‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 27 sur 183 · partie — édifié k Saint-Denis (fig · texte numérisé non relu

partie — édifié k Saint-Denis (fig

Les images d’Anne de Bretagne (*1- 1514) (fig. 125), de Claude de France (f 1524) (fig. 126) et de Catherine de Médicis (f 1580)

(fig*. 128) sont couchées, dans toute la nudité de la mort, aux côtés de leurs époux respectifs, Louis XII [f 1515), François

Ki«-. i28. —

D’après la pholoi^rapliie de Nciirdcin.

j/aut P U (J F a ne a i/é(;mse

(f 1547) (lig. 127)1 et Henri 11 (f 155!)) 129)-. Celle inno-

vnlion arlistictue remonlenux enfnnls de Jtic([ues Cœur cjui, en 1 4o / ,

élevèrenl un rnonunienl iunéraire à leur mère : la défunte était représentée nue, en ronde-bosse, couchée sur

Fig-. 129.

son

tombeau. Nous connaissons la « gisante » du charnier des Innocents ; d’autres effigies similaires se rencontreront en province.

1. « Dessus le Uct fimeral, dit Corrozet, sont les deux effigies estandues de leur

comme corps trespassez, nuds et dcscharncz. » , tt • tt

«"'Louvre n- L. MaqueUe en tc.n-e cuilc de la figure .le Henri II pour .on ma‘usolic Cesl la copie â’une statue sisaute crun tombeau ou dam Christ mort, par

Germain Pilon (n“ 349).

SEIN E

l^xamiuons en détail ces superbes sépultures. Au-dessous des

« prians », couverts de riches vêtements, la mort apparaît,

« dans sa plus douloureuse réalité », sur les statues en pied de Louis XII et d’Anne de Bretagne (fig. 125). Ces statues semblent prises sur le vif, ou plutôt sur le mort.

Le sculpteur Jean Juste eut la conscience de pousser le réalisme jusqu’à tracer les incisions et les sutures de l’abdomen, nécessi-

Fig-. 130.

Fig. 131.

tées par l’embaumement des deux corps. Aux angles du soubassement de leur

tombeau, se tiennent assises quatre « figures de fortune », les Vertus cardinales, en marbre, cortège habituel des princes défunts. La Force, dont le torse

souvent nu et flanqué de robustes mamelles, est ici couverte d’une peau de lion et d’une draperie transparente si collante que toutes les saillies et dépressions du torse y sont visibles ; mais la Justice a pris le costume traditionnel de sa voisine : elle porte la poignée d’un glaive, de la main droite, et s’appuie, de la gauche, sur une boule (lig. 130). La Tempérance tient une horloge et une bride pour maîtriser les passions, mais elle ne prêche pas d exemple en montrant son sein droit à découvert (fig. 131 )L

1. Avant la construction de ce magnifique mausolée, on lisait cette épitaphe, gravée sur la première sépulture d’Anne de Bretagne :

Terre, Monde et Çiel ont divisé Madame

Anne, qui fut des Roys Charles et Louis la femme.

La Terre a pris le corps qui gist sous cette lame,

l’a UT U KOLA NI' A I. LLLlSi:

G^cst près (le C0 niuusoléG ([u est plîicèe 1 ^{ssof/ipliou provenunl de

Saiiil-Jac(pies-la-Houclierie (ü^. S2j.

Les représeiilatioiis g'isaiiles, a 1 état de mort, d lleiiii II et de

Fis. 132, 132 his.

Catherine, jeune et séduisante, semblent sommeiller. Germain Pilon se conforma à l'usage qui, dès le xvi» siècle, voulait qu'on plaçât l’eirigie de la femme même survivante auprès de celle de son époux défunt. C'est ainsi que l’image d’Isabeau de Bavière fut représentée à coté de celle de Charles \ I, mort dix ans avant elle. 11 en est de même, dans le cas qui nous occupe, pour Catheiine

Le Monde aussi retient sa renommée, et famé Perdurable à jamais sans estre blasme-Dame, Et le Ciel, pour sa part, a voulu prendre lame.

cio Médicis, c{ui survécut Ironie ans à Henri II. Debout, les Vertus cardinales, en bronze, occupent les ang'les du tombeau, mais seules

la Tempérance (fig. 132) et la Force (fig-. 132 bis) qui lui tourne le dos, toutes deux privées de leurs attributs, montrent à nu la plus grande partie de leur poitrine. La première mêlait de beau avec le vin, mais les vases ayant disparu, son geste est assez incompréhen-

sible, elle semble exécuter un pas de danse et symboliser V Insouciance

l’art 1‘ R O F A A i: A L ’ K fl f J S 10

Quatre bas-reliefs, encastrés au stylol)ate, personnifient la Foi (fig. 133), y Espérance (fig*. 134), la Charilé (fig. 13o) et la Pitié ou

les Bonnes Œuvres (fîg. 136). Ces allégories ont toutes le buste nu; seule la Charité se dépouille de son dernier voile, pour en couvrir un miséreux, et apparaît dans le costume de la Vérité. Cette vertu théologale ose très rarement en France se présenter sous cet aspect.

SEINE

Quoique ce moiiumeuL clûl eLre élevé cluus une chapelle attenant à réalise de Saint-Denis, dit M. Rigollot, l’artiste ne s’était pas fait scrupule de placer dans ces bas-reliefs des ligures nues. A la vérité, elles sont loin d’être indécentes, car l’indécence ne consiste que dans l’action ou l’intention, mais elles prouvent qu’alors, à l’imitation peut-être de ce qui se passait en Italie, on ne pensait pas qu’il fût nécessaire d’interdire aux artistes les moyens de faire valoir toutes les ressources que peut leur fournir la reproduction des formes de la nature humaine, reproduction qui est le véritable but de leurs elforts.

Aux angles du piédestal qui supporte la colonne funéraire de François II, se tiennent debout trois génies funèbres qui éteignent le flambeau de la vie. « Ces gracieux enfants, dit Ch. Fichot, ont leurs larmes mêlées de sourires ; de légères draperies voilent, sans les cacher, les contours de leurs corps. »

L’urne sépulcrale en marbre blanc qui renfermait le cœur de François (fîg. 137)^ est décorée de quatre bas-reliefs allégorisant les arts et les sciences (la Peinture^ la Seulpture, V Architecture et la Géoméirie^^ que le prince avait protégés à sa manière^. A 1 un deux, Cupidon paraît aux

Fie-. 137.

1. Du XIII' au xve siècle, les dépouilles royales étaient partagées en trois lots — es^ entrailles, le cœur et le corps — et occupaient des sépultures diflerentcs

La passion du prince pour les arts libéraux, dit Rij-ollot, avait fait choisir au • atuaire ces sujets prolanes et emblématiques, « au lieu de reproductions pieuses.»

l’art profane a l’éolise

cotés (le sa mère. La présence de Cypris^ est-elle vie et à la fin vénériennes du g'alant monarcjue cette épitaphe trop connue :

une allusion à la qui lui valurent

En quinze cent quarante-sept François mourut à Rambouillet De la vérole qu’il avait ?*

Finissons-en avec le cœur léger de ce prince-chevalier qui confondait dans la meme étreinte les belles-lettres — souvent pour

les étouffer — et les belles. L’urne de ce « faux bonhomme », due au ciseau de P. Bontemps et destinée à l’Abbaye de Haute- Bruyère, est surmontée de deux génies de la Mort, sans draperies, adossés à une pomme de pin, qui remplace le cœur de moineau primitif: un artichaut symbolique eut été plus justifié. Ce vase arrondi repose sur un piédestal en marbre à quatre faces, ornées chacune d’un médaillon circulaire qui allégorise Y Astronomie , la Musique (fîg. 138), la Poésie (fig. 139) et la Poésie lyrique^ motifs agrémentés de moult savoureuses nudités.

Pourtant des images de sainteté n’eussent pas été choquantes pour la mémoire de cet intellectuel, de ce François-lc-bas-blcu qui, en 1534, sortit de Notre-Dame à la tête d’une procession, pour allumer le bûcher de six hérétiques et attendre la lin du supplice, les mains jointes — « le pauvre homme ! »

1. On connaît moins l’épitaphe conrtisanesque composée par Melin de Saint- Gclais, pour le cœur d’un monarque qui en avait si peu. Ces vers, plats comme

Quant au magnifuiue tombeau de ce monarque, en plus des i^-isants complètement dévêtus, son riche plafond est décoré de basreliefs qui représentent, aux quatre coins, les Evangélistes, dont

Fig-. l iO.

Fig-. I4J.

deux (tig. 140^ 141) ont la poitrine en partie découverte ; saint Jean a une figure et un sein de femme. Aux côtés de ces écrivains sacrés se tiennent, debout, quatre génies de la Mort, porteurs de draperies inutiles ; il en est un qui tourne le dos et montre elfrontément ses formes (fig. 143); un autre, placé de profil, se croit autorisé à ne rien cacher, parce qu’il est muni d’ailes angéliques (fig. 142).

Au fond de la crypte

sont reléguées les statues

de Louis XVI et de Marie-

Antoinette en prière (fîg.

144). L’ (( Autrichienne »

porte, dans son lugubre

bu en retiro^ un corsage

suffisamment ouvert, ...

’ iMg-. 142, 143.

des tœnias, sans rime ni raison, sont indignes de celui qui a été surnommé l’Ovide français :

Que tient enclos le marbre que je voi?

Le grand François, incomparable roi

Comme eut tel prince un si court monument ?

De lui n’y a que le cœur seulement.

Donc ici n’est pas tout ce grand vainqueur ?

Il est tout, car il ôtait tout cœur.

Oui, mellifique flagorneur ; la preuve de sa chevaleresque magnanimité : l’auto-

L ’ A R r 1» R O F A N I-: A L ’ É fi L I S I]

comme au temps de ses frivolités. Ces malheureux priants sont des « laissés pour compte » : ils étaient destinés à orner un monument que les événements politiques empêchèrent de leur élever.

Fi«-. 144.

da-fé d’Etienne Dolet, l’érudit typographe, une des gloires de la Renaissance, qu’il laissa brûler comme hérétique sur la place Maubert ! Et nos expulsés s’étonnent de l’acharnement que l’on met à les conspuer; mais, comme Louis X^"l, vous êtes des \ictimes expiatoires qui payez pour tous les forfaits accumulés durant des siècles par l’intolérance religieuse. Le frère Jean, l’auteur de VOhhit, oblat lui-même, vous le dira mieux que nous : « Nous réclamons aujourd’hui la liberté et nous ne l'avons jamais accordée aux autres ! Si demain le vent tournait, si c’était un des tristes légumes récoltés dans nos potagers catholiques, qui sup])lantait '\^'aldeck, nous serions encore plus intolérants ([ne lui et nous le rendrions prescpie sympathique ! Nous avons embêté tout le monde, alors ({ue nous disposions d’un soupçon d’autorité, on nous le rend; tot:t se paie ; le moment de l'échéance est venu. » C’était écrit : Celui qui sème le vent récolte la tempête.

vSElNE

(Vesl aussi à Saint-Denis que devait tîg'urer le tombeau de Marie

Leczinska, qui ne fut jamais exécuté. Un groupe important de ce

mausolée est actuellement au Musée du Louvre (lig. 14b); il représente la reine, sous l’apparence d’une Charité^ protégeant un orphelin et tenant à la main un médaillon où est sculpté le portrait de son père, le roi de Pologne.

Le Trésor de Saint- Denis ^ possédait (4® armoire) une améthyste, sur laquelle était gravée la figure d’Apollon, le sosie de saint Etienne dans le polythéisme chrétien, et (6® armoire) un précieux vase d’agathe où Ptolémée Philadelphe, roi d’Egypte, ht graver une des fêtes célébrées en l’honneur de Dionysos. Sur le pied de ce vase, offert par le roi Charles III, dit le Simple, et qui servit autrefois de calice, on lisait ce distique, en latin de sacristie :

Hos vas, Christe, tihi mente dicavit Tertius in Francos regmine Karlus.

Exfra-cathedra. Au Louvre,

parmi les débris provenant des chantiers de Saint-Denis, on remarque un bas-relief en marbre, V Empire du Temps sur le Monde (hg. 146), qui décorait vraisemblablement un mausolée détruit. Nous retrouverons un motif analogue dans une mosaïque de la cathédrale de Sienne.

Le centre de la seconde cour de l’Ecole des Beaux-Arts est

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