‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 121 sur 183 · LIV. — NIÈVRE · texte numérisé non relu

LIV. — NIÈVRE

— Armoiries du Chapitre : le

Fig. 371.

Ne VERS. L’ Cathédrale. Saint-Gyr.

petit saint Cyr « au naturel » est monté sur un sanglier (fig. 371).

Ce motif repose sur une légende renouvelée du songe de Charlemagne, et dont Michel Cotignon fait de Charles le Chauve le héros.

Dormant, le dit Charles le Chauve, et pensant être à la chasse tout seul en des bois, il lui sembla voir un grand sanglier furieux et fort échauffé, venant droit à lui pour roffenser, dont ayant grand’ peur, et s’étant mis à prier Dieu, s’apparut à lui un enfant nud, qui lui dit que s’il vouloit lui donner un voile pour se couvrir, il le délivreroit du mal et de la mort que cette féroce bête lui alloit porter. Ce que lui ayant promis, cetui enfant prit le dit sanglier, monta dessus, lui mena et lui fit tuer de son épée.

Saint Ilierome dit au roi que l’enfant était saint Cyr et que le voile réclamé était la restitution des biens confisqués k l’évêché de Nevers^ en vertu du précepte évangélique révisé: « Il îsiui prendre à César ce qui appartient à César >) . Les diverses phases de cette légende sont développées sur l’un des piliers.

Les précieuses tapisseries de la cathédrale, commandées et offertes par Marie d'Albret, racontent le martyre subi à Tarse par saint Cyr et sa mère, sainte Juliette, patrons du diocèse (fig. 372). Le juge Alexandre lit couper la langue k saint Cyr par son médecin, et il continua k parler ; puis on précipita la mère et l’enfant, tous deux nus, dans une chaudière de poix, de résine et de soufre. Marie d’Albret, ayant eu k se plaindre de messieurs du Chapitre, se vengea d’eux, comme plus tard Michel-Ange le fera pour l’un de ses critiques.

l’art profanl a l’éllisi:

dans son JiKjenieiil dernier. Elle lil donner aux bourreaux la fig-ure des chanoines et suspendre les tapisseries au-dessus de leurs siè|:^es.

Fij5’. 372. — D’après la monographie de l’abbé Crosnier (1854).

Nous reproduisons la partie concernant la première phase du supplice: sainct cire et saincte jvlitte sont mis dedaxt yn grand ciiavdtere pleine de sofere et plomp av dessovs de laqvelle sortent ENTIERS. Ensuite, le prévost Alexandre « fait traverser du liault jusques en bas sainct Cire de troys grands clous es^-iis, puis crue-

lement le cier par le corps ». Est-ce eu larg'e ou en long*, comme riiulicpie une illustration de Lucas Cranacli, pour le Sj/nihole des

Fig. 373. — Reproduite dans les Grdnch illusb'aleurs, par Ilirtli.

apôtres^ par Luther (lig*. 373)? Enfin, ils eurent « la teste trancher ».

L’une des cariatides dressées contre chaque meneau de la galerie supérieure représente un personnag*e, dans un état de nudité absolue, entre deux miséreux, couverts de haillons, dont l’un foule aux pieds un diadème. Sans doute pour indiquer le mépris des biens de la terre? La parole est à la symbolique de l’art chrétien. « Cependant, si, dans les statues d’hommes, dit l’abbé Grosnier, on découvre quelques

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nudités, il n’en est pas de même dans celles de femmes; pour elles on a su observer les règles de la plus rigoureuse décence. » Elles tiennent trop aux biens de ce monde, pour se dépouiller de leurs vaines parures et renoncer aux artifices de la mode.

2^ Saint-Pierre. — L’un des quatre édifices religieux de France où l’on rencontre la statue de la reine pédauqiie^ pattée comme une oie. Ce phénomène figure encore à Saint-Bémgne, de Dijon, à Satnt-Pourçain, en Auvergne, et à I’Arbaye de Nesle, dans la Brie. Les uns y voient, nous le savons, Glotilde, épouse de Clovis ; les autres, Berthe « aux grans piés », femme de Pépin le Bref et mère de Charlemagne ; d’autres, enfin, la cousine Berthe du roi Robert. D’ailleurs, toute femme qui court, a la démarche d’une oie.

3*^ Notre-Dame-de-la-Visitation. — Affectée à la communauté des Visitandines, où le spirituel jésuite Gresset place les aventures de son « fameux » perroquet Vert-Vert^. Ce sont les mêmes religieuses

1. a Nevers donc, chez les Visitandines Vivoit, naguère, un perroquet fameux.

On connaît la suite de l’aventure. La renommée du loquace Vert-Vert étant arrivée jusqu’à Nantes, à la maison mère de la Visitation, les « Révérendes Mères » décidèrent de le faire venir, « pour un temps », auprès d’elles.

Désir de fdle est un feu qui dévore,

Désir de nonne est cent fois pire encore.

Bref le bel oiseau « part, est parti ». La nef

Portoit aussi deux nymphes, trois dragons,

Une nourrice, un moine, deux gascons,

Ce n'étoit plus paroles d’Evangile Qu'il entendoit chez nos douces vestales ;

Mais des « gros mots » de corps de garde de dragons.

Bien vite il sut jurer et maugréer,

Mieux qu’un diable au fond d'un bénitier.

Arrivé à Nantes, la tourière, qu’il mordait de bonne sorte « on ne sait pas bien où » l’emporta au couvent, où il débita son chapelet de gros mots, « en roulant les yeux d’un air de jeune carme ».

A ce début, la sœur Saint-Augustin,

D’un air sucré, voulant le faire taire

En lui disant : « Fi donc, mon très cher frère! »

Le très cher frère, indocile et mutin Vous la rima très richement en tain.

Il continua à

Jurer, sacrer d’une voix dissolue Les B, les F, voltigeoient sur son bec.

Faisant passer tout l’enfer en revue ; Les jeunes sœurs crurent qu’il parloit grec.

Mais les nonnettes finirent par comprendre ce jargon diabolique et prirent la

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