‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 75 sur 183 · XXVIII. GIRONDE · texte numérisé non relu

XXVIII. GIRONDE

Bordeaux. 1^» Sainte-Croix.^ — Cette église dépendait d’une abbaye de bénédictins. Le portail s'ouvre au milieu d’un avant-

Fij;-. 303 — D'après un croquis de M. E, Pigaucau, professeur à l'Ecole des

Beaux-Arts de Bordeaux.

corps, dont les deux côtés sont fermés et portent une arcade aveugle. Sur chacune sont sculptés cinq groupes ; ceux de la Luxure (fîg. 303 sont à la gauche du spectateur et, à droite, ceux de V Avarice. La femme aux reptiles, image des peines éternelles réservées à laLnô/vczïe, est donc répétée cinq fois (fîg. 304-306). Contrairement aux représentations similaires, elle est, chaque fois, vêtue scrupuleusement des pieds à la tête. Son corsage s’entr’ouve seulement pour laisser passer ses seins, auxquels s’attachent des serpents ou des crapauds. On ne peut rencontrer à' Impudicité minaudière d’un costume plus décent. La tête repose sur un oreiller, pour rappeler que la position sociale du personnage est l’horizontale. Dans quatre de ces groupes, un démon nu couvre la femme de caresses. Seule, celle qui occupe le haut du cintre est sans diable tentateur, comme si le tailleur d’images avait prévu

1. Millin a décrit le tombeau de riiypüchondria((ue Montaigne, atteint de népliropliobie. dont l’épitaphe fait allusion à la lithiase rénale et aux coliques néphréticiues (pii le torturèrent si longtemps et si cruellement, surtout au moral. Dans une autre inscription en grec, on est quelque ])eu surpris de relever un calembour MÜN OAXE MOXTAXOIi (Qui (pie tu sois qui demande mon nom en disant est-il mort moxtaioxe?)

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qu’un tel groupe vu d’en bas pourrait prêter à une malicieuse interprétation. Ce qui n’a pas manqué de se produire au sujet de , ^ l’arcature de V Avarice, où les cinq dam-

nés sont des hommes, avec la sacoche au cou, tourmentés par autant de démons nus. Précisément le groupe du milieu de la courbe a longtemps été considéré comme la mise en pratique du péché que commettent ceux qui fleurettent sur les bords de la Sprée, et par suite on a vu dans l’édihce un temple païen d’une divinité génératrice.

Or ces sculptures sont orthodoxes et conformes à l’esprit de la symbolique chrétienne. Elles se retrouvent fréquemment dans les églises romanes :

la Luxure, en raison des images sug-

D’après \e Bulle t. rnoniun. ,• ’ ii • • -x i* x

^ gestives qu elle inspirait aux artistes

et un peu « pour donner à l’âme une salutaire pensée d’humilité par le souvenir de ses faiblesses », et Y Avarice, pour

inviter les fidèles à donner leur argent à l’Église.

Est-ce de cette église qu’il s’agit dans l’iiistoriette racontée par Langlois, à projios de certains vices, a figurés parfois d’une manière non moins infâme que ces vices euxmêmes » ?

rentre autres exemples, Talma me racontait, un jour, qu’un architecte résidant à Bordeaux, M. Corcelles, 1 avait mené voir le portail d’une des églises de cette ville, où le sculpteur avait représenté, sans le

Fiji'. 306. — D’après Calûcr.

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