Il faut entendre : avec non moins d'énergie que d'éclat
On peut distinguer dans l'antiquité Y Ode pindarique, ou héroïque, — celle dont Ronsard et du Bellay chez nous ont donné les premiers modèles, — de y Ode horatienne, moins ambitieuse, plus voisine de la vie commune, et de Y Ode anacréonlique.
L'ode moderne, à la vérité, n'a que fort peu de traits communs avec l'ode grecque, où la musique tenait une si large place. Mais on n'a *pas moins bien fait d'en retenir le nom, quand ce ne serait que pour continuer de rappeler qu'entre tous les genres poétiques, l'ode est celui où l'élément musical doit se mêler, de la manière là plus intime et la plus continue, aux autres éléments poétiques.
i. Pise en Elide. où l'on célébrait les jeux olympiques. (B. 1713.)
Cliez elle, un beau désordre est un effet de Part1.
Loin ces rimeurs craintifs, dont l'esprit flegmatique Garde dans ses fureurs un ordre didactique ; Qui, chantant d'un héros les progrès éclatants, 75 Maigres historiens, suivront l'ordre des temps ! Ils n'osent un moment perdre un sujet de vue ; Pour prendre Dole, il faut que Lille soit rendue ; Et que leur vers, exact ainsi que Mézerai'2, Ait déjà fait tomber les remparts de Courtrai. 80 Apollon de son feu leur fut toujours avare.
On dit, à ce propos, qu'un jour, ce dieu bizarre, Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois, Inventa du Sonnet5 les rigoureuses lois : Voulut qu'en deux quatrains, de mesure pareille, 85 La rime, avec deux sons, frappât huit fois l'oreille , Et qu'ensuite, six vers, artistement rangés, Fussent en deux tercets par le sens partagés. Surtout, de ce poème il bannit la licence 4 ; Lui-même en mesura le nombre et la cadence ; 90 Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer , Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer. Du reste, il l'enrichit d'une beauté suprême : Un sonnet sans défauts vaut seul un long poème 5. Mais, en vain mille auteurs y pensent arriver, 95 Et cet heureux phénix est encore à trouver ! A peine, dans Gombauld, Maynard, et Malle ville6, En peut-on admirer deux ou trois entre mille ; Le reste, aussi peu lu que ceux de Pelletier, N'a fait de chez Sercy qu'un saut chez l'épicier7. 100 Pour enfermer son sens dans la borne prescrite,
1. Comme on s'est beaucoup moqué de ce vers, il est bon de renvoyer ceux qui voudraient en sentir la justesse aux Méditations de Lamartine, ou aux Contemplations d'Hugo.
2. Eudes de Mézerai, né en 1610, mort en 1683, historiographe de France.
3. L'origine du sonnet est douteuse, mais c'est en Italie, selon toute apparence, qu'il a reçu sa première perfection ; et à ce propos, il y a lieu de s'étonner que Boileau ne prononce pas seulement le nom de Pétrarque.
On dispute si c'est Mellin de Saint- Gelais ou Joachim du Bellay qui a donné droit de cité au sonnet dans la poésie française classique.
4. Licence, entendez licence poétique, et particulièrement celle de ne pas se conformer à la rigueur de la disposition des rimes dans le sonnet.
5. Ce serait beaucoup dire, si les deux vers qui suivent ne corrigeaient un peu ce que celui-ci a d'excessif.
6. Jean Ogier de Gombauld, né on ne sait trop quand, mort en 1666. Un roman du genre allégorique, VEndi/mion, et une pastorale en cinq actes, Y Amarante, avaient fait pour sa gloire beaucoup plus que ses petites poésies.
François Maynard, né en 1582, mort' en 1646.
Claude de Malleville, né en 1597, mort en 1647. Son chef-d'œuvre était le sonnet de la Belle Matineuse.
Est-il besoin d'ajouter que, dans Bonsard ou dans du Bellay, Boileau n'eût eu qu'à prendre presque au hasard pour y trouver d'aussi beaux ou de plus beaux sonnets que ceux de Malleville, de Maynard, et de Gombauld?