‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 181 sur 183 · LXXVI. — CORSE · texte numérisé non relu

LXXVI. — CORSE

Suivons Fauteur de Colomba^ en tournée d’inspection monumentale, dans l'ancienne île des Génois, et tirons de son rapport administratif les détails documentaires qui nous intéressent.

Carbim. Saint-Jean-Baptiste et San-Quilico. — Ce pays fut le chef-lieu de la secte religieuse, les Giovannali, appelés ainsi, peutêtre à cause du vocable de cette église, où ils se rassemblaient. Ces phalanstériens ne reconnaissaient que l’Evangile de saint Jean ; ils mettaient tout en commun, — terre, biens et femmes. (( La nuit, ils se réunissaient dans leurs églises et, après l’office, les lumières s’éteignaient et ils se livraient à des orgies monstrueuses ; accusation banale contre toutes les sectes secrètes, et les premiers chrétiens n’y échappèrent pas plus que les autres. » Mais ces précurseurs des Mormons et des Doukhobors de Saskatchewan furent exterminés par la soldatesque papale expédiée d^ Avignon.

Nebrio. Saint-Michel. — Sur le linteau de la porte occidentale, un buste, de sexe indéterminé, entre deux paons. Les oiseaux de Junon picorent les oreilles du personnage et l’invitent au péché d’orgueil. Comme dit Joseph de Maistre : « le cœur fait des contes à l’esprit qui les croit ». Ces oiseaux, observe le Père Cahier en parlant d’autres volatiles corrupteurs, deviennent bien vite serpents et, pour avoir accueilli la sollicitation au plaisir, on se trouve précipité bientôt dans le vice, puis dans le crime.

Remarquons, d'abord, écrit notre sympathique inspecteur, l’obscénité de quelques figures, fait qui n’est pas rare sur le continent, mais qui me surprend en Corse, pays grave, s’il en fut, où l’on ne rit guère, et quelle qu’en soit la cause, assurément très chaste. Par exemple, un modillon de Farcature du côté Nord représente un homme tenant un oliphant, de la main gauche, et de la droite, une espèce de coutelas, hliiis niembrum femine lonqius evadit. Plus loin un homme, sur une des consoles de la façade, au-dessous de l’archivolte de droite, clunibus insidens, ingenteni lOyçaXXov prælendil. Cherche là-dedans, qui voudra, une allusion mystique.

l'art profanl a l'éolisl

Mais parfaitement, répondront sans hésiter les symbolistes endurcis, ces ligures, qui nous paraissent des bambochades, allégorisent la Luxure b

Gervione. Chapelle Santa- Gristina. — Quand elle subit son martyre, la sainte, avant d’être percée de deux flèches, fut exposée aux morsures de deux serpents lancés contre elle, mais qui ne lui firent aucun mal. Ils lui léchèrent les pieds, en signe de soumission et se suspendirent à ses seins comme deux enfants qu’on allaite. Mérimée cite ce passage des Acta sanctorurn :

Jiilianus misit super eam duos aspides... et currentes duo serpentes conligaverunt pedes ejus, et lingehant vestigia ejus ; et duo aspides currentes suspenderunt se ad niamillas ejus^ velut infantes lactantes, et non nocuerunt eam.

Or, par une exception architectonique cette églisette a deux absides ; Mérimée, qui s’improvise à son tour symboliste, se demande si cette singularité est destinée à rappeler les deux flèches meurtrières ou les deux serpents fort civils. Il est probable qu’il ne s^agit là que d’une coïncidence fortuite, mais avec les architectes ou les artistes qui jouent du symbolisme à outrance, tout est possible. Jusqu’à plus ample informé, laissons la solution avec un pied en l'air.

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