LIX. — PUY-DE-DOME
Clermont-Ferrand. D Notre-Dame-du-Port. — Façade méridionale. Portail principal (xi^^ siècle). Le du tympan a été
composé par Viollet-le-Duc (lig. 384) ; les tourments des damnés sont des plus pittoresques et plusieurs torses féminins y brillent par leurs protubérances, bosses de la maternité et de la lubricité.
Portail Nord. A la balustrade, au-dessous de la g*rande rosace, sont découpées des fantaisies grotesques, voire licencieuses. Au-dessus d’une corniche, soutenue par des modillons à têtes grimaçantes, les
1. Ce dessin est reproduit en entier dans les œuvres de Viollet-le-I)uc.
l’art rrofanl a l’élmsp:
écoliers de l’endroit se inonlrent en ricanant deux singes dans une
attitude équivoque, symbolisant la Luxure. Avant le XI® siècle, la ligure humaine était rarement représentée.
Sur une autre façade apparaît le fameux porc, dont la réputation malsaine nous dispense d'en dire plus long.
Ces bizarres caprices de la statuaire religieuse rappelleraient, d’après M. de Cumont, les processions bouffonnes et les mascarades en usage à la Fête des FoiiSy que Clermont a célébrées longtemps après sa suppression dans les autres diocèses. Cependant, nous retrouvons des singeries, moins obcènes il est vrai, à Arcueil Cachan, qui a ignoré cette Fête.
Çà et là se dessine une silhouette originale de gargouille, celle, par exemple, qui est formée de mamelles et dont le surmoulage est au Trocadéro.
Chœur. Chapiteaux historiés, à nuis autres pareils. La Tentation se passe aux pieds d’un plant de vigne et le fruit défendu est une grappe de raisin ; Eve a les seins en besace d’une Vénus hottentote. IL Expulsion du Paradis (fîg. 385), surtout, est impayable : tandis que Fange exterminateur saisit Adam par la barbiche, pour procéder à son expulsion, manu militari^ le premier homme, au paroxysme de la colère, empoigne par les cheveux et piétine Eve, affalée à ses genoux. Celle-ci, de désespoir, s’arrache toute la partie de la chevelure qui reste libre. 11 y a dans cette scène une brutalité excessive, qui jette peut-être un jour sur la façon cavalière dont étaient traitées les femmes au pays de la « bourrée » et de la u volée ».
Nous trouvons encore, au haut des piliers du chœur, un centaure
en pcl-cn-rair ; un perso un âge nu qui en étrangle un autre avec une corde, et une teinnie nue, la Colère, au milieu de farouches guerriers,
les génies du llien et du Mal. Elle tient
un glaive
à deux tranchants dont la pointe semble s’enfoncer entre ses mamelles (fîg. 386). On lit sous le tailloir correspondant : iras occidit.
La crypte renferme des fresques d'une conception non moins étrange.
Terminons par le Jacquemart, enlevé aux hal)itants dTssoire pendant les guerres de religion, qui est orné de divinités païennes, Mars, Fan nus, Tenipus, etc.
2^ Saint-Nectaire. — Se recommande à notre attention par des hommes nus, montés sur des lions. Quant à la signification de ces dompteurs de Técole de Bidel, bernique.
FiL^ 380.
IssoiRE. — Les signes du Zodiaque étalent sur les murs de
l’église des détails ultra-réalistes (fig.387-389)L Les gémeaux, entre tous, se distinguent par l’exhibition d’une virilité que nos vigoureux et robustes Auvergnats ne trouvent pas exagérée.
1. Les ficaires 387 à 390 ont été reproduites par Mallay, dans les lufliaes romaines.
i/art imu)fam: a l’kolisf
Les motifs des fonts l>aptlsmaux n’ont rien à envier, dans la note lil)ertine, à ceux du voisinage. Citons, à titre de memoranduin, une
néréide dégingandée (fig. 390), qui fait le grand écart à la façon des célébrités chorégraphiques du Moulin-Rouge.
Saint-Léonard. — Les stalles, d’un travail des plus curieux (xvii'’), « offrent, dit Mérimée dans son Voyage en Auvergne (1838), une suite de fantaisies très bizarres et souvent obscènes ». On y remarque un moine étreignant « fort amoureusement » une religieuse, et un porc, prêchant devant des oies ou des ouailles, allusion satirique à Calvin et à Luther, élevés sur les genoux de LEglise, ou à un moine libre prêcheur.
Plus je vois d’exemples de ces boulTonneries sacrilèges, conclut hauteur de Colomba, plus l’explication me semble difficile. La critique se déchaînait alors contre les mœurs du clergé, et quelle bonhomie ou quelle indifférence ne lui faut-il pas supposer pour qu’il admît sans scrupule les traits les plus satiriques dirigés contre lui-même.
Vic-LE-CoMTE. Cordeliers. — La chapelle de ce couvent contenait le tombeau de Jeanne de Bourbon, comtesse de Bourgogne et d’Auvergne, qui avait épousé son maître queux, la Pause. Elle mourut en 1511, pendant une absence de son mari. Celui-ci, à son retour, fait ouvrir la tombe où le cadavre est putréfié et ordonne qu’on représente en cet état le corps de sa femme adorée.
La statue existe, et je doute que nulle part on voie rien de plus hideux et de plus dégoûtant. Sur la tête de Jeanne est un suaire qui, tombant des deux côtés du corps, vient se croiser au bas de 1 aine et qui laisse le buste entièrement nu. On la voit avec ses yeux creux et ses joues enfoncées. Des vers sont représentés sur le corps ; déjà le sternum est percé ; une des mamelles et le bras droit sont rongés en partie, des intestins...^
Cette pierre tombale, supportant la statue de Jeanne, nue et décharnée est au Louvre (fig. 391). Nous avons déjà consigné une fantaisie macabre de cet acabit.