SEIN K- IN FERIE U RE
Petit-Qi eviely. — La Fuite en E(fi/pfe siècle) est peinte en frescjiie sur la voûte du chœur. Joseph, le résig'iié, charg“é de son baluchon, marche devant l’âne, qui porte la Vierg'C, allaitant son divin fils. Ce cortège est contraire aux mœurs orientales, où l’homme se prélasse sur le baudet, tandis que l’épouse suit ou précède la monture, à pied, chargée de sa progéniture et des hardes de la communauté.
Gouville. — Dans les ruines de l’église rustique de ce pays, situé près de Cailly, se trouvait une statue de la Vierge qui donnait le mauvais exemple aux mères , en présentant un biberon à Jésus. Encore un détail en contradiction avec la tradition : Marie, le modèle des mères nourrices, passe ainsi à l’état de nourrice sèche.
Bolbec. — En face du perron de l’église, Diane chasseresse « à la pose et aux contours les plus gracieux », dit A. Fromentin, domine une fontaine, un chef-d’œuvre de la statuaire française. Le paga- . nisme voisine avec le christianisme, qui en émane.
MoNTiviLLiERS. — Une sculpture (fig. bOl), d’après un dessin de Fragonard, représente un personnage dévoré par une louve ou une chienne alfamée, sorte de bête du Gévaudan alors inconnue. La victime tient entre ses mains un phylactère, sur lequel sont tracés des caractères illisibles, qui auraient pu donner la clef de ce rébus. Symbolistes à la rescousse ! Est-ce la Religion dévorée par V Hérésie ? On peut, sur ce sujet, épiloguer à perdre haleine. Rappelons toutefois un épisode qui s y rapporte peut-être : Guillaume II, comte de Nevers, revint a seul et nud » d’Orient, puis se lit chartreux ; il mourut dévoré par un chien ; « comme un chien, il le méritait », ajoute une vieille et sévère chronique.
FoiNtenelee ou Saint-WaiNdrille. Abbaye. — Dans les vastes ruines de cette antique église abbatiale, E. Langlois, en 1827, a découvert
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Fij;-. 502.
une Fresque (üg. ;>(j2) sur les murs de lîi clia])elle de Salrit-Séhastien. C’esl^ dil-il, le martyre d’une jeune vierge, attachée à un arbre, et entièrement dépouillée de ses vêtements ; elle soulFre, îivec résignation, les tortures que lui font endurer deux bourreaux, armés de lanq^es ardentes. « On ne pourrait sans frémir et sans blesser la pudeur, ajoute-t il, décrire l’horrible manière dont un des satellites remplit son cruel emploi ».
Langlois préfère en donner le dessin, que nous lui empruntons. Si l’artiste pouvait lire cette description, il serait bien surpris d’être accusé de « blesser la pudeur », lui qui a voulu, au contraire, faire jouer à l’une des lampes le rôle de feuille de vigne.
Une autre peinture murale, chapelle de Saint-Laurent, reproduite par le même auteur, présente une particularité curieuse dans sa composition. Le jeune Saül, qui préside au supplice, n’a pour tout costume que de longues chausses noires. Il est assis sur un trône recouvert des vêtements du martyr. Or, on observe que celui-ci, tombant sous les coups de ses bourreaux, n’en est pas moins tout habillé. A moins que Saül, gêné par la chaleur, n’ait fait un coussin de ses propres habits.
Le lavabo, contigu à la porte du réfectoire du cloître, est orné de délicates sculptures décoratives. Son fronton fleuronné comprend un sujet, « dont la bizarrerie donne lieu de prêter au sculpteur des intentions malicieuses » à l’adresse des moines (lîg. 503), pense Langlois. Il voit un trait satirique d’abord dans la coilfure du principal personnage, son capuchon ou carapoiie serait muni de deux oreilles d’âne ; puis, dans le gobelet qu’il tient à la main gauche ;
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onfîn, dans rinslruinent (la marotte ou le maillet dit hulinel des tonneliers *) porté par l’autre main.
Vi<s. 502.
Ce symbole de l’intempérance et de la folie renferme un sens grave : n’était-il point ici pour rappeler aux bénédictins, au moment du repas, la leçon que leur patriarche leur donne dans sa règle au chapitre De inensurH potus^ en les invitant à se contenter d’une légère portion de vin : Quia, inquit, viniim aposlataj'e facit eliam sapientes ? Peut-être le passage suivant de 1 I^criture ollrirait-il encore un rapport plus intime avec ce bas-reliet : 7'e5 viniim, et lumulluosa ehriefas : qiii-
cumque hi.s deleclatur, non erit supiens (Prov. XX, 3,1.)
Un tel sujet, placé au-dessus d une fontaine, voulait-il dire aux moines, enclins a « humer le piot » et à préférer les préceptes d Ppicure a ceux de l’Ecriture, qu’ils devaient mettre de l’eau dans leur vin, au moral comme au physique, ou bien était-il sim-
1. Dans un Psallerium manuscrit provenant de rAl)bayc de Corbie. une initiale peinte donne la ligure du Fol ou de V Athée (fig-. 504). C’est une des plus anciennes représentations connues de ce personnage : il tient une marotte, et non un hulinel terminée par une tête de satyre et porte une boule ou une pierre à la bouche en blasplicmant le Seigneur ([ui se montre pour le confondre. M. Uigollot à qui l’ious empruntons ces détails signale une autre miniature d’un Fou qui porte une houleüe. Chez, ce dernier, le manteau entr’ouvert laisse voir toute sa nudité. Ce genre d indecence a longtemps caractérisé la ligure du Fou ; tel est, par exemple, celui du
cclelire jeu de cartes attribué à Charles \d. ^
L ' A H T 1* K O F A Ni: A 1 / F (1 U S 10
plement décoratif ou encore une l’érniniscence de la fête burlesque des P^ous ?
Gaillouville. Notre-Dame. — A cinq cents pas de FAbbaye précédente, fut élevée cette célèl)re ég'lise, dont il ne reste que des débris. Elle était ornée de tant de peintures ou sculptures, que (( tous les saints du paradis-, disait-on, s’y trouvaient réunis » .
On n’y rencontre plus que des débris horriblement mutilés ; les Ang-lo- Saxons, hommes d’ordre et pratiques qui ne laissent rien traîner, ont ramassé, depuis long-temps, tout ce qui avait quelque valeur archéologique. Langlois cependant a trouvé sous l’herbe une image expressive, unique en son genre, des peines infligées aux luxurieux * (fîg. 505).
Ce sont deux torses, nus et de sexe différent, accolés de la plus étrange manière, et dont les bras sont singulièrement renversés. Des serpents qui traversent leurs chairs, les enlacent de leurs hideux replis ; les uns leur mordent les mamelles, les autres les déchirent plus étrangement encore, mais d’une façon fort propre à donner au peuple une leçon de continence.
Nous verrons, à la Chapelle Sixtine, un ennemi de Michel-Ange, mis par lui au premier rang des damnés, tourmenté de la même façon.
Un siècle après, Jérémie Drexelius, dans son livre De Æiernitate considerationes y publie une estampe où les réprouvés sont dévorés par des reptiles. « J’avouerai, ajoute Langlois qui nous fournit ce renseignement, que ce jésuite paraît donner à cette image un sens purement allégorique, en ne parlant dans son texte que de vernies conscientiæ ».
Cousin, dans son Jugement des Minimes, peint deux exemples de cette pénalité des luxurieux (fîg. 166-167.)
1. Dans la religion de Mahomet, d’après lleland, le même supplice serait réservé aux avaricieux ; « Le souverain juge, au dernier jour, attachera autour de celui (jui n’aura point fait l’aumône un elTroyable serpent, dont le dard pi(jucra sans cesse sa main avare, (pii ne s’ouvrit point janir les malheureux ».
Sur remplacement de l’ég-lise s’élève un petit calvaire dominé par un groupe sympathique (hg'. 506), provenant de 1 ancien édifice.
Il effectue la conjonction décente, sous la Porte-Dorée, de Joachim et Anne, qui se tiennent chastement enlacés, comme l’indique un couplet du vieux noël, Noble fleur de la vigne :
Joachim s est trouvé Son ancienne épousée
A la porte Dorée, De qui vient la lignée
En la bouche a baisé De ce précieux fruit.
A quelques pas de là, se trouve la Fontaine de Notre-Dame de Caillouville (fîg*. 507). Un hang'ar abritait les trois statues g*rossières de sainte Radeg-onde, de saint Clair et de Notre-Dame-des-Neiges. Cette piscine miraculeuse n’a encore rien perdu de sa réputation, à en juger par la foule de pèlerins qui y afflue tous les premiers vendredis de mai ; les douches ne peuvent, en effet, que leur être salutaires.
JuMiÈGES. — De l’Abbaye royale, dont l’un des abbés, Filibert, fut accusé d’avoir eu « des liaisons scandaleuses » avec l’abbesse de Pavilly, il ne reste que les ruines de l’église.
A Pextérieur, d’après C. Deshayes, des décorations « bizarres et ridicules» étaient encore intactes, en janvier 1823 ; mais, chaque jour, les cambrioleurs d’Albion y opèrent sans conscience des rafles
l'aHT profane. — I. Oi-
l’art profane a i/é(;lisi
consciencieuses. L'une des consoles des croisées ogivales, au Midi du chœur, portait un petit singe allaité par une guenon. Ce lahh*au
Pi O' 1 1^.
du devoir maternel avait pour pendant un cochon habillé en traîneur de sabre tenant le gobelet de 1 ébriété avec 1 un de ses pieds de devant. La première croisée, au Nord, otlrait un lion « semblant