‹ L'art profane à l'égliseChapitre 13 sur 97 · I.'ART PROFANE. — II · texte numérisé non relu

I.'ART PROFANE. — II

mieux cacher sa nudité, le sculpteur ne se contenta pas d’une seule feuille de vigne, il en fît un paquet sous forme de rondelles et fixa le tout à l’aide d’un gros clou (fîg. 42). C’est peut-être une addition

postérieure qui^ certes, attire beaucoup plus le regard que ne le ferait la région anatomique au naturel.

Fig. 42.

SoEST. Saiïite-Marie-des-Prés [Wiesenkirche). — A l'un des vitraux, sur la table de la sainte Cène^ au lieu de l’agneau pascal, il y a une tête de cochon et un superbe jambon de Westphalie,

Jambons crossoienL de tous côtés,

Ainsi que s’ils étoient plantés.

Accessoires qui donnent à cette solennité une couleur locale toute spéciale et rappellent les 12 preux de la Table- Ronde... de Liebenberg.

On remarque encore des sculptures sur bois se rapportant à la Passion, « mais d’un tel réalisme, dit Malte-Brun, que nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail à leur sujet ».

Strasbourg. 1° Notre-Dame. — Extérieur. — Exposition des sept péchés capitaux, dont le plus capiteux, Luxuria, attire spécialement le regard.

Au tympan se trouve une représentation de nos premiers parents en costume paradisiaque; Adam ne cache rien, mais il tient la main de son épouse et lui forme un écran naturel. Quel est ce petit personnage nu qui, à l’ouverture de la gueule du Léviathan, appuie sa main gauche sur la tête d’Eve?

Sur la corniche du Sud-Ouest est taillé le Sabbat : les esprits infernaux enlèvent les sorcières dans les airs. A la frise extérieure un diable traîne par les pieds un damné, le mauvais riche (fig. 43),

Ar.r. K.AIAC.NE ALSACE-LORRAINE

taudis qu’un autre approche son siège du visage de ce patient et, orc rotundo^ s’apprête à l’embrener, après lui avoir donné un soulïlet. Cette incongruité, que nous avons déjà rencontrée dans un coin de la Tentation de saint Antoine^ parCallot,se retrouvera au Canipo Santo de Pise. Elle est souvent mentionnée dans les supplices de l’Enfer; un manuscrit du xii*^ siècle, les Visions de Fiilher't^ j fait allusion :

Quidam {dæmones) fœtidum slercus in os projecerunt,

Et quidam in faciem ejus comminxerunl. . .

(Quelques-uns (des démons) évacuèrent dans sa bouche un excrément fétide; quelques-autres lui urinèrent sur la ligure).

Dans le voisinage, un groupe non sympathique (fîg. 44) allégorise la lune rousse matrimoniale ou « la lutte pour la vie conjugale » : un personnage nu, le mari, est terrassé par sa douce et faible moitié. Ce niais porte une grosse pierre pour établir que la force physique est asservie par le pouvoir psychique, ou plutôt sensuel, et qu’à l’exemple d’Hercule, il lui faut filer doux aux pieds de son Omphale courroucée. C’est une variante de <( la dispute de la culotte », si souvent reproduite sur les stalles. Moralité sociale à rebours, en révolte avec la loi civile et religieuse qui impose à la femme mariée l’obéissance passive, et dangereux enseignement pour un sexe déjà trop enclin à l’esprit d’imitation.

Intel leur. Nef. Le bas-relief d un des chapiteaux des grands piliers reproduit une procession satirique où l'on distingue un pourceau porteur d’un bénitier, suivi d’ânes revêtus d’habits sacerdotaux et de singes munis de divers attributs de la religion, ainsi qu’un renard enfermé dans une châsse. C’est la Procession du Renard ou de la Fête de V Ane (fig. 45).

Un autre chapiteau est occupé par une néréide à qui le petit caresse familièrement le sein (fig. 46).

A 1 étage supérieur de la nef, côté droit, une verrière très délabrée symbolise \aLutte des douze Vices et des douze Vertus jDrésidée

par Ezéchiel et Aristote dont la logique était celle de la scolastique médiévale.

De « plaisantes figures » couvraient autrefois l’appui-main de la rampe et la porte de la chaire à prêcher, chef-d’œuvre de la

sculpture ogivale fleurie. En fait de sujets profanes, il ne reste plus aujourd’hui, au pied de la chaire, que les portraits de Jean Hammerer, le sculpteur qui l’exécuta en 1486, et de sa femme.

En 1698, Misson vit sur le « pulpitre » de la cathédrale un basrelief inoui : « une nonne, écrit-il, est couchée auprès d un moine qui

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