son sens premier et concret.
1. Le mot de Bel esprit n'avait pas alors encore la signification absolument et décidément défavorable qu'il a prise depuis.
2. Là, — dans cette variété des aptitudes. — est et sera toujours le solide fondement de la distinction des Genres littéraires : il y a des familles naturelles d'esprit; et cette vérité n'est point du tout aussi banale qu'on Ta quelquefois prétendu.