Près de llorn
l’aut raoi'ANE. — II.
i/art profane a l’é(;lise
Forstenfeldt. Abbaye’.
FreirergF Cathédrale. — Un motif allégorique sur la porte d’or, porta aurea, montre une femme nue, vue de face, aux mamelles puissantes, dont le dos et le haut des cuisses sont seuls drapés (fîg. 24). Sa signification nous échappe.
Gorze^
Haeberstadt. Notre-Dame. — Au milieu d’arabesques et de décorations qui enjolivent les parois du chœur, au-dessus de Marie et de Jésus, s’ébat une centauresse avec ses deux petits ; l’un deux tend à son frère de lait la mamelle opposée (fig. 25).
Hall. Saint-Martin. — Une peinture retrace le Supplice de sainte Catherine (fig. 26). La martyre est nue, attachée à un poteau par les cheveux, et deux bourreaux la flagellent avec ardeur.
Hildesheim. U Cathédrale. — Les fonts en bronze du xiii« siècle
1. Ce monastère, comme cEautres, dut son érection à un crime passionnel; cette histoire dramatique vaut d'être contée. Louis le Sévère, duc de Bavière, pendant une courte absence, confia la garde de son épouse Jeanne à sa tante. La duchesse chargea un messager de porter une lettre à son mari et une autre au ministre du duc; mais l’écervelé se méprit et intervertit les missives. Louis trouva que sa temme « parloit trop obligeamment à un sujet : il en conçut une jalousie qui dég’énéra en lureur ». Il pressa son retour et massacra successivement son favori, le portier du château et la tante de Jeanne; à sou épouse, il lit trancher la tète. La nuit qui suivit ces forfaits, les cheveux de Louis blanchirent, bien qu’il n’eût que vingt-huit ans. Le meurtrier vit dans cette transformation subite un avertissement du ciel en faveur de l’innocence de sa femme: il alla, à pied, demander au pape l’absolution de ses crimes et l'obtint à la condition de faire bâtir une église et de fonder un monastère a h orstenfeldt. Comme quoi le lâche et stupide « Tue-la » était mis en pratique bien avant Dumas.
2. Le même document est attribué â la cathédrale de Fribourg ; voir bibliothèque des Arts décoratifs : Eglises de l’Allemagne, du moyen âge.
3. Au XVI® siècle, raconte Malte-Brun, Guillaume harel, célèbre prédicateur réformé, interrompit, le jour de Noël, un cordelier au milieu d un sermon sur VImmaculée ConcepLion. Les femmes catholiques qui remplissaient l’eglise se jetèrent sur le mécréant, lui arrachèrent la barbe et les cheveux; elles commençaient à le deshabiller quand intervinrent les soldats protestants de Guillaume de Fürstenberg, dont les troupes occupaient la ville.
ALS ACE-LORHAINE
sont supportés par trois hommes nus ; chacun d’eux tient un vase renversé d’où l’eau s’écoule.
2^ Saint-Michel. — De curieuses figures en stuc (xi« siècle), les Huit Béatitudes, historient la balustrade du transept Nord.
^ Karlsruhe. Musée. — A voir : le sein de la Sainte Ursule par Nuovelone (fîg. 27) et l’embarras d'Adam et Ève congédiés du Paradis, tableau de Van der WertF, qui ne savent comment cacher leur nudité ; dans leur confusion et le doute, ils s’abstiennent.
Lureck. Sainte-Marie. — L’auteur humoriste de De Tout assure
que le bon larron de la Crucifixion de Grunewald est un vieillard
qui porte pour tout vêtement un suspensoir. C’est encore trop,
pensons-nous, car si la tradition veut que Marie ait gazé la nudité
de Jésus avec son voile transparent, elle ne souflle mot de celle des deux larrons.
Pour Oscar Comettaiit, de toutes les curiosités que renferme cette e-lise, la plus divertissante est la Bonde des Morts qui décore la chapelle des trépassés. D’ordinaire, les squelettes des Danses macabres étalent avec cynisme « la nudité suprême qui aurait dû rester
ï/art profane a l'église
vêtue de terre dit Michelet ; mais ceux de Lübeck sont pleins de vie et amusent par leur esprit satirique. Ces joyeux ébats d outretombe nous remettent en mémoire la pièce de vers du grand ura-
niste^ Frédéric, sur la Mort, qui se termine par ce quatrain phdoso-
phico-physiologique :
Mille chemins nous sont ouverts Pour quitter ce triste univers ;
Mais la nature, si féconde,
N’en fit qu’un pour entrer au monde.
d. Son ami Voltaire avait cloimé au précurseur des homosexaeh le surnom de
Lac, le patron des amateurs de Famour à l’envers : « Quand Sa Majesté, c 1 1
Voltaire, était habillée et bottée, le stoïque donnait quelques moments a la secte d’Epicure : elle faisait venir deux ou (rois favoris, soit lieutenants de son régiment tit^pages, soit heiduques ou jeunes cadets. On prenait le cale. Celui ^ ietaiUe mouchoir restait un demi-quart d’heure tete a tete. Les choses na c pas jusqu’aux dernières extrémités, attendu que le prince, du vivant de pe c
Lail été fort maltraité dans scs amours de passades et non
pouvait jouer le premier rôle, il fallait se contenter des seconds. Ces amusements étant finis, les alfaires d’Etat prenaient la place. »
ALL miAGNE
ALSACE-LORRAINE
Magderourg. Cathédrale. — Un groupe hétérogène intrigue fort les touristes ; il se compose d’un aigle ou d’un corbeau, d’un singe jouant de la musique et d’une femme nue, maiïlue, mamelue et fessue chevauchant un bouc (fig. 28). Un symboliste attardé a découvert Neptune dans le singe, Jupiter dans l’aigle et Vénus dans l’écuyère qui est une sorcière habituée à enfourcher des escouvelles, des ramons, des balais ou des boucs. Elle se rend au Brocken, où une tradition populaire fait rassembler les sabbatières pendant la nuit de Walpurgie, du 30 avril au mai. N’oublions pas non plus que la Luxure est souvent personnifiée de la sorte. 28.
Maniieim. Eglise des Jésuites. — Ecoutons Gérard de Nerval :
Je n oserais affirmer que le portail ne soit pas orné de divinités mythologiques ; peut-être aussi sont-ce de simples allégories chrétiennes, mais alors la Foi ressemblerait à Minerve, et la Charité à Vénus. Du reste, le théâtre est situé tout en lace, et ses muses classiques paraissent être de la même époque et des mêmes sculpteurs.
Mayence. Cathédrale. — Les dames, d’après Malte-Brun, ont érigé en 1842 un monument à la mémoire de leur chantre de prédilection, le ménestrel Henri de Meissen, dit Frauenlob (chanteur des femmes), mort en 1318. Un chroniqueur contemporain, Albert de Strasbourg, raconte que, de sa maison jusqu’à son dernier asile, il fut porté par des femmes qui poussèrent de grandes lamentations, à cause des louanges infinies qu’il avait décernées, dans ses poésies, au sexe féminin sur ses vertus. De plus, il fut versé sur sa tombe une telle quantité de vin qu’il se répandit dans tout le cloître. Les Françaises ne s’emballèrent pas de la sorte aux obsèques de Legouvé, 1 auteur du Mérite des Femmes; elles se contentèrent de lui lendre la pareille, sans métaphore, en le couvrant de couronnes et de fleurs. Le monument, œuvre de Schwanthaler, est constitué par une femme déposant une couronne sur un cercueil. L’heureux Frauenlob avait déjà un mausolée dans le même Munster; il consiste en un portail gothique, avec le buste du ménestrel, au centre,
l’art profane a l’église
et, au-dessous, un haut-relief où de zélés prosélytes, du sexe dit faible, portent un cercueil sur lequel est déposé une couronne.
Les stalles du chœur sont admirablement sculptées de sujets fantaisistes où l’élément profane domine ; les spécimens des figures 28 bis et 29 n’en donnent qu’une faible idée.
Metz b L Saint-Etienne b — Extérieur. — Nous n’avons à mentionner qu’une femme nue, mutilée, repoussant un serpent qui lui
1. Dans scs impressions de voyage en Ganle, vers 1 an 417, Glaudius Rutilius Numatianus, préfet de Rome, reconnaît qu’à Metz le nombre des divinités locales, de peuplades, de tribus, de familles, est incalculable : « Vous concevez qu’il doit exister une lutte acharnée entre tous les chels réunis à Metz ; cest a qui brisera ou transformera le plus d’imag-cs adoptées par une religion qui n’est pas la sienne. Ces jours derniers, je vis à l’angle d’une rue trente ou quarante personnes agenouillées devant un buste de femme, représentée voilée et mamelle pendante (fm. 29 hiü) : c’étaient des chrétiens et des païens mêlés ensemble et adorant, les uns, une certaine Vierçje qu’ils appellent Maria, les autres, une déesse Maire (hg. 30) génératrice ou nourricière ; quelques-uns Isis, la messagère des songes heureux, »