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VISITE ET DÉMONSTRATION DANS LES ATELIERS

Préparation de la pâte à porcelaine. — La porcelaine est composée de trois éléments distincts : le kaolin, ou argile blanclie, le feldspath, ou sable spathique, le quartz, ou sable siliceux. On facilite le broyage de ces matières en les chauffant au rouge, et, après refroidissement, en les soumettant à l'action des machines ; broyées ou délayées dans l'eaLi pour en opérer le mélange intime, elles sont ensuite raffermies au moyen du filtre-presse, et la masse ainsi obtenue est prête à être façonnée.

Tournage. — L'opération du tournage des pièces rondes comprend : l'ébauchage et le tournassage. L'ébauchage consiste à faire prendre sur le tour à la pâte molle, une forme approchant le plus possible de celle que l'on désire,

l'art rOUR TOUS

Tournassage. — On laisse sécher l'ébauclie au point voulu pour pouvoir, à l'aide d'outils appelés tournasslns, en enlever des copeaux sans la réduire en poussière ; on la place sur le tour en l'y fixant au moyen d'un peu d'eau mise au pinceau ; puis l'ouvrier met le tour en mouve ment et dégrossit pour arriver à la forme définitive.

Moulage. — On se sert de moules en plâtre dans lescjuels on introduit la pâte en la comprimant a^ec les doigts. Certains objets, les biscuits surtout tels que : statuettes, sujets, etc., nécessitent souvent cinquante ou soixante morceaux qui sont ensuite ajustés et collés à l'aide de la pâte liquide dite a barbotine ».

L'objet passe ensuite aux mains de l'artiste appelé répareur, qui fait disparaître les défectuosités dues aux moules et ajoute ce que lesdits moules n'ont pu reproduire.

Codage. — On emplit de barbotine liquide un moule en plâtre; le plâtre ayant la propriété d'absorber l'eau, la barbotine touchant les parois du moule se raffermit ; lorsque l'on juge l'épaisseur suffisante, on verse la barbotine restée liquide et la forme est obtenue. On fait ensuite une petite incision entre le moule et la pâte afin que l'air s'y introduise et facilite le séchage.

M. Régnault, lors de sa direction apporta à ce procédé des perfectionnements qui permettent d'obtenir les plus grands vases.

Emaillage ou mise en couverte. — L' émail lage s'obtient de deux façons : soit par immersion, soit par insufflation. Pour pouvoir procéder par immersion, opération qui consiste à plonger les pièces dans de l'eau contenant en suspension les matières formant la couverte, il faut que la pâte de ces pièces soit suffisamment poreuse pour absorber

MOÎ^UMENTS ET MA^îUFAGTUHES

Teau, et assez solide pour ne pas s'y délayer. On obtient ces résultats en faisant dégourdir les objets dans le haut du four appelé globe.

L*insufflat4on consiste à projeter la couverte sur les objets à Faide de l'air comprimé.

Cuisson, — Les pièces mises en couvertes sont sécliées à l'air libre, avant d'être enfournées, et ne le sont qu'après avoir été encastées, c'est-à-dire enfermées séparément dans des formes en terre réfractaire appelées cassettes. Cette dernière opération est nécessaire pour pouvoir placer les pièces dans le four et aussi pour les préserver de la flamme, des cendres ou de toute autre souillure.

Dorure. — La décoration des porcelaines est souvent complétée par des dorures.

Pour être appliqué sur la porcelaine, l'or est divisé chimiquement par le procédé suivant : on le dissout dans l'eau régale (mélange d'acides chlorhydrique et azotique) et on le revivifie par Faction de la couperose verte (sulfate de fer) ensuite on le lave. 11 se présente alors sous la forme d'une poudre brune impalpable. Pour le faire adhérer on y mélange un fondant qui est en général l'oxyde de bismuth ; délayé à Fessence de thérébentine il s'emploie au pinceau comme les couleurs.

Pour faire les filets sur les pièces rondes on se sert de pinceaux taillés en sifflet. L'ouvrier pose la pointe de son pinceau sur la pièce, laquelle est préalablement placée au centre d'un outil appelé tournette, auquel il imprime doucement son mouvement de rotation.

Ne pouvant vous montrer les différents procédés de décoration, nous bornerons là notre démonstration ; heureux si, en essayant d'ajouter à vos connaissances, nous avons le bonheur d'avoir pu vous satisfaire.

Musées

PUVIS DE GHAVANNES

Par M. ÉMÏLE GHAUVELON

Mon cher Lumet,

Vous me faites l'amitié de me demander de rédiger, pour le livre que vous consacrez à Y Art pour tous, quelques-unes de mes conférences. Je le fais bien volontiers. Je regrette, comme vous, qu'un sténographe judicieux, et habile à abréger, quand il le faut, n'ait pas suivi toutes les causeries des conférenciers de VArt pour tous. Il en aurait gardé l'essentiel : la suite des idées, les explications, les jugements, les opinions, les échanges de vues, les procédés de démonstration, la vie même. Ce sont choses délicates, fugitives, qui échappent aux efforts de la mémoire, et qui pourtant seraient nécessaires pour faire connaître au grand public la physionomie vraie de l'œuvre excellente et généreuse dont vous avez été le promoteur.

Ces documents pris sur le vif auraient été la meilleure réponse à faire à cette question qu'on a posée récemment

à plusieurs d'entre nous : c( Le peuple est-il apte à goûter et à comprendre les cliefs-d'œuvre de l'art ? » Vous me permettrez de ne pas m'y aiTêter, et de noter seulement en passant, que ce qu'on appelle le peuple a du moins le mérite de n'être pas responsable de la faiblesse, de la vulgarité, de la torpeur actuelles de notre art : on ne peut lui imputer ni nos Salons de peinture et de sculpture, ni les pièces qui obtiennent la vogue sur nos théâtres les plus distingués, ni les romans psychologiques ou mondains qui forment l'esprit et le cœur de nos contemporains et de nos contemporaines les plus notables. Ce n'est pas lui qui fait leur succès : c'est bien quelque chose, sans parler du reste.

Revenons donc à notre œuvre commune où se rencontrent amicalement, fraternellement, des publicistes, des artistes, des professeurs, des amateurs, et un public si nombreux que les galeries de nos musées et de nos palais en sont parfois embarrassées, si attentif, si cordial, et si indulgent, que les conférenciers n'ont jamais songé à se plaindre de son affluence.

VAi't pour tous est-il une preuve d'enseignement et d'éducation artistiques et esthétiques? Oui, sans doute; mais une œuvre d'un genre tout particulier, et que nous nous plaisons à croire nouvelle. Nos auditeurs viennent à nous librement, parce que cela leur plaît, parce qu'ils aiment l'art sincèrement, soit pour en nourrir leur imagination, leur cœur, leur esprit, soit pour le réaliser selon leurs goûts et leurs moyens, comme ouvriers d'art, ou conmie artistes. Ils apportent une grande bonne volont^

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d'apprendre, une belle avidité de savoir, une noble passion de goûter, d'admirer, de comprendre les chefs-d'œuvre. Ils sont exempts de préjugés ou de partis pris de caste, de classe, de cénacle, ou de coterie]: Rien ne limite leur goût ou leur intelligence. Rien ? Je veux dire aucun obstacle irréductible, aucun déni de justice à l'égard de ce qui est beau, sincère, ou grand. Ils n'ont jamais dit à leur sympathie ou à leur admiration /au nom de quelque prétendu principe, qui n'est souvent que le masque d'un intérêt intransigeant ou d'une ignorance obstinée : tu n'iras pas plus loin. Ils admettent tout l'art, de même qu'ils admettent toute la vérité, scientifique ou sociale.

Gomment le conférencier ne se mettrait-il pas à l'unisson, si par impossible il n'y était déjà, de cette franchise et de cette largeur d^'esprit ? Il sait et il sent qu'il n'existe, entre ses auditeurs et lui, aucun obstacle à la libre communication des impressions sincères, des idées rationnelles. Il sait qu'ils viennent aux chefs-d'œuvre en toute sincérité, et en vertu d'un besoin profond. Ils veulent comprendre, goûter, goûter surtout, savourer. Généralement, leur goût esthétique n'a point été émoussé par la fausse satiété, corrompu par des admirations ou des dénigrements de convention et de snobisme. G 'est avec respect, respect de leurs convictions et respect de la Beauté, qu'ils portent la main à la coupe sainte de l'émotion artistique, et qu'ils prennent place au banquet où Y Art pour ions les convie.

Le Banquet que célébra Platon n'était rien auprès de celui-là. Socrate, qui aurait dû présider, n'y était qu'un invité, n'y avait que son tour de parole. Alcibiade y étalait avec trop de complaisance son moi plus bourgeois encore qu'aristocratique. Ges Athéniens, si spirituels et si

fiers de leur esprit, si sûrs d'avoir raison et d'être les arbitres des élégances les plus achevées, étaient vraiment trop épris de leur civilisation brillante sans doute, mais si insuffisante au jugement de quiconque nourrit dans sa conscience l'espoir et la A^olonté de voir s'épanouir enfin, en bonheur et en beauté, tout ce c[ui, dans l'humanité totale, est oublié, dédaigné, sacrifié, pour ce qu'on appelle encore, par un reste d'habitude injustifiée, l'élite.

Alcibiade, Aristophane, Agathon — la fleur de l'esprit athénien — croyaient, non sans orgueil, disserter sur le pur Amour et sur l'absolue Beauté. En réalité, ils s'efforçaient, mais en vain, de donner à leurs fantaisies individuelles, à leurs égoïsmes raffinés, à leurs préjugés distingués d'aristocrates, l'éclat incorruptible de la Vérité et de la Philosophie. Mais la Vérité et la Philosophie les fuyaient : ils n'en possédaient cjue le fantôme, ils n'en apercevaient que le mirage.

En effet, il n'y a de vraiment beau que ce qui est rationnel, que ce qui est humain, que ce qui est valable pour tous, sans nulle exclusion. Athènes était une ploutocratie tempérée par l'esprit et par l'art, mais une ploutocratie. L'idéal de Platon lui-même, du Platon de la Répablique, était un idéal égoïste de caste. Tout le n^onde n'était pas, tout le monde ne pouvait pas être convié au (( Banquet ». Et si les convives (des Athéniens cependant, et des amis de Socrate!) s'égarent parfois, se trompent, et combien grossièrement, dans leur casuistique sur ce qu'ils appellent la Vénus céleste, il est permis à un moderne de voir dans ce fait la conséquence et le châtiment de cette faute irrémissible : qu'ils acceptaient avec sérénité et sans nul aiguillon, nul instinct de révolte, de vivre dans une Cité où étaient esclaves et les femmes dés

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hommes libres, et leurs serviteurs, et presque un demimillion de travailleurs .

Toute notre culture classique, tous nos humanistes furent^ à l'égard de cette tare sociale de la Cité grecque, de la ville où rayonnait l'Acropole et où se glorifiait Pallas, d'une indulgence qui serait inexplicable et scandaleuse, si l'Histoire ne venait témoigner que l'égoïsme social de nos ancêtres, même pendant la période moderne et classique, fut presque égal à celui des Grecs, et si elle ne nous apprenait que c'est sans doute une loi et une condition du progrès : une société ne monte pas d'un bond, ni d'ensemble, vers la lumière. Le soleil levant caresse et dore la montagne avant la colline, et la colline avant la plaine.

Cette dure loi de sélection étroite et exclusive, à base ploutocratique ou censitaire, sera prochainement abrogée : en ce qui le concerne, VArt pour tous ne s'y soumet pas, et se propose de l'abolir. Vous l'avez dit excellemment : les jouissances esthétiques ne doivent plus être le privilège de quelques-uns. L'art est la fleur du travail social, le sourire de l'immense labeur de tous. Tout travail produira cette fleur, tout labeur aura ce sourire, et cette perfection leur viendra, non pas comme par surcroît, ni comme en vertu d'un miracle, ou d'un don extérieur et gratuit, d'une sorte de grâce, mais normalement, mais naturellement, le jour où une justice plus haute, plus parfaite, plus humaine, se réalisera dans et par le travail social. Ce jour-là, il naîtra de grands artistes qui traduiront en joie, en espérance, en sérénité l'effort rationnel, équitable et fraternel de tous les hommes vers le bonheur. Ils naîtront sur la terre féconde, ils sortiront de l'infatigable évolution sociale, ils émergeront des foules, comme, aux temps passés, en sortaient les rois, les conquérants, les prophètes,

et les (( fléaux de Dieu ». Mais eux seront les bienfaiteurs de l'humanité et mieux encore : ils seront ses bienfaits, car ils seront son œuvre.

En attendant cette pacifique floraison, qui d'ailleurs pourrait bien être moins éloignée qu'on ne le croit généralement, il importe que tous les hommes puissent contempler, puissent comprendre, puissent goûter les essais, les efforts de FiVrt vers la Beauté. Allons donc aux Musées, aux Palais, aux Temples même, car les Temples aussi sont les œuvres des hommes, ainsi que tous leurs symboles, si confus, si mystérieux, si incomplets qu'ils soient, car nous admettons tous les stades de l'évolution, tous ses témoins, tous ses produits, mais en nous réservant le droit de les mettre rigoureusement à leur place dans l'échelle des temps et des valeurs, dans notre sympathie et dans notre estime, et de reléguer dans le passé aboli ce qui appartient au passé.

Les œuvres d'art ont une valeur éminente. Elles sont en effet à l'héritage total des siècles, à l'inventaire du passé ce que les enluminures sont aux manuscrits, aux bibles, aux livres d'heures, et autres grimoires du moyen âge.

En marge des textes arides, rebutants, puérils, éclate sur fond d'or ou d'azur l'arabesque gothique, ou la fleur des champs, ou la Vierge des légendes. C'est de l'histoire choisie, mais de l'histoire encore... Toutefois, cela n'appartient plus exclusivement au passé. Michelet souriait à ces poétiques et prophétiques fantaisies du moyen âge. Il y reconnaissait des signes d'espérance, plus qu'à demi inconscients, mais qui n'en étaient peut-être que plus

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touchants et plus aimables, comme tout ce qui naît à la vie, et porte en soi l'avenir.

Mais, à mesure que l'humanité se libère de la superstition et grandit, à mesure que l'aurore de la Renaissance sort de la nuit, peuplée de fantômes, du moyen âge, à mesure que la Raison se connaît et s'affirme, à mesure qu'elle pénètre le monde par la science et l'industrie, l'humanité, par la science et la morale autonome et consciente, l'Art progresse. Sa lumière, jadis vacillante et douteuse, se précise, se iixe, et s'étend. Son crépuscule s'achève en aube. Ses bégaiements deviennent des paroles, des discours, que l'éloquence jette aux quatre coins des agoras, et que la poésie lance vers le ciel, afin qu'elles soient entendues de plus loin, qu'elles montent en gerbes lumineuses et qu'elles retombent sur les foules, comme une pluie de fleurs exquises. Ainsi l'esprit humain prend nettement conscience de soi, et resplendit dans les œuvres d'un Art de plus en plus adéquat à la science et à la philosophie véritables. A ce degré supérieur, mais d'une supériorité toujours provisoire qu'une intellection plus haute et plus large éclipsera, l'Art, qui, à toutes les phases de son évolution, fut une sorte d'histoire populaire, illustrée et sensible, peut être légitimement considéré comme une philosophie populaire, concrète et vivante, aisément accessible à tous. Quant aux grands artistes qui appartiennent à ces époques de civilisation plus consciente, ils parlent non seulement aux sens et à l'imagination, mais aussi à la sensibilité, au cœur, à l'esprit. Ils nous enseignent quelle fut l'âme des temps passés, ou des époques plus récentes. Ils traduisent en symboles clairs et définitifs chacune des étapes de la marche de l'humanité. Ils rendent sensible ce fait capital, mais complexe et souvent obscur, révolution.

Ce sont des témoîiis d'une prestigieuse éloquence. Ce sont quelquefois aussi des prophètes et des initiateurs admirables, qui portent en eux le frisson de l'avenir, et ont le don de le communiquer aux autres hommes, aux hommes de bonne volonté.

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