‹ L'art profane à l'égliseChapitre 11 sur 97 · ALLEMAGNE A L S A G E - L 0 R R A 1 N E · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE A L S A G E - L 0 R R A 1 N E

légende mystique et romantique souvent utilisée par les hagiogra

Vis. 31.

phes et qu’ils appliquent aux épiscopes sans histoire ; seule la forme du monstre varie.

On voit encore une scène du Délu f/e « palpitante d’émotion » : une

mère échevelée, presque nue, est assise sur un arbre et allaite le fruit de ses entrailles quand, patatras, l’arbre se brise et entraîne la malheureuse famille dans les flots.

Le long de la rampe de la chaire est sculpté un loup prêchant des brebis séduites par ses paroles. A Amiens, le prédicateur est un renard^ dont le capuce est rempli de poulettes; il cherche à attirer celles qui picorent au bas de sa chaire.

Abside. La Irise des chapelles du chevet est décorée de trois tableautins bizarres, au milieu de feuillages entrelacés. Le premier (fig. 31) est un sujet « érotique » ; le second (fîg. 32) offre les svmholes de la force brutale, c’est-à-dire un lion, un taureau et Hercule nu armé de sa massue ; le dernier motif (hg. 33) donne « l’image des plaisirs sensuels », l’ivresse du vin et des belles.

1. La queue de cet animal servait autrefois de goupillon; en vieux français, ^onnf7 signifie renard.

i/art profane a l’église

Sur 1 un des vitraux échappés au vandalisme révolutionnaire et conservés par le chapitre Ggure Vichnou, sous l’incarnation de la Trimourti indoue', couché sur une feuille de lotos et bercé par les

Fig. 33.

ondes lactées primitives. Près de lui, deux têtes de femmes, celles vraisemblablement de Lakchmi et de sa rivale Mohanimaïa, ont fait considérer ces diverses figures, propres aux mythes indous, comme emblèmes des anciennes confréries de la Mère folle. Mais, à Chartres, au-dessus de la grande porte, ne trouve-t-on pas aussi plusieurs scènes copiées dans la mythologie indienne?

Une autre verrière, toujours diaprés le même auteur, représentait au milieu d’une rosace l’/o/ii, la source de tout, la demeure éternelle du Linr/ain, phalle adoré sur les bords du Gange : « le Lingam.^ naît dans un triangle, qui lui-même est sorti du lotos ou padma ».

Ces ornements mythiques d’une église carlovingienne n’ont pas lieu de nous surprendre, quand on songe aux emprunts faits par le dogme et la liturgie catholiques au bouddhisme — Jean de Saint-Saba ne s’est-il pas occupé à christianiser le Bouddha ? — et à la fréquence du mélange de l’élément païen et de l'élément chrétien dans l’art, dès le début du moyen âge, où la fusion du mysticisme et de l’érotisme, delà foi et de la joie, existait déjà, à l’état latent, dans les esprits.

Munich. Musée. — Rubens, dans son Massacre des Innocents., trouve une heureuse occasion d’exposer un nombre respectable de gorges gonflées de lait. De même, ses Jugements derniers (fig. 34, pl. 1 et 35) ne sont que des œuvres de chairs, où domine le nu féminin ;

1. Brahma créateur, Vichnou conservateur et Cica destructeur: les trois éuergies de la nature.

Planche I

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iÊirnitmm

ALLEMAGNE — A L S A CE- L U R R Al NE

véritable avalanche de gros flocons neigeux qui roulent dans 1 abîme. Cette interprétation ultra-réaliste du maître flamand n a rien de

commun avec celle de Michel-Ange; elle s’en distingue surtout par le tohu-bohu désordonné et fantastique, ce que les Italiens appellent, à l’adresse de G. Mazzuola, « una stupcnda fiiria dipenello », une étonnante furie de pinceau. Le style, c’est l’homme, aussi bien en peinture qu’en littérature : Rubens, en raison de son caractère géné-

reux et chevaleresque, a laissé à l’apre Buonarroii le coté terrible de cette page religieuse et n'en a gardé que le a coté consolant »,

selon la remarque de IL Durand.

Ces amas d’académies sont traités avec une ampleur, une exubérance de fougue et une maestria qui trahissent la touche du maître.

G esL trop de j^raisse humaine étalée, grognonne le D*" himile Laurent, que toutes ces l)rutales visions du stupre, écroulements formidables de ventres et de fesses, grappes dénouées de mamelles et de hanches, clos annelés de plis gras, vautrements presque obscènes de génisses mamelues, avec une lumière crue éclairant leurs seins et leurs cuisses.

Dans l’un de ces tableaux vivants (hg. 35), une des ressuscitées, assise et sans voiles, les mains croisées sur la poitrine, attire l’œil; c est le portrait d’Hélène Fourment, seconde femme de Rubens. Sa carnation capiteuse resplendit souvent dans son œuvre; ce qui n’empêcha pas cette prude u poseuse », à la mort de son mari, de vouloir brider plusieurs de ses tableaux qu elle trouvait indécents, elle qui étala si complaisamment sur ses toiles sa gorge opulente et cette saillie cpi’en équitation on qualifie d’arrière-train !

Le peintre s’est aussi portraituré et s’elface modestement derrière son épouse. Ce tableau avait été demandé par ^^mlfgang-Guillaume, duc de Neubourg, pour décorer l’église des Jésuites de cette ville. Tout de même, l’art et la littérature doivent beaucoup aux disciples de Loyola, aussi bien qu’à Alexandre VI : Rubens, le Voltaire de la peinture, est un élève des Jésuites, comme l’auteur de la Piicelle^ et Rorgia délivra Florence du farouche iconoclaste Savonarole.

Nuremberg. RSaint-Sebald. — Getemple protestant, contrairement à la règle inflexible du puritanisme calviniste, est un véritable musée : bas-reliefs, peintures, ornements y foisonnent et récréent la vue et l’esprit. Il contient la merveille de l’art nurembergeois : le tombeau et la

Fii;-. 3(1.

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châsse (le saint Sébald^, en airain, œuvre du maître fondeur Pierre Msclier. Cette châsse, supportée par des escargots pour rappeler le silence de la tombe, olfre une bigarrure choquante de figurines mythiques et chrétiennes, vêtues ou non (tig. 3b). Des apôtres, des pères

de l’Église et des anges se mêlent aux amours, aux divinités des bois et des eaux, faunes et néréides, et aux héros fabuleux, Samson, Nemrod, Hercule et

Fiy-. 38.

Thésée, qui occupent avec des harpies les piliers des angles (fig. 37). Les petits Cupidons qui jouent avec des animaux ou des instruments sont nus et s’ingénient à mettre en évidence leurs organes procréateurs (fig. 38).

Les figures nues, assises au pied du tombeau, ont la vigueur des créations de Michel-Ange ; et les sirènes aux formes fuyantes qui soutiennent des candélabres, aux quatre angles (fig. 39) semblent avoir été posées là par la main aristocratique du Primatice. Mélange naïf et charmant du spiritualisme chrétien et de la mythologie païenne, de la religion de la souffrance et de la religion de la joie.

La chapelle de Lœffelhalz renferme une cuve colossale en fonte, où aurait été baptisé à sa naissance Pempereur Wenceslas, qui, à l’exemple de Constantin VI Copronyme, salit l’eau baptismale.

A l’extérieur, vers l’Anschreibthüre, porte donnant accès dans le

1. Ce sailli jiatroii de Nuremberg- serait le üls d’un roi de Danemark. A la suite d’une scène de jalousie, selon les uns, pressé par le désir de vouer son existence à Dieu, selon d’autres, il aurait abandonné sa femme, le jour de ses noces, et serait venu prêcher l’Evangile dans la contrée de Nuremberg, où il mourut en 801.

l'art profane a l’église

collatéral Nord, on aperçoit une sculpture de personnag-e nu, vu de dos, couvert de crapauds et de serpents qui lui déchirent les

chairs ; c’est la sanction pénale de la Luxure.

Au portail des Trois Maries^ le torse découvert de Marie-Madeleine fait une saillie dont la proéminence surprend et étonne l’œil de l’ignorante

2® Fontaine de la Vertu. — Ce monument hydraulique, élevé sur la place de l’église Saint-Laurent, revêt un caractère religieux grâce aux sept Vertus qui en forment l’ornementation. Nos lecteurs connaissent de longue date ces figures allégoriques qui versent des filets d’eau par leurs seins-. Les deux jets qui s’échappent des mamelles de la Charité seraient plus volumineux que ceux de ses voisines : « Ils vont nourrir comme d’un lait substantiel les deux enfants qu’elle tient près d’elle », écrit un auteur d’ailleurs mal renseigné, car il n’a vu que trois Vertus., les théologales.

Fi«-. 39.

3® Musée. — René Mélinette décrit, dans ses Instantanés T Allemagne., un Jugement « rempli de cocasseries » :

Un de ces diables, muni de deux ailes rondes de papillon, vole et montre son train de derrière osseux ; entre ses jambes on aperçoit sa tête renversée, ses yeux ronds et ses oreilles de chauve-souris. Et que fait-il ? Eh ! bien !... — C’est le supplice ad vitam æternam infligé à l’évêque qui se trouve au-dessous de lui, — ce diable... pète sans cesse au nez du prélat.

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