‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 164 sur 183 · CL J. Garnier, 183‘J · texte numérisé non relu

CL J. Garnier, 183‘J

afin, (( qu elle fût intercesseresse par devers son cher Enfant qii il lui plût avoir pitié de son pauvre peuple ». Marie lui apparut et lui présenta « un beau plat tout plein de petites piecettes de chair, comme d un innocent. Et lui fut répondu : (( Gomment requerrai-je mon Enfant pour ceux qui tous les jours le depiecent par les horribles péchés et olfenses qu’ils font contre lui, plus menu que n est la chair en ce plat détranchée ». En effet, la Vier^^e présente sur un plateau le corps nu de Jésus, coupé en petits morceaux (fig*. 52.^). On doit voir là, paraît-il, une image vivante du schisme qui démembrait alors l’Eglise. Mais un visiteur, non prévenu, pense inévitablement à Togresse du Petit Poucet, venant d’accommoder ses filles aux petits oignons.

C'est le même sujet qui était reproduit sur un tableau de Saint- Gilles, à xVbbeville.

Douai. Musée. — Sépulcre de Charles II de Lallaing ; le gisant est couché tout nu sur son tombeau, tenant d’une main un débris de linceul pour voiler son sexe. Ce monument provient du couvent des Prés.

Roye. Saint-Pierre. — Les vitraux datent du xv*^ siècle et représentent, en grande partie, les sacres de Clovis, de Charlemagne et de Louis IX. Sur l’une de ces verrières, qui a trait au Jugement dernier', plusieurs diables truculents emportent des damnés dans des brouettes. Il semble que l’invention de ce véhicule ne revienne pas entièrement à Pascal*.

Mollien-Vidame. — Un chapiteau est illustré d’une sculpture qui paraît tout d’abord peu conforme à la vérité et semble représenter la Femme domptée par le démon (fîg. b23 bis). Conception en opposition complète avec l’exégèse de l’iconographie religieuse quand elle met en conflit le démon et la femme, hors les

1. On le retrouve clans un vieux manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Omer, où il est poussé par un diable à jambe de bois, et dans le Mystère de VEmpereur Jiislinien au Uhnn, cité par Du Meril et Mætcrlinck ; le diable s’exprime ainsi :

Ma brouette vueil mener là Si cjue dedans le (Justinien) jetterons Et en enfer l’entraînerons Sans plus attendre.

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scènes infernales où les damnés ont toujours le dessous. Mais la lecture attentive de ce tableau satirique nous en fait bientôt décou-

Fig. 523 his.

vrirla finesse et la subtilité : n’indique-t-il pas que la femme, dans tous ses actes, n’a d’autre conducteur que l’Esprit du mal et de malice ? Enseignement philosophique plus conforme à la réalité.

Sélincourt. — Le Musée Napoléon, à Amiens, possède une statue de la triple Hécate, qui provient de l’ancienne Abbaye de Selincourt. Que faisait dans un édifice chrétien cette trinité infernale, qui avait la mission d’appeler les Furies vengeresses pour saisir les coupables? Le personnel de l’Empyrée catholique — dont le rôle principal est de punir — n’a-t-il pas à la disposition de sa justice implacable assez de Pères Fouettards?

Saint-AciieulL — Saint-Valery-sur-Somme. Chapelle des Marins“^.

1. Il était d’usage, dans l’église de cette commune près d’Amiens, de ceindre la taille des temmes enceintes, au dernier mois de leur grossesse, avec la ceinture de sainte Març/iierite^ patronne de la fécondation, non parce qu’elle prêcha d’exemple, puisqu’elle resta vierge, mais en vertu de son expulsion du corps tl’un dragon. Sim ilia simili bus curanliir.

2. Au-dessous de cette chapelle existe une fontaine, dite de la Fidélité, parce que les amants venaient y boire à la même coupe et s'y jurer « un amour éternel». Serait-ce de cette coutume naïve (jue vient l’origine du dicton ; « I^ois de l’eau et compte dessus ? »

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