‹ L'art poetiqueChapitre 21 sur 37 · Voyez l'Arioste. (B · texte numérisé non relu

Voyez l'Arioste. (B

5. On"ne saurait défendre à personne de donner à Thémis une balance et un bandeau, et à cet égard les goûts sont libres, mais on doit convenir que l'image a beaucoup servi.

Et partout, des discours, comme une idolâtrie,

Dans leur faux zèle iront chasser l'allégorie *.

Laissons-les s'applaudir de leur pieuse erreur.

Mais, pour nous, bannissons une vaine terreur,

Et, fabuleux chrétiens, n'allons point, dans nos songes, 235

Du Dieu de vérité faire un Dieu de mensonges2.

La fable offre à l'esprit mille agréments divers : Là tous les noms heureux semblent nés pour les vers, Ulysse, Agamemnon, Oreste, Idoménée,

Hélène, Ménélas, Pâris, Hector, Énée.... 240

0 le plaisant projet d'un poète ignorant,

Qui de tant de héros va choisir Childebrand3!

D'un seul nom quelquefois le son dur, ou bizarre,

Rend un poème entier, ou burlesque, ou barbare.

Voulez-vous longtemps plaire et jamais ne lasser ? 245 Faites choix d'un héros propre à m'intéresser, En valeur éclatant, en vertus magnifique ; Qu'en lui, jusqu'aux défauts, tout se montre héroïque4; Que ses faits surprenants soient dignes d'être ouïs ; Qu'il soit tel que César, Alexandre, ou Louis, 250 Non tel que Polynice et son perfide frère 5 : On s'ennuie aux exploits d'un conquérant vulgaire6.

N'offrez point un sujet d'incidents trop chargé; Le seul courroux d'Achille, avec art ménagé, Remplit abondamment une Iliade entière : 255 Souvent trop d'abondance appauvrit la matière7.

Soyez vif et pressé dans vos narrations; Soyez riche et pompeux dans vos descriptions ; C'est là qu'il faut des vers étaler l'élégance8; N'y présentez jamais de basse circonstance; 260

t. Vallégorie. Le moyen âge, qui a abusé de l'allégorie — voyez le Roman de la rose — n'a pas eu besoin pour cela de recourir à l'antiquité. Les Grecs et les Latins n'en ont pas eu le monopole ; et le christianisme lui-même a développé toute une symbolique dont la poésie moderne a tiré, peut tirer encore parti, sous les réserves et conditions que nous avons indiquées plus haut.

2. Est-ce bien le vers qu'on attendait? Evidemment, Boileau veut dire :

« Ne craignons pas de pécher en nous servant des figures et des allégories du paganisme » ; mais ce n'est pas ce qu'il dit.

3. Voyez plus haut, chant i, et comparez la quatrième Epître.

L'auteur du Childebrand était un certain Carel de Sainte-Garde. Qu'aurait donc pensé Boileau des Niebelungen ou du Mahabahrata? Pour vou-

loir trop appuyer sur une remarque juste, on la fausse ; et si sans doute une part au moins du prestige de l'antiquité tient à son éloignement même, l'époque mérovingienne en peut réclamer le bénéfice.

4. Est-ce bien le cas d'Ulysse, par exemple? ou même celui d'Énée?

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