DANS UN DRAP ET PRIENT ARRAHAM DE LA RECEVOIR DANS SON SEIN
On remarquera les mamelles pendantes et les masques caractéristiques de certains démons et aussi l’absence des sexes chez tous les personnag-es nus ; cette émasculation sculpturale est-elle primitive ou consécutive ? Seul un de ces mufles diaboliques, placé au pubis, tire la langue et prête à Féquivoque.
Lors de la reconstitution des tombeaux de Saint-Denis, des restaurateurs sans scrupule baptisèrent à nouveau les statues décapitées, et, non contents de leur imposer une fausse identité, ils leur appliquèrent des têtes étrangères. ^ Et l’on vit, dit Viollet-le- Duc, chez tous les mouleurs de Paris, une certaine Nanthilde femme de Dagobert, à laquelle on avait adapté la tête d’un jeune
prince »
Même interversion de sexe sur un Crucifiement du xiv® siècle, d'après Didron : on avait transformé un saint Jean en une Marie- Madeleine.
1. On sait que Xantcchildc ou Nauthilde était une rcli^^icusc qui mit la tète, sinon « la culotte », de Daj^obcrt à l’envers, un jour que, dissimulé derrière un rideau, le roi mélomane et philoj;yne fut charmé par le son mélodieux de sa voix. Il en devint éperdument amoureux et répudia incontinent sa légitime épouse pour s’unir à cette séduisante nonette.
Mais il faut en rabattre avec la légende et la chanson populaires du « bon roi »> Dagobert. Ce fut, au contraire, un prince cruel — digne fils de sa mère Frédégondc — et un polisson qui eut jusqu’à trois femmes à la fois « à titre de Reines » — Nanthilde, Vulfégondc et Rcrthilde. Pour réaliser son idéal, il pensait sans doute, comme un psychologue de notre connaissance, que, ne pouvant rencontrer chez une seule femme la trinité de la perfection féminine (la satisfaction des sens, du cœur et de l’esprit), il était nécessaire d’en prendre trois, possédant Tun de ces desiderata. Pourtant, rcITervcsccncc de son tempérament était telle qu’à l’exemple du « sage » Salomon, il s’offrit un supplément de concubines sans compter. Ce qui ne l’empêcha pas d’être mis au rang des Saints, jiour avoir fondé l’abbaye de Saint- Denis et fait de nombreuses aumônes aux églises — après les avoir pillées — « en satisfaction de ses péchés » et en expiation de scs crimes, à l’exemple de Constantin ou autres criminels de marque, sanctifiés. C’est ainsi, comme l’a dit Jeanne de Matel, qu’on gagne le ciel en se perdant.
2. Cependant le D'' Max Pillard admet qu’en août 1703, les vandales révolutionnaires « brisèrent la statue du roi, mais respectèrent celles de Nanthilde et de son fils Clovis II »? Lenoir assure, au contraire, (juc les deux dernières eftigies « ont été brisées ».
SEINE
Fig. 123. — Détails de la Vision.
A Saint-Denis, au dire de cet archéologue émérite, les sexes jouent de malheur ; l’architecte Debret avait fait sculpter, sur le tvmpan de la porte centrale, de la barbe au menton de la Vierge î
l’art J'ROFANL a l’ 1^.(1 lise
Autre maquillag*e audacieux : Selon Viollet-le-Duc, Alexandre Lenoir avait reconstitué le tombeau d’iléloïse et d’Abélard « avec des morceaux d’une arcature de Tég-lise de Saint-Denis, des basreliefs provenant des monuments de Philippe et de Louis, frère et fils de saint Louis, des rosaces appartenant à la chapelle démolie de Saint-Germain-des-Prés et de deux statues du xiv*^ siècle de personnag-es inconnus ».
En 1586, Gorrozet sig*nale, derrière le chœur, une cuve « de pierre roug-e, jaspe ou porphire, où Dag*obert se baig-noit. Maintenant, elle sert à faire Peau benoiste, les vig'illes de Pasques et de Penthecouste ».
Fermons cette parenthèse et reprenons notre tournée.
Le tombeau de Philippe le Bel rappelle ses méfaits et les mécomptes de ses fils
Tombeau de Louis, duc d^Orléans (•}- 1407), de Valentine de Milan, son épouse (*|* 1408j, et de ses fils. Ving-quatre niches de son socle abritent des statuettes d’apôtres et de saints, parmi lesquels saint Sébastien, complètement nu, et la Madeleine. Cette' pécheresse figure ici à titre de pleurnicheuse, en mémoire de l’emblème choisi par l’inconsolable épouse du frère de Charles VI, qui
1. Ce fut un faux monnayeur et un imitateur de l’Inquisition : il fit brûler les Templiers pour s’approprier leurs richesses, mais il lui sera beaucoup pardonné, parce qu’il eut l’audace de se payer la tête de Boniface VIII et des noblaillons de l’époque. Quant à ses trois fils ou les trois maris marris, ils furent tous corniculés par leurs épouses Marguerite, Jeanne et Blanche. Cette dernière, entre autres, fut convaincue d’adultère avec les deux frères, Philippe et Gauthier de Launoy qui « eurent les parties, dont ils avoient commis le crime, arrachées, la peau érhflée >», puis furent traînés, les chairs pantelantes, dans une prairie fraîchement fauchée et finalement décapités. Jeanne fut absoute ; mais on enferma ses belles-sœurs. Blanche et Marguerite de Bourg-ogne, au Château-Gaillard, en Normandie, où Louis le Hutin fit étrangler la dernière. Mezeray dit avec un « linceuil » ; une tradition plus répandue veut que ce soit avec ses cheveux, mais Godefroy, de Paris, dans sa chronique rimée sur Philippe le Bel, penche pour la noyade :
Furent menées à val Sainne,
A Andeli par bonne estrainne (escorte),
De tout noble atour despoillées Et puis rasées et roog'nées.
Le mausolée de ce souverain cornu nous remet en mémoire la fin tragique de son petit-fils, Charles le Mauvais, roi de Navarre. Comme ce prince dépérissait, son médecin, à bout de remèdes, ordonna que le malade fût enveloppe et cousu dans un drap imprégné d’cau-dc-vie. La personne chargée de ce soin avait la tête légère : une fois sa couture terminée, elle ne trouva rien de mieux pour rompre le fil que d’en approcher une lumière. Le drap prit feu avec le fil, ce qui délivra le patient de toute maladie.
SEliNtî
consistait en un arrosoir versant des larmes entre deux S — initiales de Souci et de Soupir — avec cette lugubre devise, écrite sur les tentures noires de ses appartements :
RIEN NE m’est PLUS PLUS ne m’est rien.
Elle ne survécut d’ailleurs que quelques mois à sa douleur : fait assez rare pour être consigné.
Tous les ana racontent que Thierry de Héry, visitant l’église abbatiale de Saint-Denis, commença par le mausolée de Charles VIII
l’art profane. — I.
Fig. 124.
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125. — Statues couchées crAnne de Bretagne et Louis XII, exposées au Musée des Monuments Français, par A. Lenoir.
1498). Il se mit à genoux auprès du monument, plongé dans une profonde méditation. Son entourage, surpris de voir rendre à Char- ^ les VIII le culte réservé aux saints, lui en fit l’observation : « Ce j n’est pas une méprise, répondit Iléry, ce prince a apporté en France . une maladie qui a fait ma fortune et, par reconnaissance, j’adresse j à Dieu des prières pour le salut de son âme. »
Nous avons déjà décrit le sarcophage de Renée de Longueville - (-[- 1515), à son passage aux Gélestins ; nous en donnons ici une représentation plus conforme au monument factice en grande