XXIX. — HAUTE-GARONNE
Toulouse. Saint-Sernin. — Portail méridional, dit des Sept péchés capitaux^ parce qu’il est enjolivé de bas-reliefs emblématiques de la punition des ces péchés. La femme aux reptiles (fig. 308) est assise, nue, les mamelles pendantes, entre deux compagnes debout et vêtues.
On peut voir au Musée une allégorie analogue, sur un basrelief de granit, qui décorait autrefois le portail d’une vieille
l’art profane. — I.
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chapelle des Pyrénées (fig-. 309). M. du Mège découvre dans ce motif une femme « qui donne au moment même le jour à un
serpent, lequel s’attache à la mamelle gauche de sa mère » . Pour nous, il s’agit encore de la Luxure ; mais le sculpteur a eu l’ingénieuse idée de faire sortir le reptile infernal de la « nature »
même de la femme, l’antre de la fornication, la source du péché de la chair, comme l’exprime amèrement et cyniquement cet alexandrin, qui n’est pas de papillottes, ^
mis dans la bouche d’un misanthrope désabusé :
L’amitié n’est qu’un mot et l’amour n’est qu’un trou !
Fig-. 310.
Au même Musée et à celui du Trocadéro, chapiteaux jumeaux du xiP siècle, provenant du cloître de l’ancienne abbaye de la Daurade ou Dalbade, et reproduit par M. G. Enlart, dans son Manuel d' Archéologie (fig. 310): des êtres fantastiques, mais gra-
Il A U T E - G A R 0 N N E
cioux, s’ébattent à travers un lacis de rinceaux et d arabesques capricieuses.
Il nous faut mentionner une curiosité archéologique mise arbitrairement sous séquestre et sous scellés. Nous voulons parler de deux gargouilles de la chapelle du Lycée, dont les sujets érotiques — l’ime d’elles représente une scène de viol — ont été masqués aux regards des élèves par une armature en zinc, les engainant hermétiquement et qui coûta 300 francs. S’il est prudent de veiller à ce que rien ne vienne souiller l’innocence de l’enfance, comme le veut l’austère Juvénal : Maxima dehetur piiero reverentia, précepte versifié en contradiction avec ce qui se passe dans les dortoirs, il n’est pas moins excessif de priver les amateurs d’art de la vue de ces gargouilles qui, en raison de leur intérêt archéologique, devraient être démaillotées et placées au Musée.
Rue des Lois, même ville, à la porte d’une Fig-. 311. — D’après une
V' 1 i. 1 11 photographie personnelle,
maison particulière se dressent deux gargolles, en ^
guise de bornes, tirées du cloître de l’église des Jacobins incendiée
en 1870. L’une d’elles, décrite par le D' Sécheyron dans la Chonique
médicale^ arrête le regard par sa singularité (fig. 311) :
Cette pierre sculptée représente un dragon en voie d’accouchement. La vulve est entr’ouverle largement ; la déllexion de la tête se lait et la bouche, le menton apparaissent à l’extérieur ; les joues, les lèvres sont tuméfiées.
Des varices abdominales profondes sillonnent l’abdomen, de la vulve à la région thoracique du monstre.
Le mouvement convulsif tourmenté de la tête exprime bien l’angoisse et les cris de la fin de la période de dilatation vulvaire.
Lârboüst. Saint- Aventin. — Un chapiteau, agrémenté du Noli me tanqere, c'est-à-dire de l’apparition de Jésus à Marie-Madeleine au jardin de Gethsémani, — lequel est figuré par un simple palmier, — a donné lieu à une erreur d’interprétation des plus naïves. Un ecclésiastique, auteur d’un opuscule daté de 1850, a vu dans cette scène — avec les veux de la foi — la Naissance de saint
l’art 1*R0FANE a ï/É(1L1SE
Avcntin ; il a pris le Christ pour la mère du saint, et la femme nimbée qui est ag^enouillée à ses pieds pour une pieuse matrone faisant prendre à la parturiente un bain de pieds dans de l’eau bénite, afin d’activer la délivrance î Le plus curieux est que cette interprétation a été souvent reproduite par plusieurs écrivains qui ont donné la description de ce chapiteau L
Gaillac-Toulza. — A l’un des chapiteaux du portail (xiii® siècle), saint Laurent, sur le gril, expose sa nudité complète, comme à Gênes ; deux anges, nus aussi, recueillent l’ânie du martyr sous la forme d’un enfant asexué.
Gazaux-de>Larboust. — Du côté de l’épître, un buste de jeune femme nue, dont la chevelure couvre seulement les épaules, est dans Lattitude de la prière. Le fond noir semé de fleurettes blanches, fait ressortir l’éclat de cette nudité insolite. M. B. Bernard pense que le peintre de Cazaux a voulu représenter Eve assistant à l’entrée triomphale de la Vierge dans le ciel. Mais il est possible que nous ayons sous les yeux Marie-Madeleine, dans son accoutrement professionnel et habituel, « en peau » selon la
formule des grands couturiers ?
Sur les ordres d’un prêtre ultra-pudibond, « qu’effrayait quelques nudités », dit Stéphen Liégard, on a couvert d’un badigeon épais et détruit les fresques naïves qui décoraient les murs de 1 abside.
Gardons-nous de (( faire trop l’ange », crainte de donner raison à l’auteur des Provinciales. Les puritains oublient que c est à une indécence qu’ils doivent leur sortie du néant.
Les peintures latérales, échappées au badigeonnage de ce c/ergynian^ contiennent pourtant plusieurs détails intéressants. D abord la Naissance tV Eve. Adam, o TcpoTOTrXao'TO^, plong'é dans le sommeil anesthésique par « l’Ancien des Jours », o ?:aXa'.o^ twv Y,p.£ptov, étale ses organes que personne ne pense a couvrir d un manteau, comme il fut fait pour ceux de Noé. G est qu alors, ces organes n’étaient qu’urinaires l erat auiem uterque nudus... et non erubesccbant. Mais, à son réveil quelle surprise, si l’on en croit le quatrain peu courtois d’Alphonse Karr :