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LE MUSÉE DE L'OPÉRA

Par M. GASTON RABAUD

Pour être en plein Paris, le mnsée de l'Opéra n'en est pas moins ignoré de la plupart des Parisiens.

On y accède par une porte de la rue Auber où l'indication : Bibliothèque montre le chemin.

Le musée n'est pas seulement une bibliothèque de partitions, d'œuvres musicales, d'autographes et de manuscrits de grands compositeurs ; il renferme, en plus, des réductions de décors des principaux opéras.

On y conservé aussi trois maquettes représentant un théâtre antique, un théâtre au moyen âge, un théâtre moderne .

Gaston Rabaud avait pensé qu'il y avait là occasion de présenter aux camarades de V Art pour tous une comparaison intéressante.

Afin d'avoir l'autorisation de les conduire un dimanche dans ce musée fermé ce jour-là, il s'est adressé à l'administrateur. M. Malherbe, musicien de renom, qui est venu lui-même recevoir ses hôtes avec une complaisance et une bonne grâce qu'on ne saurait trop louer et dont nous gardons tous le meilleur souvenir.

MUSÉES

La première maquette examinée représente une restauration du théâtre antique d'Orange.

Bien que bâti par les Gallo-Romains, il ressemblait à un théâtre grec.

Les Grecs, pour l'emplacement de leurs théâtres, profitaient de la disposition naturelle des lieux ; ils choisissaient le penchant d'une colline, y taillaient des gradins et, en face, établissaient la scène.

Entre celle-ci et l'amphithéâtre des spectateurs, s'étendait l'orchestre réservé aux évolutions du chœur et où ^ était placée la thymélé, autel primitivement destiné au culte de Bacclius.

La tragédie, en effet, est née des cérémonies en l'honneur de ce dieu ; on chantait, autour de l'autel, ses légendes, dont quelques-unes étaient émouvantes et d'autres amusantes : du développement et de la séparation de ces sujets opposés sont sorties la tragédie et la comédie.

Derrière la scène proprement dite s'élevait une muraille où étaient percées trois portes qui étaient censées conduire à droite dans la campagne ; à gauche, dans la ville ; au milieu, dans le palais.

On peut juger, d'après certaines pièces du poète comique athénien Aristophane, que la machinerie du théâtre grec était assez compliquée et savante.

Les Romains ne bâtirent qu'assez tard des théâtres en pierre.

Ils n'étaient pas tout à fait conçus comme les théâtres grecs.

Pour en^lacement, une surface plane était choisie de préférence.

L'orchestre était occupé par des personnages d'importance.

Le chœur évoluait sur la scène môme ; il tenait peu de place, car les Romains, peuple positif et pratique, n'aimaient guère la poésie lyrique. Il ne suffisait pas d'en réduire la part, dans les œuvres dramatiques ; il fallait encore l'accommoder au goût du public : quand on traduisait ou imitait une pièce grecque, par exemple, on remplaçait un chœur de jeunes fdles par un chœur de soldats.

A Orange, l'amphithéâtre (du if siècle de l'ère moderne) est au flanc d'une colline, comme chez les Grecs ; la scène, très longue, mais peu profonde, s'adossait à un mur où s'ouvraient les trois portes d'usage, où s'alignait un triple rang de colonnes, et où se dressait, au centre, une statue de l'empereur. La scène avait deux ailes en retour. Sur les côtés, pivotaient deux appareils dont les faces représentaient les lieux où se passait successivement l'action.

Mais il est bien probable que ce n'étaient guère des drames pathétiques, de poignantes tragédies ou de piquantes comédies qui étaient jouées là. On y donnait plutôt des spectacles propres à récréer les yeux : défdés, tours de force, pantomimes, etc.

C'est de notre temps que ce théâtre, déblayé et habilement restauré par de savants architectes, a servi, depuis 1869, à une sorte de décentralisation dramatique ; un public, composé surtout de Méridionaux, y a entendu et applaudi de grandes et belles œuvres : Œdipe roi en 1888, 1894, 1902 ; Antigone en 1894 ; Alceste en 1899 ; les Phéniciennes en 1902.

Une seconde maquette du musée de l'Opéra met sous nos yeux une scène du moyen âge.

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ËUe était divisée en autant de parties ou marnions qu'il y avait de lieux de l'action. Les personnages se transportaient devant chacun de tes compartiments au moment où leur rôle les y appelait.

A gauche était placé le Paradis ; à droite une sorte de donjon, dont les ouvertures laissaient échapper flammes et fumée, figurait l'enfer. Par une porte en forme de gueule monstrueuse, des diables y poussaient des damnés. Sur une des tours une victime subissait le supplice de la roue, etc.

Entre le Paradis et l'Enfer, se juxtaposaient Jérusalem, le Temple, un petit carré plein d'eau qui était l'image de la mer ou du lac de Tibériade, etc.j tous les endroits nécessairèB au développement du mystère de Yalenciennes, dont la maquette reproduit le théâtre.

Miracle d'abord, mystère ensuite fut le nom porté par les drames non comiques du moyen âge.

On avait commencé par tourner en spectacle, dans les églises, les diverses cérémonies du culte ; puis on avait paraphrasé les textes sacrés, la liturgie : ce fut le drame liturgique.

Quand les spectacles devinrent quelcpe peu profanes, ils furent représentés hors des églises ; le latin fut abandonné pour la langue vulgaire ; les acteurs c|ui étaient des clercs (hommes d'église) â l'origine, furent choisis parmi les laïques.

Mais les miracles ou mystères manquèrent toujours de qualités dramatiques : c'étaient seulement des scènes découpées, plus ou moins altérées et développées, de la Bibles des légendes des saints ou de l'histoire des martyrs. Elles n'étaient jamais soutenues par ce qui fait l'intérêt propre au théâtre, c'est-à-dire un conflit de passions opposées^ une peinture de mœurs, une analyse de sentiments, un

tableau de la vie réelle. Il n'y avait pas action y ou du moins l'action y était toute matérielle ; on voyait des acteurs aller et venir ; ils étaient censés accomplir de grands voyages en quelques minutes ; cet effort môme était par trop abrégé pour n'être pas tout à fait puéril. Quant aux mobiles des personnages, ils étaient à peine indiqués.

Ces personnages n'avaient pas de caractères distincts ; ou plutôt on ne pouvait les diviser qu'en deux classes, les bons et les mauvais ; mais dans chaque classe, ils se ressemblaient tous.

Le diable même manquait d'originalité. Il aurait dû pourtant avoir la sienne bien marquée ; car, d'après les croyances des naïfs spectateurs c'était lui qui inspirait les tentations, les passions violentes, qui mettait en lutte les appétits et les intérêts. Or, il est toujours dupe de sa longanimité, dans ces miracles ou mystères ; il est trop bon diable, jusqu'à être niais : aux victimes qui lui ont été vouées, il accorde sursis après sursis ; celles-ci, pendant ce temps, invoquent la Vierge ou des saints qui intercèdent en leur faveur et les sauvent ; le diable se laisse ainsi berner sottement.

Ce n'est pas non plus par le style que se recommandent ces œuvres ; le langage y est partout trivial, bas et plat.

Aussi ne faut-il pas regretter c|u'à la Pvenaissance, un tel théâtre ait disparu, car il ne se distinguait par aucune qualité durable ; il amusait une société grossière et crédule ; nous y trouvons un intérêt historique ; mais d'attrait dramatique, point.

M. Malherbe adonné lui-même, avec une rare compétence et un remarquable talent d'exposition, nombre de

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détails sur le mécanisme du théâtre moderne ; il a notamment expliqué l'ancien système de décors plantés droit et l'avantage des décors plantés obliquement ; toute la machinerie compliquée du théâtre moderne semblait s'animer et fonctionner aux yeux des adhérents, venus en foule, de VArt pour tous.

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