‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 8 sur 183 · V te privée du cardinal IJuboifi · texte numérisé non relu

V te privée du cardinal IJuboifi

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folle or^ne parcourait allègrement toutes les gammes de la licence, depuis la joyeuseté la plus anodine jusqu’à l'obscénité la plus crue.

Tandis que, dans les lettres et les arts, le trivial coudoie l'idéal, les gens d’église eux-memes, quelque peu maltraités par les trou-

vères, recherchent cependant leurs contes de haulte gresse. L auteur de YOhlat nous donne la clef de ce contraste. Après avoir raconté la Pâssion de sRint Gcindolplic ^ une des pièces du théâtre de la moniale Hrotsvitha, qui vivait au x** siècle, et 1 incident des (( fuites sonores » — et cela sans arrêt — dont fut incommodée, tant qu elle vécut, la femme dissolue — transformée en déesse Crépita — de ce prince sanctifié, Iluysmans ajoute :

Remarquez d’ailleurs que les plaisanteries scatologiques sont encore chères aux gens d’église b ^t c’est assez naturel ; les autres, celles sur

1. Ces plaisanteries de j^oût douteux, se rencontrent ellectivcment dans les scènes des diableries. En France, nous verrons un démon jouer le rôle de « petit vent du Nord .> et rafraîchir le visa^-e de sa victime, en réventant avec une fuite de j?az mal odorant: au Campo Snnlo, de Fisc, le supplice d‘un damné consiste a être embrene par un diable. Rappelons en tiucllc circonstance une peine stercoraire analo^me tut inflij::éc à des humains. L’épouse de Fi’édéric Rarberousse visitait eu curieuse Milan ; les habitants, par haine de ce monarque, tirent subir a 1 impératrice un sanglant allront. « Hz la mirent sur une mulle, luy taisant tourner la teste ^ers la ([lieue, la([uellc ilz lui baillèrent en la main, au lieu de la bride. Et ainsi par mocquerie l’envoyerent par vnc aultre jiortc. (^jcsar ayant juste indignation de ceste injure, les assiégea et pressa fort de se rendre, comme ja il avoit souvent tait mitrefois, pource ([ii'ilz ne pouvoient endurer ne paix ne guerre. Après i[u ilz turent

SUR i/aRT R U Lien eux

les femmes, qui délectent les laïques, aux lins de repas, entie honyiies, leur sont interdites ; ils se rattrapent donc sur celles-la qui ne sont ni plus malpropres, ni plus sottes, d’ailleurs; et elles ont au moins cet avantage

d’étre innocentes.

D'où l’explication de la profusion de marmousets accroupis, des deux sexes, dans tous les coins de nos vieilles cathédrales , ce sont

autant de petits saints Gandolphes.

Le g'rotesque de la sculpture médiévale atteig’nait parfois au cynisme des farcissures à l’usage des mystères liturgiques. Est-il, par exemple, un langage plus grossier que celui de ce personnage d’une Passion qui s’écrie devant Jésus crucifié :

Poy, palhart, poy !

Crachez-lui trestous au visage,

Se vous pouvez, ou à la îuicfe (fesses),

Et lui faictes montrer le c...

OMNES TIRANI.

Bé, bé, hé, bé.

MALQUE.

J’ai appétit

D’arregarder s’il porte brayes.

Et n’as ja hesoing que tu n’ayes ;

Je crois que ta chair est retraite.

GIRG.

Il fait beau voir besoigne fête.

Gualans, monstrons lui tous le c...

MALREG.

Arregarde : il est velu ;

Jésus, arregarde la lune.

renduz, ilz les receut à cestc coiidiLion, que ceux qui vouldroient vivre, tireroyent avec les dentz une fif^ue du derrier de la mulle (lig. ’J), autrement qirilz seroyent incontinent mis à mort. Plusieurs aymerent mieux mourir que de sotVrir ceste ignominie : les autres désirans de vivre i’eirent ce qu’on leur commandoit. Delà est venue une mocquerie injurieuse qui est entre les Italiens de monstrer un doigt entre deux autres, et dire : Voilà la fujue ».

(ialiotto, plus humain, après la victoire de Cascina, pour humilier les prisonniers ])isans, se contenta de les forcer à baiser le derrière de la fameuse statue de Marsocco, l’un des ornements de la place du Grand-Duc, à Florence.

Nbmtfaucon, dans son Anliquilé expliquée^ relate une « peine établie pour les adultères, en certains pays », qui s’appliquait à la meme région anatomique :

« G’étoit de leur arracher tout le poil de l’anus ; cela s’appeloit uapaTtXgoi;, mot grec qui exprime cette opération ».

L ’ A K 1’ l‘ U O F A N i : A L ’ F Tl I. i S K

MALFGORGE.

Arregarde si le mien fume ;

N’est-ce pas la gorge d’un four?

PRIMELLE.

Par mon âme, tu es bien lour ;

Que ne descends-tu pour nous battre.

Dans un autre Mystère, un ang-e lance au Très-Haut cette verte apostrophe :

Père Eternel, vous avez tort,

Et devriez avoir vergogne ;

Votre lils bien-aimé est mort,

Et vous dormez comme un ivrogne !

Et gardons-nous bien d’oublier que ces farces avaient pour public et pour interprètes des ecclésiastiques aussi bien que des laïques. Ce n’est certes pas le côté le moins piquant de ces représentations dramatiques.

Tolérance du nu à l’église. — Le nu, à la condition qu’il ne soit pas cynique, est le nerf de Part, a fort bien dit Grimoüard de Saint Laurent, et Tommaseo, Pennemi des nudités immodestes, reconnaît, avec non moins de justesse, qu’une femme nue peut être plus pudique qu’une religieuse couverte de sa guimpe. On ne saurait donc exclure le nu des temples qui donnent asile aux manifestations de Part.

D’ailleurs, les artistes consciencieux ne commencent-ils pas les esquisses de leurs œuvres profanes ou sacrées en représentant leurs personnages sans vêtements, comme le prouvent de nombreux croquis de maîtres (fig. JO, IJ). Aussi peut-on dire que tous les tableaux religieux de valeur ont été primitivement des nudités plastiques absolues.

Bien que le pape S. Damase ait dit que la nudité ne convenait qu’aux idoles, elle s’étale souvent dans les églises où, emblématiquement, elle signifie « damnation et misère ».

Le moyen âge considérait la forme humaine comme obscène et pensait avec Brunetière que « la nature est immorale, foncièrement immorale » ; aussi, sauf exceptions assez nombreuses, les imagiers évitaient-ils de représenter de vraies nudités, et même

SUR i/aRT UUMUilEUX

d'accuser les formes témiiiiiies sous le voile des vetenieiits. Ils les esquissaient discrètement, et lluysmans a pu laiie obsei\er avec raison que « le corsag-e enfantin des \ ier^es rentle à peine ».

Mais l’K^dise n'a jmnais prononcé de proscription absolue contre

Fig. 10, 11. — Détail principal de la

TransficfiinUioii, d’après un dessin de Raphaël.

l'état de nature ; le pourrait-elle d’ailleurs ? Comment représenter autrement Adam et Ève avant la pomme? Est-il possible d’éviter les académies dans la figuration de certains martyres? Celui de saint Sébastien ftig. 12), par exemple, ou encore de saint Laurent, de sainte Agathe, de sainte Agnès, de sainte Christine (lig. 13), etc. Et les ressuscités, les damnés du Jugement universel^ où prendrontils de quoi se vêtir ? On nous répondra que les élus, ,au sortir de leurs sépulcres, ont bien trouvé un « complet », fourni sans doute par la Belle Jardinière , assise à la droite du Juge suprême ; mais ce sont des privilégiés.

i/aut P ko fa N K A i/é(ilisi-:

L ame elle-même, en icoiiograpliie sacrée, ne prend-elle pas toujours la lig-ure d\m enfant nu, insexué, qui sort de la bouche ou

Fig. 12. — Statuette en ivoire, attribuée à Jean Cousin.

de l’anus d’un défunt et qui est recueillie par un ange ou un démon, selon l’état de grâce ou de péché du moribond?

Et les tableaux de la Vierge nourrice ne sont-ils pas autant d'images de seins tétés ? Quant à son divin nourrisson, s'est-il jamais gêné pour pétrir la mamelle maternelle et se montrer dans une nudité absolue, couvert seulement de son prépuce-, bien que

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