‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 46 sur 183 · XL — CALVADOS · texte numérisé non relu

XL — CALVADOS

Caen U Saint-Pierre. — Nef. Le premier pilier, à gauche en entrant, supporte un petit bonhomme impudent (lig. 200j, qui met en action la chanson populaire :

Quand j'étais petit je n’étais pas ^^rand.

Je montrais mon nu à tous les passants.

1. M. de Gaumont a donné, sans autre indication, la description du l)éniticr « d’une éfi^lise du Calvados », qui n’est qu’une Vier^-e-nourrice décapitée (li^''. i210).

2. L hôpital de la Sainte-Trinité de cette ville s’appelait primitivement hùi)ital du Nombril-Dieu et devait ])robahlement son nom à la possession d'une l'ausse relicpie apportée par un croisé crédule. On sait aussi que Saint-Germain-des-Prés, de Paris, s’appelait, mais symboliquement, «le nombril de la Gaule chrétienne ».

l’a UT UUOFANL A l’ LL LISE

Que signifie celle allilude accroupie? Chi lo sa? IJ 1 1 unùlité? Les visileurs soûl surpris de la présence de pareilles iiiconveiiaii-

Pour M. Georges Lauquest, Pexplication en esl simple el, «bien que cela puisse étonner, dit-il, elle est tout à la louange de nos aïeux, dont la foi était vive... Toutes, ajoute le même auteur, semblent fuir le saint lieu. Les maîtres sculpteurs du moyen âge donnaient libre cours à leur talent, pour représenter de cette manière le vice fuyant devant le Seigneur ». Nous ne comprenons pas bien cette façon de « fuir le saint lieu » en s’y réfugiant ; il le fuirait encore mieux s’il évitait d’y paraître L

1. Nous nous sommes ])lusieurs fois expli({uc sur ce dévergondage du ciseau jovial et grivois des imagiers d’autan, nous y reviendrons encore, avec de nouveaux documents. Ces petites « horreurs » de sans-culottes, spéciales à l'époque romane et à la première période de l’époque ogivale, sont encore fréuiuentcs au temps de la llcnaissancc, où s’associent fraternellement dans l’art le sacré et le jmofanc. Elles peuvent avoir un caractère symbolique c|uand elles font partie d’un yroupc, d’une série, d’un tableau ; j)ar exem})lc, l’antagonisme du Vice et de la Vertu, la lutte des deux principes du Bien et du Alal, l’Ormazd et l’Aliriman, dans la religion de Zoroastre, qui régissent le monde ; mais ces marmousets isolés, tapis dans un coin obscur j)our mieux y étaler leur cynisme et leur trivialité, nous font l’cU'et de charges d’atelier, de mauvais goût, dont les artistes ont été de tout temps si friands. Combien de ces turpitudes ne trouve-t-on pas en dehors des éditices religieux ? Pour ne parler que de Caen, citons au Musée des antiquaires un spécimen en bois, des mieux conservés, et dans l’iiôtcl de Than, qui remonte au xvC siècle, à l’angle nord du pignon, un autre, en })ierre, difticilc à dénicher et ignoré même des voisins. Une femme est postée, le dos tourné au cours d’eau

CAI.VADOS

Mais revenons à la nef principale de notre église. Le chapiteau du second pilier, proche de celui dont nous venons de parler, est orné de plusieurs sujets « qui, dit Louis Knault, indiquent chez leur auteur un sentiment beaucoup plus pittoresque que religieux ». Ils ont été complètement retouchés au siècle. On

voit Aristote avilir sa dignité d’homme et sa qualité de philosophe en se laissant chevaucher par la maîtresse d’Alexandre ;

Virgile, amoureux transi, à qui la fille de « l’empereur de Rome, qu’il a priée d’amours », monte le coup de la corbeille, la perfide le retient en suspens sous ses fenêtres; Tristan de Léonois, qui traverse la mer sur « le pont de l’épée » et vole à la délivrance de sa maîtresse ; enfin, Lancelot du Lac, qui subit l’épreuve de la charrette « ignominieuse », à Rome, pour retrouver son âme sœur, la reine Genèvre.Ces épisodes galants, tirés des fabliaux, des Romans de la Rose et de la Table Roncle^ figurent souvent sur les édifices religieux. Ils servaient, nous le savons, à mettre les hommes en garde contre l’influence funeste du beau sexe, en rappelant l’humiliation, les ridicules et les dangers auxquels exposent les intrigues de Tamour.

Fig. 211.

devenu boulevard qui baignait les murs de cet hôtel ; elle est accroupie, les jupes relevées, -dans l’attitude d’une personne qui satisfait un besoin naturel, à l’exemple de cette eifrontée qui « trousse haut sa cote » dans la cour d’honneur du château de La Rochefoucauld, en Angoumois. Comme l’hôtel de ^"alois ou d’Escoville (la Bourse actuelle) occupait la rive opposée à celle où se. dressait l’hôtel de Than, des archéologues avisés ont vu, dans cette figure, l’expression grotesque d’une rivalité d’architectes. Selon eux, les deux hôtels auraient été commencés ensemble — chose d’ailleurs inexacte — et le constructeur de l’hôtel de Than, ayant le premier terminé son œuvre, aurait placé et orienté ce personnage burlesque, pour tourner en dérision son rival. Mais, en vérité, nous n’avons là qu’une gaminerie scatologique, dans le goût du jour, destinée à réjouir l’artiste et les badauds.

Notons, d’autre part, qu’on peut voir encore une leçon de morale à côté d’une scène dévergondée, sur les murs de l’hôtel de Nollent ou Tour des Gens d’ Armes, datant du xv* siècle. Chaque médaillon porte un visage d’homme entre deux têtes de femmes, à l’exception de la Pudicité, qui n’a point de tête d’homme en regard et dont la légende, écrite avec quelques lettres à l’envers, est ainsi combinée pour dérouter et amuser le public : avuiciA vincit muroma, Pudicilia vincil lunorem Mais, non loin de ce précepte illustré pour l’éditication, un médaillon de la façade donne la ligure d’une femme qui olïre le sein à deux nourrissons adultes (tig. 211).

Pour en finir avec ces images burlesques de Caen, rappelons que l’hôtel de Valois, bien (pie situé en face même de l’église Saint-Pierre, se singularisa, comme son voisin, en érigeant à son faîte un majestueux phallus.

i/art profane. — I.

i/aU'I' l'UOFAiM-: A l/É(iUSK

La leçon de morale (jiii ressort de telles « histoires » est renforcée encore par Lautorité des personnag’es choisis comme héros de ces mésaventures: le doux Virgile, le grave Hippocrate et le sage Aristote, qui

Par femmes furent surmontés Deçeus, vaincus et affolés.

Une des miséricordes de la cathédrale de Rouen rappelait aussi le Lai (V Aristote ; mais le cardinal Cambacérès, qui n'entendait pas la plaisanterie, La fait supprimer. Ce rigide prélat a cependant respecté le même sujet au portail de la Galende ; ne La-t-il pas remarqué ou bien La-t-il jugé d’une façon plus convenable?

Une dernière remarcpie, avant de quitter Saint-Pierre: les chapelles absidiales sont ornées de médaillons mythologiques.

2° Saint-Nicolas. — Désaffectée depuis 93, elle sert de magasin à fourrages ; c'est dire que le seul monument d’architecture normande intact à Caen est voué tôt ou tard au feu. A l’extérieur de 1 abside, un modillon porte un personnage nu qui se présente de pile et dont la tête disparaît dans la gueule d’un monstre : Saturne ou Léviatan?

Cette vieille église est entourée de gargouilles sans ornementation, mais d’une simplicité de facture qui les a fait prendre, peutêtre à faux, pour de monstrueux phallus.

3*" Saint-Etienne et 4" Sainte-Trinité. — Guillaume-le-Conquérant épousa, contre Laveu du pape, nul ne 1 ignore, Mathilde (( l’idole de son âme », déjà en puissance de mari. En expiation de cet adultère, il fit construire la première église, sous le vocable d’ABBAYE-AUX-IloMMES, et SOU épouse, la bigame bigote, fonda la seconde ou Abhaye-aux-Dames. Ces deux édifices perpétuent donc le souvenir et le mauvais exemple d une violente entorse donnée aux bonnes mœurs et aux lois civiles et religieuses.

Mentionnons, parmi les motifs sculptés sur les miséricordes de Saint-Etienne : (Stalles hautes, côté de l’Evangile), n^^ 1, Personnage nu, couché; n« 9, Mercure, nu, le pétase sur la tête, les ailes aux pieds, tenant le caducée et la bourse; n^ 11, Bacchus enfant, nu, avec ceinture de pampres, un cruchon d une main et une coupe de l’autre ; n° 20, Harpie (Stalles basses) ; n« 6 Cupidon

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