‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 159 sur 183 · LXVII. - SOMME · texte numérisé non relu

LXVII. - SOMME

- Amiens. U Cathédrale. — Extérieur. — Façade principale. Portail du Sauveur. Au « grand jour d’épouvante », qm Jugement solennel, les ressuscités sortent, sans linceul, de leurs sépulcres (( la dilférence des sexes marquée », constate M. Durand ; puis, les réprouvés sont poussés vers la Bocca ddnfenio. Ces derniers sont aussi à l’état de pure nature et montrent leurs parties « textuelles » , comme nous disait un client de Seine-et-Oise. « Les hommes nus, pensait Livie, ne sont que des statues pour des femmes chastes » ; les fidèles des deux sexes ne doivent donc pas s'en choquer.

Un évêque ou un abbé, seul, est reconnaissable à sa crosse ; mais il porte la tête nue, sans doute pour éviter d’induire les apologistes religieux à considérer sa mitre comme la coilfure du grand-prêtre juif, ce que ceux-ci ne manquent jamais de faire, quand ils trouvent un personnage mitré parmi les damnés. Mais, ici, les défenseurs de la « mitraille » oublient l’argument humain du poète :

Car pour être dévot on n’en est pas moins homme,

et ils en seront pour leurs frais d’imagination. La « chaire » est faible, chacun sait ça.

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r. A HT 1‘ H O F AN H A l. Ff;MSi:

Fig. 509.

Remarquons, en tête et en ([ueue du défilé des condamnés, les deux enjôleuses (|ui caressent, Tune, le menton (fig-. GOS), l’autre,

les fesses de son voisin ^ 509); elles se sou-

cient peu du Lasciate o(jni spcranza^ voi chen traie ^ du Dante.

Les peines de l’Enfer se continuent, à droite, sur les sommiers des pieds-droits du portail, par opposition aux joies du Paradis, développées du côté opposé. Le premier groupe, voisin de la porte (fîg. 510), comprend un avare qui plie sous le poids du sac d^écus suspendu à son cou, et de deux impudiques, dont Lune subit les cajoleries d’un diable, laid comme un singe, à la barbe de son mari marri, placé derrière. Au second compartiment, deux damnés, par leurs postures équivoques (fîg. 511), passent généralement pour renouveler Lune des scènes qui attirèrent le feu du ciel sur les villes de la Pentapole et excitèrent la risée mondiale au détriment de nos voisins de Berlin, la Sodome moderne. Pour Rivoire, en effet, ces réprouvés « font l’amour à l’envers »,

Sens devant derrière, sens dessus dessous,

Fig-. 510.

Fig. 511.

selon le refrain du pot-pourri de Loth^ par Sedaine^ et tout comme un couple de cuirassiers blancs. A. Gilbert admet « les postures

indécentes », mais non le prétendu vice allemand du Grand Frédéric c[ue N^ollaire surnomma Monseigneur Luc, et nous sommes absolument de son avis.

Les deux hommes placés ici ne se trouvent dans cette posture cynique que par suite de Tag’g'lomération spontanée des réprouvés poussés vers l’abîme et de l'attitude comprimée dans laquelle les tiennent deux démons, dont l’im, armé d’un bâton, se met à genoux sur son dos. La nudité des personnages et leur posture ont seules fait imaginer une action qui ne pouvait véritablement trouver place sur le frontispice d’un temple, où tout doit contribuer à l’édification des fidèles.

M. Durand pense aussi comme nous : un démon, écrit-il, tient son genou sur Léchine d’un patient — le passif — jeté à terre et qui vomit un crapaud ; un autre damné — l’actif — est tiré par un croc et cherche à se raccrocher à celui qui est tombé à quatre pattes devant lui.

ÎF Compartiment. Autre groupe de réprouvés, dans la chaudière bouillante ; au contraire de ceux de Bourges qui pi'ennent leurs peines en riant, ceux-ci « croient que c’est arrivé » et donnent les marques du plus profond repentir.

4^^ Compartiment. Un coursier fougueux, er/uus palliclus, est monté à poil par une femme dans le même état, la Mort. Celle-ci, les yeux bandés, enfonce son glaive dans le corps d’un personnage également nu, qu’elle porte en croupe et en fait sortir les intestins.

5^^ Compartiment. Le cavalier de VApoCcilypsc, nu aussi, monté sur un cheval noir, er/uus niger, tient une balance de la main droite.

tL Compartiment. Un autre cavalier apocalyptique est armé d’un arc.

Au trumeau du même portail, sous la statue de Zacharie se trouve un bas-relief en quatre-feuilles, le Triomphe de V Impiété (fig.5 1 2) qui, nue, s échappe d’une amphore élevée entre le ciel et la terre par deux femmes ailées ; d’aucuns disent, mais sous toutes réserves, la Vérité sortant de son puits. A coté, un demi-quatre-feuilles figure la Discorde, où mari et femme en viennent aux mains, après s’être jeté quenouille et pot-au-feu à la figure. Ce n’était déjà plus le temps où le chevalier de la Tour T.andri ^ disait que le

1. I/alk'^oric sous-jaceiilc sc rapporterait à un passage du ce petit proj)hète juif.

Conseils (Viin père à ses filles, 1372.

V® cha})itre du livre de

l’art profane a l’éolise

(( maître », le mari, devait avoir sur sa conjointe « le haut parler ».

Façade Méridionale. Sur une pierre d un talus pratiqué sous ce

portail, d’après A. Gilbert, on a cru reconnaître dans une petite fî^mre nue tombant à la renverse, celle du seigneur d’Angilvin, que son neveu, déshérité au profit du Chapitre, tua, en l’an 8h0, au moment où il entrait à l’église.

Le même auteur raconte que, quelques années avant 1780, sur le mur antérieur des chapelles, deux niches, restées vides depuis, abritaient les statues d’Adam et Eve; mais, en raison de leur nudité, le Chapitre les fit déguerpir.

Intérieur. — La cuve de la chaire est soutenue par les trois Grâces théologales, la Foi, V Espérance et la Charité. Cette dernière est fort occupée à supporter son faix et à allaiter un orphelin suspendu à son sein droit, par la force du vide, comme une grosse ventouse.

L’ange qui surmonte l’abat-voix montre le ciel, de la main droite, et, de la gauche, tient le livre des Evangiles, sur lequel sont inscrites, en lettres d’or, ces paroles immodestes : iioc fac et VIVES (Faites ceci et vous vivrez), qui font allusion à la beauté de l’œuvre, au dire de Farchitecte Christophe et du sculpteur Jean Dupuis, qui l’ont conçue et exécutée.

Clôture du chœur. L’un des treize bas-reliefs enluminés, où se développe Fhistoire de saint Firmin, représente le baptême, par immersion, d’Attile (fig. 513), fille du sénateur Faustinien, et des Amiénois convertis. Ce tableau en marbre^ mutilé à la Révolution, est accompagné de ce quatrain, en style et caractères gothiques :

Faustinien, la noble Attile Baptisa avec trois fois mille.

Fème Agrippin, famille, enfans Pour ung jour la foy confessans.

s O M yi E

La « noble » Altile, entièrement nue, plongée à mi-corps dans la

cuve baptismale, domine la scène. Elle est assistée du saint Evêque^ et reste impassible, les mains jointes, en présence des nombreuses personnes qui se déshabillent complètement les hommes à droite et les femmes à gauche.

Ses compagnes , qui tiennent ses vêtements, ont « des robes profondément décolletées et collantes », observe M. Durand.

Derrière le sanctuaire. Enfant pleureur (fig. 514),

génie ou ange pour les uns, amour pour les autres, la meilleure œuvre de Basset, dont le mérite a d’ailleurs été quelque peu surfait, ornait le monument funéraire du chanoine Guillin-Lucas.

La tête de mort sur laquelle s’accoude le petit Jean qui pleure est l’emblème de la futilité des grandeurs de ce monde. Le mausolée de Warin de Gondrecourt, à Saint-Mihiel, église Saint- Michel, est aussi orné d’un enfant nu, qui tient, de chaque main, une tête de

i. Saint Firmin verse de l’eau sur la tête de la néophyte ; c'est un anachronisme commis par le restaurateur du bras de l’épiscope, amputé en 03.

l’art profane a L’ÉOf.ISK

mort, mais il sourit comme Jean (jui rit et sernhle jouer aux boules. Sacristie de la Chapelle Saint-Firmiiib Une autre fi^mre symbo-

lique du même genre accompagne l’épitaphe du chanoine Jean Pecquet de Dourier (1729). Un enfant nu, en relief, à demi couché, tient une coquille, d’une main, et, de l'autre, un chalumeau de paille d’où sortent des bulles de savon; gracieuse allégorie de la fragilité de la vie et de la frivolité des plaisirs terrestres.

Chœur. Avant de nous occuper, en détail, de l’imagerie des stalles, hâtons-nous de relever deux gracieuses figures décoratives, sculptées sur les boiseries du chœur (fig. 515 et his)^ datant du xvi® siècle, et, à l’extréniité orientale, du côté droit, V Hiiniilité de (fig. 516). La Vierge, selon saint Mathieu, relève son fiancé qui, conduit par un ange, vient lui demander pardon des soupçons injurieux que sa grossesse prématurée lui a fait concevoir. Avant d’apprendre par l’ange, dans son sommeil, rintervention prolifique du Saint-Esprit, le « Taciturne » avait résolu de s’éloigner, prétextant un voyage. C’est ce qu’expliquent le bâton et la besace, sculptés à ses pieds sur ce l)as-relief.

Cent vingt stalles, qui remontent aussi à l’époque où les mystiques médiévaux le cèdent aux naturalistes de la Renaissance, sont historiées d’environ quatre cents motifs variés. Les chanoines Jourdain et Duval en ont donné une description détaillée, que nous mettrons largement à contribution. Ces sujets, à part un Centaure aile et Hercule terrassant riii/dre, d’origine mythologique, ont

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