LXVI. — SEINE-INFÉRIEURE
Rouen. U Cathédrale. — Extérieiu'^. — L’Adam de cette tour n’est pas banal ; il tient, de sa droite, une pomme, et, de la gauche, nous écrit le D’’ P. Noury, « son pénis en érection » (fig. 44(1). A côté, Eve cache timidement sa nudité avec une touffe de feuillage. Ces statues sont de grandeur naturelle et très haut placées ; elles ont été effritées par la pluie. L’usure du temps a laissé en évidence les pétioles des feuilles obturatrices qui donnent le change aux touristes et piquent leur curiosité.
A Lune des voussures du grand portail, le même confrère érudit, a signalé à la Chronique médicale une statuette de cardinal qui, tourné de dos, « expulse le superflu de sa boisson ».
1. La tour de droite, dite de Beurre, est sans clocher et a la forme d’une lonpie motte de beurre : son surnom ne vient d'ailleurs pas de cette analogie, mais ilu fait qu’elle fut édifiée, en grande partie, avec les aumônes résultant de la dispense accordée par Innocent VIII de faire usagm du beurre et du lait pendant le carême: impôt indirect sur la gourmandise des paroissiens.
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Fig. 44G.
Fig. 447.
Au-dessus du polit portail de gauclie, une dîinse de Salomé, renversée sur les luaiiis.
Cour d'Alhane. Un lioinine nu étreint une gargouille (447).
Portail latéral Sud ou de la Calende. Les gravures en quatre-
feuilles des soubassements n’ont rien de graveleux ni même d’intéressant. Il s’agit de l’histoire de Jol), de Jacob^ de Joseph et de Judith ; puis de la parabole du mauvais riche, enfin de la vie de saint Romain et de celle de saint Ouen. Ces scènes, « d’une certaine monotomie », ont été dé'crites par Joly, 1882, puis récemment par Mlle Louise Pillion, avec des photogravures, où l’on ne voit rien de distinct. C’est beaucoup trop d’honneur que ces auteurs leur ont fait. Adeline ne s’est occupé que de la porte Nord, un peu moins caduque et moins radoteuse. Seules les pinacles de ces piles méridionales de médaillons oifrent de ci, de là quelques licences, mais avec quelle discrétion ! Voici une u Jongleresse dansant sur la tête », qui, pour nous, est une autre danse acrobatique de la fille d’Hérodiade ; or, les jambes de la danseuse, levées en l’air, n’en sont pas moins recouvertes de sa robe. Mlle Louise Pillion, de ce côté de la cathédrale rothomagienne, voit beaucoup de variations du « thème bien connu de la Conversation anioiircuse », de l’entente cordiale ou des jeux (( d’enfants » qui commencent par des enfantillages.
Au-dessus de la pile médiane, relative à V Histoire de Jacob, on aperçoit une femme, la Luxure (?), étendue à l’oriental, le haut de la poitrine à nu. Mlle Pillion trouve ce motif, <( pour déplacé qu’il soit ici... d’une discrétion infinie». L’obscurité nous empêche de distinguer les « amoureux » avec lesquels elle a « le geste vif » et fait la « conversation ». Par exemple, le sujet du pinacle qui domine V Histoire du mauvais riche, au contrefort de gauche, est plus éclairé, et nous regrettons de ne pas partager l’interprétation de l’auteur précité. « Voici, dit Mlle Pillion, une figure de femme
i/art profane a l'|':(;iose
d’une fatuité et d’une sullisance impayahles, à (jui deux complaisants^ dont l’un porte une robe courte et l’autre semble plus sommairement vêtu, font des courbettes intéressées. » Nous voyons dans cette imag'e l’allégorie de l’Eglise, personnifiée par une jeune femme
d’une attitude et d’une tenue irréprochables, qui accepte, sans préférence marquée, les hommages du riche et du pauvre, un. loqueteux minable. L’imagination féminine est connue pour sa vivacité.
Mlle Pillion signale encore, au pinacle d’une pile consacrée a Joseph, une troisième « Conversation amoureuse »; mais sa figure IG, tirée de la Revue cVAri^ ne montre que du noir, tout se passe dans l’obscurité la plus absolue, comme il convient pour les mystères de l’alcôve : un dessin net eût été préférable.
Quant aux histoires bibliques, elles ne présentent que la nudité classique de Job, sur son fumier, occupé à racler, avec un tesson de vase, la vermine qui grouille au creux de ses ulcères. Inutile de faire remarquer que la tentative de séduction de Joseph par Mme Putiphar passe inaperçue. Mais celle de saint Romain, au contrefort de droite, va nous dédommager de cette decon\enue. X n premier bas-relief représente Péveque, non pas dans son confessionnal, mais dans un édicule de convention, vers lequel s’avance le démon sous forme d'une « Vénus » nue, qui se dit dépouillée de tout par des voleurs et sollicite son hospitalité (fîg. 148). Au second
médaillon, le saint re(,‘oil la tentatrice qui « dilate ses cheveux » pour mieux exercer l'empire de ses charmes. Le troisième a trait à rintervention de Lange, qui chasse Limpudique (tig. 449) et protège le vertueux Romain.
Avant de quitter le portail de la Caleiide, signalons le bas-relief du tympan (hg. 450), où Jésus, à sa descente aux Limbes, reçoit Eve si familièrement dans ses bras.
Portail Nord ou des Libraires (Libratiers). Tympan. /Vu registre inférieur, le Réveil des morts, où grouillent de nombreux personnages des deux sexes, demi nus, qui se dépêtrent de leur linceul et s’efforcent de sortir de leur dernière demeure. Au-dessus, les Elus et les Réprouves ; parmi ces derniers, un mitré et un tonsuré attirent principalement l’attention L La présence de ces dignitaires ecclésiastiques rappelle la répartie fameuse de Mlle de Fontanges, assistant au sacre de sa sœur, nommée Abbesse de Chelles. Tout le gratin de la ville et de la cour était réuni ; l’éclat de la cérémonie, le clinquant des costumes, l’enivrement de l’encens et de la musique provoquèrent cette exclamation d’une assistante, voisine de la favorite qui succéda à la Montespan : « On se croirait au paradis ! — Vous voyez bien que non, répondit celle-ci, car si nous étions au ciel, il n’y aurait pas autant d’évêques. Ils semblent mieux à leur place en enfer. »
Les soubassements sont, comme ceux de la porte Sud, couverts de médaillons. Les illustrations se rapportent au récit biblique de la Création, jusqu’à Abel, ou sont fantaisistes. A. la première série, Mlle Pillion rattache un quatre-feuilles qui représente une femme nue tenant un jeune enfant, placée dans un tonneau défoncé, où un personnage, en robe, mais de sexe indéterminé, verse de l’eau (fig. 451). M. Enlart en fait une Scène d'étuve. Mlle Pillion v voit
1. I.’archevcquc Maurice, eu 12:U, dans un concile provincial qui eut lieu à lloucn, s’occupa du relâchement des mœurs cléricales ; entre autres dispositions qui y furent arrêtées, il fut décidé que « les concubines des prêtres seront amenées le dimanche dans l’ég'lise et là, tondues devant le peuple ».
l’art profane a r/ église
Kve prenant « le bain de l’accoucliée » ou une scène relative à Tuii des Miracles de Notre-Dame, la Mère meurtrière de son enfant, (pii le noie, par mégarde, en prenant son bain, après raccouclie-
ment. Mais notre critique oublie la présence du troisième personnag-e, à sexe imprécis, qui aurait empêché l’accident de se produire. Essayons à notre tour d’identifier cette imag-e : Nous pensons qu'il s’agit simplement d’une scène d’intérieur, analogue à celle qui existe au Musée d’ Antiquités de Rouen (fig. 489); le nombre des personnages, leurs attitudes et jusqu'aux ustensiles sont les mêmes.
Un autre tableau (fig. 432), où nous voyons encore une scène familiale, et qui montre une mère au lit, allaitant son enfant, tandis que le père prépare une écuelle de soupe pour son épouse, représenterait Eve allaitant son premier enfant, et Adam tournant la bouillie, comme Joseph le fera plus tard jiour Jésus. Mais le nourrisson, ici, est amplement pourvu de sa nourriture naturelle, et si « bouillie » il y a, elle est pour sa mère ou pour l’époux, à moins qu’elle ne soit pour les chats, aux({uels nous donnons volontiers notre langue.
Passons aux sujets fantaisistes profanes où l'élément grotesque domine. Le sculpteur qui paraît s’être porlraicturé dans le médaillon où vague l’imagination hésitante de Mlle Pillion, entre un bouclier, un marteau de forgeron ou de tailleur de pierre, etc., a
puisé scs sources icouoi»Tapliic[ues dans les Mciaiiiorphoscs d Ovide et les eiievclopédies d'autan, les Merveilles d 1 lule^ les Images et le Miroir du inonde, les Bestiuires , la Somme des vices et des vertus,, eoinplété par frère Lorens, le Livre des merveilles, le De naturis
Fif;-. 453.
rerum, de Mandeville. le Spéculum salvationis, etc,, qui reproduisent des êtres et animaux chimériques, de transition, empruntant leurs traits à riiumanité et à ranimalité ou aux conceptions mythiques, et dérivent, pour la plupart, des malformations cong-énitales, anencéphalie, cyclopédie, monopédie, etc., comme nous l’avons établi ailleurs h
Les sujets graves sont réservés au portail de la Calende, à part les « Conversations amoureuses », qui iLont d'ailleurs de subversif que le nom. Ceux du portail des Libraires sont plus amusants et certains même graveleux. Par exemple, un liomme nu, à tête d’animal, recouvert d’un manteau à capuce“^ (fig.453)'^; un bouc habillé en moine ; un ane à tête de capucin ; un centaure, dont la croupe, les organes et la tête paraissent être ceux d’un moine (üg. 454) ; une centauresse, tenant une fleur, le torse drapé, sauf les mamelles (fig. 455); une néréide, avec les attributs de la coquetterie, miroir et peigne ; Hercule étoulfant le lion de Némée (lig. 45(i), etc. Une