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LA. RENAISSANCE DES BIJOUX MODERNES

Par M. PIERRE GALMETTES

Mesdames, Messieurs, Ce n'est pas un historique complet de la bijouterie que je veux vous faire, il faudrait pour cela abuser de votre attention et vous faire remonter jusqu'aux premières époques de nos civilisations humaines. Les bijoux furent en effet crées parles hommes dès qu'il y eut des hommes sur la terre, et si la coquetterie n'a pas d'histoire, c'est qu'elle est éternelle et fait partie intégrante de l'histoire de l'humanité.

Tous les peuples, suivant leur état de civilisation, leurs traditions nationales, les nécessités de leurs costumes, ont présenté des caractères particuliers, de goût et d'originalité dans la fabrication des bijoux.

Chez les Egyptiens, chez les Grecs, chez les Phéniciens et chez les Romains, l'or et les pierreries furent employés avec une véritable profusion en bijoux de toute sorte.

Et si, laissant de côté les productions des bijoutiers qui vécurent aux époques reculées de notre histoire, nousarrivons à des périodes plus modernes, nous voyons cette pro-

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fusion dans l'emploi des bijoux se retrouver à travers les siècles et à un égal degré chez les élégantes du moyen âge, de la Renaissance, des xvi*^, xvn° et xvin" siècles.

Sous Louis XIY, Louis XV, et Louis XVI, rien n'égalait la variété, l'originalité et la délicatesse des bijoux portés par les élégantes. Bagues, boutons, boucles, tabatières, bracelets, aigrettes rehaussaient à l'envi les toilettes.

Mais, au style large du Louis XIV, aux recherches mièvres du Louis XV, et aux bijoux de formes simples- et de goût épuré du Louis XVI, ne tardèrent pas à succéder les bizarreries égyptiennes de l'Empire ; puis, pendant la Restauration, des réminiscences faussement pompeuses des styles précédents.

Pendant le règne de Louis-Philippe les créations des bijoutiers se ressentirent de l'embourgeoisement de l'époque et les nœuds et les pendeloques portés alors par toutes les femmes n'étaient que d'affreux pastiches du Louis XV ou du Louis XVI.

Sous le second Empire on put A^oir, aux étalages des bijoutiers, des copies de bijoux égyptiens, de bijoux anglais, de bijoux style mauresque, et de malheureux essais de style néo-grec, accompagnant des copies de bijoux anciens. C'était toujours là une ressource pour le défaut d'imagination des bijoutiers de l'époque qui, pendant plus d'un siècle, du premier Empire à nos jours, se contentèrent de copier, bien ou mal, les œuvres de leurs prédécesseurs.

Cependant, alors que nos coquettes françaises sont considérées comme des arbitres de goût et d'élégance, il était regrettable qu'elles n'eussent pas, pour compléter leur parure, des bijoux créés spécialement pour elles, selon leur esthétique propre et les besoins de leurs toilettes.

Mais aujourd'hui le style moderne existe, des artistes

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consciencieux ont rénové l'art des bijoux en créant le modem style. C'est de ce modem style que je veux vous entretenir aujourd'hui, en yous disant, en quelques mots, son histoire, une histoire peu longue, puisqu'elle tient tout entière dans un cycle de vingt années.

Un des premiers précurseurs du modem style fut Lucien Falize. Il était apprenti chez son père vers 1867 et s'occupait, comme tous les bijoutiers de cette époque, à la copie d'anciennes œuvres de bijouterie, lorsqu'il eut l'intuition, à la suite d'un voyage d'étude dans les musées d'Europe, que lui et ses confrères faisaient inutilement un métier de copiste alors qu'il leur était loisible, comme le faisaient autrefois les bijoutiers de la Renaissance, de s'ériger eux-mêmes en créateurs.

Et Falize se donna la tâche ingrate de régénérer son art. Il voulut, dans les pièces décoratives qu'il créait, apporter, en même temps que les recherches de style pur mises en pratique par les anciens maîtres, des idées personnelles et originales. Abandonnant les procédés d'exécution des bijoux à Faide d'un assemblage hétéroclite de plusieurs styles, Falize chercha à donner un caractère bien défini à ses œuvres. S'inspirant des saines traditions d'art, il mit en honneur les recherches des modèles pris dans la nature^ des fleurs, entre autres ^ dont il sut composer des bracelets tels que ceux que vous pourrez voir aux Arts décoratifs et qui, ciselés en or sur fonds d'émaux, sont décorés de fleurs sculptées en ivoire.

C'est aux expositions de 1878 et de 1889 q^^les œuvres de Falize eurent véritablement le succès qu'elles méritaient pour leurs recherches consciencieuses. Et ce qui aida à la diffusion de ces idées nouvelles, cefutla présentation au jdublic, aux mêmes expositions, de joyaux conçus également

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selon un parti pris essentiellement nouveau. De même que Falize clierchait à regénérer la bijouterie, un joaillier, Massin, voulut régénérer la joaillerie.

Vous sa\ez que ces deux arts, la bijouterie et la joaillerie, sont de technique très différente. Le bijoutier ne s'occupe en effet que de la fabrication des objets en métaux précieux, or et argent, ciselés, repoussés, ou estampés ; tan^ dis que le joailler monte les joyaux en préparant d'abord un dessous en argent ou en platine dans lec[uel il perce des trous cjui recevront les pierres. Le talent du joaillci^ consiste à faire valoir les pierres en dissimulant son tra^ vail le plus possible, tandis c[ue le bijoutier donne, par son seul travail, une valeur à un métal plus ou moins précieux.

Après Falize, qui avait remis en honneur l'art des bijoux, Massin remit en honneur l'art des joyaux.

Lassé de copier les dessins droits, lourds et réguliers de l'époque Louis-Philippe et du second Empire/ Massin avait imaginé de monter les diamants sur des formes délicates de fleurs ou de plantes de contours décoratifs. Il chercha la vérité des formes, autant du moins c[Ue cette vérité s'alliait avec les difficultés techniques de l'exécution, et il arriva à produire des joyaux étonnants de délicatesse et d'apparence si frêle que ses détracteurs ne manquèrent pas d'affirmer que ses bijoux, jolis sans doute^ casseraient au premier usage. Massin laissa dire, et avec raison, puisc[ue toutes les suivantes de la mode eurent bientôt ses fleurs de pierreries dans leurs cheveux ou à leur corsage i *

Mais si Massin avait enfin supprimé en joaillerie les réminiscences surannées d'anciens styles, il n'avait pas encore créé un style. Il n'avait faît, comme Falize, que

rénover son art par un procédé de monture nouveau et des dessins originaux. Ses fleurs n'étaient pas des copies exactes de la nature.

Cette copie respectueuse de la nature, nous la voyons apparaître vers 1880, dans les ateliers de deux anciens , élèves des Arts décoratifs : Du val et Le ïurcq, qui, s'inspirant des recherches de Massin, les complétèrent en créant en bijouterie la copie des fleurs avec leurs formes et leurs couleurs propres. Ils mirent en œuvre des pierres variées, les mélangeant d'émaux, et c'est ainsi que pour faire un bleuet ils eussent pris des saphirs pour la fleur, desémeraudes pour les feuilles ; tandis que pour un œillet rouge, ils eussent employé des rubis, etc.

Cependant, si Daval et Le ïurcq s'appliquèrent à copier exactement la réalité, ils ne cherchèrent, comme Massin^ que des modèles du règne végétal, et ce côté un peu spécial de leurs compositions les classe parmi les précurseurs du modem style dont ils ne furent pas les véritables créateurs. Le modem style, en effet, vous le savez, ne s'inspire pas seulement des modèles de fleurs, mais il se sert aussi des oiseaux, des insectes, des animaux, des figures humaines, soigneusement sélectionnés et mis en valeur. Et le véritable fondateur de ce modem style tel que nous le connaissons fut René Lalique.

Lalique était simple dessinateur de bijoux lorsque pa-^ rurent les fleurs en pierres précieuses de Duval et Le ïurcq. 11 s'en inspira sans doute, de môme qu'il s'est inspiré, sans les copier, des bijoux byzantins, grecs et florentins, et des œuvres d'artistes japonais dont il a su s'incorporer certaines bizarreries capricieuses.

Une des principales nouveautés de la Renaissance moderne créée par LaUque, consistait à associer, pour la fa-

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brication de ses bijoux, la bijouterie et la joaillerie. Il voulait que les pierres ne fussentplus seulement précieuses par elles-mêmes, mais, fussent de simples adjuvants décoratifs sur des joyaux dont, selon lui, la conception et le travail devaient faire la principale valeur. Au moment de ses débuis Lalique fut incompris du public, et il m'a raconté lui-même comment il avait du, pendant de longs mois, visiter les fabricants avec son carton sous le bras et comment, jugeant ses modèles révolutionnaires, ces fabricants n'en avaient voulu à aucun prix, déclarant que jamais le public ne porterait de telles étrange tés.

Lalique, animé d'une volonté puissante, passa outre aux mauvais vouloirs des marchands : il fit exécuter lui-même ses bijoux et, en 1895,11 fît au salon sa première exposition publique. A cette exposition, comme pendant les deux ou trois années qui suivirent, le novateur dut lutter pour gagner le public à ses idées. Aujourd'hui, la révolution est accomplie et non seulement Lalique a conquis le succès mais il a connu en même temps les imitateurs, des plagiaires si nombreux que de leur nombre le modem style manqua périr dès son apparition.

En effet, dans leur souci de faire nouveau et d'étonner le public, les compositeurs de bijoux modem style, aussi nombreux aujourd'hui que l'étaient autrefois les faiseurs de faux Louis XY ou de faux Louis XYI, s'appliquèrent à rechercher des formes contournées, de dimensions exagérées et d'utilisation impossible. Ils créèrent des bijoux d'harmonies si subtiles qu'ils devenaient inutilisables comme compléments des toilettes féminines.

Pour parer la femme, il faut en effet des bijoux tire-Fœil qui, tout en étant des pièces d'art, permettent à celles qui les portent d'attirer les regards sur les points choisis par

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leur coquetterie. Les bijoux doivent être de tous suffisamment violents pour permettre, par leur contraste, d'adoucir les carnations féminines, qu'ils rendent suaves par l'opposition de leur rudesse. C'était le but auquel tendaient les gros cabochons renaissance, les pendants de cou, les bracelets, les bagues en pierres brillantes.

Puisque les bijoux modem style étaient exagérément fins de colorations, ils s'harmonisaient trop bien avec le charme délicat des femmes, ils ne servaient plus de repoussoirs, ils disparaissaient dans Ten semble des toilettes et manquaient ainsi au but pour lequel ils avaient été créés.

Et puisque le désir légitime des femmes coquettes est de se parer de bijoux originaux mais en môme temps meublants, les bijoux modem style, n'étant qu'originaux, ne pouvaient leur plaire longtemps. Et, l'année dernière, les demandes de bijoux modernes diminuèrent chez les bijoutiers en même temps que, chez les joailliers, les clientes redemandaient des objets de parure en pierres brillantes plus capables, par leur solidité visuelle, d'avantager leur beauté.

Devant la défaveur qui semblait menacer leurs œuvres, les compositeurs de bijoux modernes résolurent de modérer leurs recherches d'excentricité et s'appliquèrent à dessiner des modèles de tendances moins originales. Ils composèrent dorénavant des bijoux de formes et de colorations plus pratiques.

Et l'on doit rappeler ici que c'est au musée Galliéra que les tendances plus sages de nos faiseurs de modem style se sont affirmées pour la première fois. L'année dernière, l'habile et savant conservateur de ce iTlusée, M. Charles Formentin, a inauguré ses expositions d'art industricL

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Avec une généreuse compréhension des besoins de nos artistes, et non seulement de nos artistes mais de nos artisans, qu'il a réunis ici avec justice, M. Formentin s'est donné la tâche très noble d'initier le public aux recherches artistiques et industrielles de nos créateurs d'objets d'art modernes.

Et, dans son Musée, M. Formentin a fait une large place aux bijoux. C'est ainsi que nous allons pouvoir passer en revue les œuvres de MM. Joe Descomps, Follot, G. Falguière, Gh. Rivaud, Lalique, A. Point, Garabin, Lhote, Yencesse, Thesnar, qui tous ont mis en pratique, avec goût et ingéniosité, les nouveaux, principes du modem style ; c'est-à-dire la simplicité du dessin alliée à la puissance des tons.

Mais, devant la vitrine de Bccker, je veux vous dire un mot de cet artiste, car il est un des exemples de ce qu'a permis le modem style, c'est-à-dire la transformation des ouvriers en artistes, en même temps que les artistes se transformaient en artisans.

En 1898, le jeune Becker n'était encore que simple ouvrier ébéniste, lorsqu'un jour, en sortant de son atelier, ime affiche lue par hasard lui indiqua les conditions d'un concours organisé par une revue d'art. Il s'agissait de composer un dessin de boucle de ceinture. A ses heures perdues, Becker chercha le dessin demandé, le mit au concours, eut le prix, et, désigné ainsi*à l'attention des fabricants, il ne tarda pas à recevoir assez de commandes pour donner à son talent l'essort qu'il méritait. D'un charme simple et d'une exécution consciencieuse, les œuvres de Beckel' méritaient une mention spécialè. Gëllés qui sont exposées à Galliéra ne sont pas dès bijoux, ce sont des sculptures sur bois,, rappelant son premier me-

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lier de sculpteur, mais, dans ses châtelaines dont il a rénové la mode, dans ses bagues, ses broches ou ses bracelets l'artiste est aussi passé maître.

Après avoir passé rapidement en revue l'histoire du modem style et le choix des productions exposées ici, il est intéressant aussi de savoir comment s'exécutent ces bijoux, et nous allons, si vous le voulez bien, examiner ensemble comment on les compose et comment on les fabrique.

Si l'artiste compositeur est, comme Becker, un ancien sculpteur, il cherche ses modèles à l'aide de la sculpture soit sur bois, soit sur plâtre. S'il est, au contraire, comme Lalicjue, ancien dessinateur, il compose ses bijoux au dessin et à l'aquarelle.

Pour inventer ses bijoux, Lalique est toujours guidé par son imagination et par son caprice, et, lorsqu'il cherche un nouveau dessin, il ne s'occupe jamais de l'exécution. Les tons et les taches claires ou foncées posées au pinceau sur le papier devront être rendus à l'aide de pierres précieuses, d'émaux, ou de métaux plus ou moins rares, dont il se sert comme d'une palette sans s'occuper de leur valeur propre. L'effet cherché par l'artiste, à Faquarelle, doit être obtenu tel c|uel sur les bijoux par les praticiens qui travaillent sous ses ordres dans ses ateliers.

C'est Lalique qui a rénové l'emploi en bijouterie de la corne grise, très fine de ton et qui se marie admirablement avec les émaux et avec les pierres. Lorsqu'il a dessiné un modèle de peigne en corne tel que celui qui est exposé à Galliéra, Lalique confie le modèle aux ouvriers qui taillent la corne, enchâssent les émaux et les pierres, polissent la pièce, la terminent entièrement. Pour ce bijou, l'auteur a donc simplement dessiné le modèle, il ne Ta pas exécuté.

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Chez Becker, de même que chez Laliqiie, nous voyons l'artiste composer son bijou sans l'exécuter. Mais, sculpteur, Becker prépare ses modèles non plus sur du papier avec des crayons, mais en plâtre ou en cire, avec l'ébauchoir. Ces modèles sont sculptés dans des dimensions beaucoup plus grandes que ne doivent l'être celles des bijoux exécutés, cinq, six, dix fois la grandeur du rendu.

Terminé par le compositeur, le modèle en plâtre est confié aux réducteurs, qui, à l'aide du tour à réduire, machine étonnamment précise, ramèaent automatiquement les modèles aux dimensions minuscules des objets de bijouterie.

Réduites au tour à réduire, les pièces sont moulées et on en fait une matrice ou coin en métal. Ce coin est repris par le sculpteur qui en revoit les détails au burin ; puis ce coin est alors moulé, et c'est dans ce dernier moule que l'on coule les bijoux, en plus ou moins grand nombre selon la valeur marchande qu'ils doivent avoir.

Ce procédé industriel a le défaut de toutes les productions mécaniques, il banalise ce qu'il produit ; on a dù cependant le généraliser, non seulement pour les pièces courantes, mais malheureusement aussi pour les pièces d'art, car la plupart des artistes créateurs étaient incapables d'exécuter directement leur modèle dans les dimeasions très restreintes qu'il devait avoir à l'exécution.

Le véritable procédé arlistique, celui qui permet aux artistes épris de perfection de donner à leurs œuvres ce cachet personnel que peut seul obtenir la main avec savariété d'initiative, c'est le procédé d'exécution directe. L'artiste exécute son modèle en cire ou en plâtre à la grandeur exacte qu'il doit avoir, le sujet est moulé d'abord puis fondu en argent ou en or et ciselé ensuite.

Ce procédé cic mise en œuvre des bijoux csi le seul véritablement artistique et est Tapanage presque exclusif des ciseleurs de métier. Lorsque ceux-ci se livrent eux-mêmes aux recherches de pièces originales, ils peuvent, en effet, mieux que les sculpteurs ou dessinateurs, exécuter leurs modèles, dajis leurs dimensions définitives, toujours très réduites. Et pour exécuter ainsi leurs œuvres, les ciseleurs compositeurs doivent posséder une habileté de main exceptionnelle et s'être imprégnés, aux bonnes sources, des talents du praticien et de la science du modeleur, alliés à une connaissance parfaite des arts du burin, de l'eauforte et de la gravure.

Nous allons voir comment un de ces artistes ciseleurs prépare son modèle : Devant lui il a un rapide croquis du sujet, ses outils de sculpteur et un bloc de buis, c'est en effet dans ce bois qu'il veut tailler sa composition, il lui permet des modelés plus fms que le plâtre, et n'a pas les inconvénients de ce dernier qui, au moulage, éclate, ou que la cire, c[ui s'écrase dans le moule lorsqu'on veut la reproduire et exige une remise au point presque complète des bijoux apj'ès leur mise au moule.

C'est dans le moule pris sur le modèle que le bijoutier fond la pièce, en argent ou en or; fondue, elle est encastrée sur un bloc de ciment, contenu dans un boulet, et, à l'aide des ciselets, des riffloirs et des marteaux, le ciseleur termine sa pièce.

Mais OM fait également des objets métalliques creux et d'autres pleins. Les pleins sont moulés de suite, tels qu'ils seront après leur terminaison, les creux sont moulés en deux parties ou plutôt estampés dans des matrices creuses à l'aide d'un marteau pilon ou d'un balancier. Les deux moitiés d'objet ainsi obtenues sont réunies ensuite bord à

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bord et souciées. C'est ainsi qu'on fait les manches de cannes, etc. Mais les deux parties séparées sont réunies avant d'être sculptées, on ne les cisèle qu'après leur soudure et, comme elles sont alors creuses, on introduit en leur milieu une recingle, sorte de baguette de fer coudée qui sert d'enclume. Dirigeant la recingle d'une main à l'intérieur, le ciseleur frappe, à l'extérieur, la pièce en travail avec le marteau et les ciselets. Il relève en relief les ornements, travaillant avec patience pour ne pas amincir exagérément son travail, percer irrémédiablement la pièce. On emploie aussi un procédé mécanique qui consiste à repousser la pièce à la machine et d'un seul coup. Ce procédé est mis en œuvre par les estampeurs. Ils ne font que frapper ces objets au balancier, et arrivent ainsi à obtenir des pièces très minces et creuses qui ne sont solides qu'à la condition d'être remplies d'une matière résineuse.

Tous les bijoux qui doivent s'orner de pierres sont confiés aux sertisseurs. Ceux-ci, s'ils doivent monter une bague en diamant avec chatons, par exemple, la fixent avec du ciment ou de la cire à modeler dans une griffe de bois appelée poignée à ciment. Puis ils percent les trous des pierres avec un foret emmanché dans un drille, découpent, à l'aide d'une scie très fine, les chatons en platine des bagues, forment les griffes, posent les fils carrés en or sous le chaton, soudent le chaton à la bague, polissent la bague, sertissent les pierres en rabattant sur elles les griffes, et le bijou est prêt à partir au contrôle.

Je ne parlerai pas ici de la taille des pierres qui èst du domaine du lapidaire, non plus que de toutes les fabrications secondaires des bijoux, bijoux d'acier, de chrysocale, de cuivre, de corail, de jais, de platine, d'aluminium, des bijouteries en filigrane, en doublé, etc., etc. J'ai voulu seu-

lement indiquer succinctement comment les bijoux avaient conquis un style à notre époque et comment on exécutait les modèles composés par nos faiseurs de modem style.

Mais je veux dire encore un mot d'une des causes prochaines de défaveur possible de ce modem style. Si, dans les vitrines de ce Musée puis aux Arts décoratifs et dans les salons annuels, vous voyez des œuvres remarquables véritablement artistiques ; si le modem style a permis, par la diffusion possible dans toutes les classes de ses modèles, de propager des œuvres de goût; la facilité d'exécution des copies bon marché a permis en même temps à la concurrence étrangère de venir combattre notre commerce chez nous, après avoir pris nos marchés d'exportation. Plus des trois quarts des bijoux modem style étalés dans nos bazars de bijouterie sont fabriqués à bon marché et grossièrement en Allemagne. Ce sont de mauvaises, de très mauvaises copies de nos bijoux français modernes, et de ces plagiats, presque honteux, les Allemands se glorifient avec peu de raison.

Dernièrement, chez un bijoutier en gros, un placier allemand disait devant moi cette phrase typique : a Les Français ont la création trop facile pour que nous prenions la peine de chercher nous-mêmes des modèles qu'ail nous est si facile de copier. ))

Avec de tels principes, les Allemands ont pris notre ancien marché américain, inondent notre propre marché de pacotilles toujours trop chères.

Ne serait-il pas désirable cj[ue les productions de nos artistes et de nos ouvriers, que je tiens à réunir ensemble, comme ils le méritent, dans le môme éloge, sachent se garder des incursions concurrencières des étrangers, dépourvues du goût qui fait la puissance inimitable de nos producteurs français ?

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Et ce qu'il faudrait, ce serait écarter de nos achats, si non de nos magasins, la camelotte étrangère, cette camelotte contre laquelle nos ouvriers sont désarmés car, heureusement ou malheureusement, ils ne savent pas la produire.

Et c'est à nos femmes que je m'adresse, à nos femmes françaises qui, depuis cjue la France existe, ont toujours donné le ton au monde des parures artistiques et des habillements de goût; liguons-nous pour garder nos préférences aux bijoux d'art moderne fabriqués par nos ouvriers français, et ce sera de notre part œuvre utile car, en nous •laissant déborder par le mauvais goût étranger, nous ferions perdre au style cjue nous avons créé sa renommée de production d'art inimitable.

Gardons-lui jalousement la suprématie que nous lui avons donnée et, en conservant à nos artistes leur renommée de producteurs éminemment originaux, nous empêcherons l'art nouveau, considéré jusqu'ici comme une mode, de disparaître comme une mode, et nous lui ferons prendre la place qu'il mérite à la suite des anciens styles dans riiistoire de la bijouterie, cet art mineur français, sinon le plus savant, du moins de tous le plus complètement riche.

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