Nous retrouverons Malherbe un peu plus loin
U. Honorât de Bueil, marquis de Racan, né en 1589, mort en 1670. Boileau lui trouvait « plus de génie qu'à Malherbe. »
5. Il convient d'admettre, pour l honneur de l'Académie, dont il fit partie dès l'origine, que le pauvre Faret fut une victime de la rime. Son nom au bout d'un premier vers appelait comme
invinciblement le cabaret à la fin du
second.
6. Il s'agit ici de Saint-Amant, 1594- 1661, dans le Moïse sauvé duquel on trouve, malgré tout, un certain sens du pittoresque.
7. S'il en fallait croire un poète contemporain,— Théodore de Banville.daus son Petit traité de poésie française, — c'est la Rime, au contraire, qui devrait souverainement commander; et le paradoxe ne laisse pas de contenir aussi sa part de vérité. Boileau d'ailleurs le savait bien, — quand par exemple il faisait rimer avis avec Davis, ou Ilayneuve avec neuve, ou coco avec Cusco, — que l'imagination de la rime est, en français au moins, l'un des dons essentiels du poète. Ne l'est-elle pas de même en allemand? Le bon sens ou la raison doivent servir au poète comme de garde-fous, mais non pas du tout faire son principal objet ni, par conséquent, son principal mérite.
Lorsqu'à la bien chercher d'abord on s'évertue,
L'esprit à la trouver aisément s'habitue ;
Au joug de la raison sans peine elle fléchit ;
Et, loin de la gêner, la sert et l'enrichit.
Mais, lorsqu'on la néglige, elle devient rebelle ; ^5
Et pour la rattraper le sens court après elle.
Aimez donc la raison1. Que toujours, vos écrits
Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.
La plupart, emportés d'une fougue insensée, Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée ; 40 Us croiraient s'abaisser, dans leurs vers monstrueux, S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux. Évitons ces excès. Laissons à l'Italie De tous ces faux brillants l'éclatante folie2. Tout doit tendre au bon sens : mais, pour y parvenir, 45 Le chemin est glissant et pénible à tenir ; Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt on se noie ; La raison, pour marcher, n'a souvent qu'une voie.
Un auteur, quelquefois trop plein de son objet, Jamais sans l'épuiser n'abandonne un sujet : 50 S'il rencontre un palais, il m'en dépeint la face ; Il me promène après de terrasse en terrasse ; Ici, s'offre un perron; là, règne un corridor; Là, ce balcon s'enferme en un ba lustre d'or; Il compte des plafonds les ronds et les ovales ; 55 « Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales3; » Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin, Et je me sauve à peine au travers du jardin. Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile, Et ne vous chargez point d'un détail inutile : 60 Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant ; L'esprit rassasié le rejette à l'instant. Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire4.
Souvent, la peur d'un mal nous conduit dans un pire : Un vers était trop faible, et vous le rendez dur; 65
1. Il semble qu'on attendait ici plutôt la conclusion : Aimez donc la rime.
C'est d'elle en effet qu'il s'agit de se rendre complètement maître , pour qu'elle ne nous gêne jamais. Voyez la deuxième Satire.
2. Nous retrouvons là le Boileau des Satires, Français et Parisien, ennemi né de l'italianisme, mais encore plus ennemi d'une façon d'écrire qui n est, oomme celle des précieux en général, qu'une manière de se distinguer ou de s'excepter des autres. 11 ne faut pas vouloir faire plus joli que nature:
et il faut savoir aussi qu'en tout genre le naturel ne s'atteint pas d'abord, mais au contraire à force de peine et de temps.
3. 11 s'agit ici du Palais magique dont la longue description remplit en effet une partie du chant III de VAlaric de Scuderi.
4. C'est ce que Désiré Nisard a exprimé plus fortement, en louant nos grands classiques, — Pascal et Bossuet, Molière et Bacine, — presque moins de ce qu'ils ont dit, que de tout ce qu'ils ont su s'abstenir de dire.
J'évite d'être long, et je deviens obscur;
L'un n'est point trop fardé, mais sa Muse est trop nue 1 ; J L'autre a peur de ramper, il se perd dans la nue.
Voulez-vous du public mériter les amours? Sans cesse en écrivant variez vos discours : 70 Un style trop égal et toujours uniforme En vain brille à nos yeux, il faut qu'il nous endorme! On lit peu ces auteurs, nés pour nous ennuyer, Qui, toujours sur un ton, semblent psalmodier2.
Heureux, qui dans ses vers, sait d'une voix légère 75 Passer du grave au doux, du plaisant au sévère ! Son livre, aimé du ciel, et chéri des lecteurs, Est souvent chez Barbin entouré d'acheteurs.
Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse : Le style le moins noble a pourtant sa noblesse. 80 Au mépris du bon sens, le Burlesque effronté3 Trompa les yeux d'abord, plut par sa nouveauté : On ne vit plus en vers que pointes triviales 4 ; Le Parnasse parla le langage des halles ; La licence à rimer alors n'eut plus de frein, 85 Apollon travesti devint un Tabarin5.
Cette contagion infecta les provinces; Du clerc et du bourgeois passa jusques aux princes ; Le plus mauvais plaisant eut ses approbateurs ; Et, jusqu'à d'Assouci6, tout trouva des lecteurs. 90 Mais de ce style enfin la Cour désabusée Dédaigna de ces vers l'extravagance aisée ; Distingua le naïf7 du plat et du bouffon;]
1. Antithèse dont l'insuffisance rend le vers un peu obscur : on ne s'habille point avec du fard.
2. Il y aurait pléonasme, — le propre de la psalmodie étant d'être sur un seul ton, — si l'on ne mettait «toujours sur un ton » entre deux virgules.
3. Le style burlesque fut extrêmement en vogue depuis le commencement du dernier siècle, jusque vers 1660, qu'il tomba. (B. 1713.)
Scarron, qu'on peut appeler le maître du burlesque, a quelque part ainsi défini ses procédés et ceux de ses imitateurs :
Ils ont pour discours ordinaires Des termes bas et populaires, Des proverbes mal appliqués, Des quolibets mal expliqués, Allusions impertinentes, Vrai style d'amour des servantes ; Et le patois des paysans, Refuge des mauvais plaisans,
Équivoques à choses sales," En un mot le jargon des halles, Des crocheteurs et porteurs d'eau....
4. Triviales, dans le sens étymologique du mot : ce qui court les rues ou les carrefours.
5. Tabarin, valet de Mondor, le vendeur d'orviétan, et lui-même auteur de turlupinades qu'on a recueillies, par dévotion pour le génie gaulois.
6. Charles Coypeau Dassouci, né en 1605, mort en 1674. On a de lui des espèces de Confessions, sous le titre d' Aventures de M. Dassouci, et un Ovide en belle humeur, qui est l'ouvrage que Boileau vise ici. C'était d'ailleurs un drôle.