‹ L'art profane à l'égliseChapitre 10 sur 97 · Cf. G. Bcgin, Hisl. de la calhèd. de Metz · texte numérisé non relu

Cf. G. Bcgin, Hisl. de la calhèd. de Metz

A LL E.-^rAGNE

dévore les seins. Cette imag’e de la Luxure occupe le tympan de la porte d'entrée de la cathédrale, qui donne sur la place Saint-Ctienne.

Intérieur. — Au-dessus des arcades de la nef planent des modillons à figures grotesques et quelques-unes immodestes qui mettent en gaîté les visiteurs non recueillis. Mais c’est surtout le jubé qui attirera notre attention ; les nudités y pullulaient. A la balustrade de la galerie supérieure, entre les pilastres et sur des cartouches formés de branchages entrelacés, étaient interprétés plusieurs traits croustillants de l’Ancien Testament, entre autres « les obscénités de Sodome et de Gomorrhe, les crimes de bestialité punis par le feu du ciel ».

Les arcades latérales présentaient une profusion de sculptures allégoriques, où les sujets de l’histoire sainte se mêlaient aux fictions de l'antiquité.

A côté d’une nymphe messagère des songes et d’Apollon dieu-lyre, paraissaient les têtes de nos vieux patriarches et V Enlèvement de Déjanire. Les luttes amoureuses des satyres et des faunes servaient de pendants aux exploits du jeune David ; les cyclopes se trouvaient associés au géant Goliath et à saint Christophe 5 partout enfin les légendes sacrées étaient melées aux traditions profanes.

Du côté de la chapelle Saint-Michel, un pilastre offrait en saillie

l’art profane a l’église

dans son socle une statuette d’Orphée, haute de 32 cent. ; le tendre et inconsolable époux d’Euridice, qui fut déchiré parles Bacchantes, était nu et jouait de la lyre.

Le socle des pilastres, du côté gauche, près de la porte du chœur, était orné de figurines de mêmes dimensions : un berger nu, vu de face, tenait de sa main droite une corne à bouquin et, de sa gauche, une torche enflammée, et la Folie, nue aussi, était assise sur une pierre, une marotte à la main gauche et une massue dans l’autre ; (( l’extrémité d’une draperie légère passait sous ses fesses et venait se replier sur son bras gauche ».

Vers la même porte, mais au socle des jambages du côté opposé, « un ange femelle, nu et accroupi, les ailes étendues, les cuisses élargies de manière à montrer ses parties sexuelles », portait un cartouche avec le millésime 1522, date de la construction du jubé. Au-dessous de cette figure angélique, Samson, entièrement nu, terrassait un lion. En regard de l’amant de Dalila se dressait « une jeune fille toute nue, vue de face, tenant un long serpent dans ses mains, comme si elle eût voulu se faire mordre le sein. » Etait-ce Cléopâtre ou le symbole de la Prudence? se demande G. Bégin; il sé pourrait que ce fût la punition de la Lubricité ou VHygic galloromaine (fig. 30 bis et ter).

Du côté de l’Epître, sur deux pilastres contigus, on voyait deux amours nus ; l’un, debout sur une sphère, avec un arc détendu, venait de décocher une flèche à son voisin.

La face du jubé qui regardait la chapelle de Notre-Dame était agrémentée de sujets non moins curieux. Sur un médaillon était sculpté un personnage nu, assis, des pampres à ses pieds ; il montrait un autre médaillon où figurait Hermès sans draperie pareillement. (( C ’était évidemment le dieu de la Santé ; il avait guéri le personnage qui le désignait comme son sauveur et qui s’applaudissait d’avoir fait choix d’un tel médecin. » L’impudent messager de l’Olympe, métamorphosé en Esculape se retrouvait sur divers piliers en d’autres postures, mais toujours avec le même costume primitif, tantôt son caducée en main, tantôt terrassant un dragon ailé.

Sur la face tournée du côté de la chapelle Saint-Nicolas, David chaussé, pour tout vêtement, d’une paire de brodequins qui montent au genou, était accoudé à l’un des piliers; Neptume, le trident en

A LLEM AGN E

main, contemplait le roi des Juifs. Un peu plus loin, le dieu de la mer était traîné par un cheval marin et accompag'iié d amours.

Au-dessous d un sphinx a tête de bélier et d'un énorme singe, la tête appuyée sur un sceptre qu'il tenait en main, on voyait Apollon nu et à cheval, deux jnques à la main droite et sa Ivre en bandoullière.

Vis-à-vis se livrait le combat du centaure

Fiff. 30 bis.

Fis?. 30 ter

et du lapithe qui se disputaient une femme nue couchée sur le dos, les cheveux épars et faisant de vains efforts pour échapper aux étreintes du monstre. Le peuple, simpliste et ignorant, prétendait quVn avait voulu figurer le diable enlevant une femme à son mari.

Au-dessus d’Adam et Eve « paraissant embarrassés de leur nudité », Gupidon, appuyé sur son arc, les ailes déployées, retenait par un ruban un petit chien, le syml)ole de la Fidélité qui jure entre les mains du volage enfant de Gypris. Ges images étaient surmontées de la figure d’un jeune homme nu, (( occupé à s’habiller », et de deux amours, dont l’un était assis sur des brasiers ardents, tandis que l’autre bandait son arc et préparait ses flèches.

Terminons la description de cette galerie émoustillante où se mêlent à Tenvi « les divinités de l’Olympe avec les sanctifications de la Bible, les héros dTIomère avec ceux de l’Evangile », par une figure en pierre à'Isis, mesurant 4.‘1 cent, de haut sur 29 de large et qui provenait du vieux cloître. La saillie de ce haut-relief était de 18 cent. ; il représentait un buste nu de femme, mais si maigre, que, pour nous servir d’une expression imagée de l’abbé Brantôme, « elle ne pouvoit rien monstrer que le bastiment » ; sa tête était couverte d’un voile. « Deux mamelles sèches pendaient à sa poitrine » comme celles des Dianes d’Ephèse. La peau était colorée en rouge et la draperie qui contournait la taille en noir: le rouge dans les mystères d’Eleusis signifiait, paraît-il, l’innocence, et le manteau noir indiquait « la messagère des songes heureux ».

Une statue analogue existait à Saint-Germain-des-Prés et à Saint- Etienne de Lyon.

L’/5i5 de Metz a donné lieu à une légende accréditée, non seulement par le vulgaire, mais par le chapitre messin lui-même ; laissons la parole à Bégin :

Certaine jeune femme extrêmement belle, idolâtre de ses charmes, fut frappée par où elle avait péché. Dieu la rendit aussi laide qu elle avait été jolie, et lorsqu’elle mourut, elle voulut qu’en mémoire de cette punition, et par acte d’humilité chrétienne, on sculptât sur son tombeau, d une manière exacte, l’image qu’elle présentait alors. Ainsi se trouvaient confirmées les paroles du sage : Vanâ est pulchriiiido ,* millier timens Deum ipsa laudabitur.

On appela la jeune résignée la Rechigna ; mais son histoire est un conte fait à plaisir et n’a pas la saveur de celle de la Vergognosa qui nous attend à Pise.

Sur les boiseries des stalles, saint Glément, le premier évêque de Metz, terrasse le Graouilli et l’enchaîne avec son étole. G est une

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