AL LEMAT. N E
ALSACE-LORRAINE
Réforme, ont été soigneusement expurgées par les censures ecclésiasti([ues.
Art monumental reproduit, sans explication, une sculpture de
Fig. 48.
la même église (fig. 48) ; un saint nimbé, nu, est entouré d’animaux fantastiques. Le Père Allegranza, dominicain, le grand maître des symbolistes, eût pu seul expliquer ce groupe, mais il est mort !
La fameuse horloge de la cathédrale est peuplée de divinités mythiques, sans draperies, comme il convient aux habitants de l’Olympe : Apollon et Diane symbolisent le Soleil et la Lune ; Vénus trône parmi les divinités auxquelles chaque jour de la semaine est consacré.
2® Saint-Thomas. . — Ce temple protestant, contrairement au dogme réformé, est orné du mausolée de Maurice de Saxe, dû au ciseau de Pigalle sous l’inspiration de l’abbé Gougenot (lig. 49). Le maréchal appartenant à la religion réformée ne put être enterré à Saint-Denis.
Voici le détail du monument. En avant. Hercule, sans autre vêtement que la peau du lion de Némée sur les épaules, prend l’attitude
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de la Désolation ; plus loin, la France, sein gauche dévoilé, cherche à empêcher le héros de descendre dans la tondre ouverte à ses pieds,
et, en même temps, repousse la Mort qui attend sa victime, le sablier Audc à la main. Au second plan, Eros, par lequel le vainqueur de Fontenoy fut maintes fois subjugué, pleure comme le fils d’Alcmène et éteint son flambeau. Des puritains refusent de voir le
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lîls de Gypris profaner un temple luthérien et en font le Génie de la i^uerre ; mais alors il ferait double emploi avec la larmoyante victime de Déjanire.
Le petit Génie qui est à côté du maréchal, dit de Saiiit-Foy, m a paru équivoque. On ne sait si c’est le Génie particulier du Héros, le Génie de la Guerre, ou le Génie de l’Amour. Gomme, par l'emblème d’Hercule ou de la Force, l’Artiste avoit lig-uré la force prodigieuse et le courage du Maréchal, il a sans doute voulu exprimer, par l’emblème de l’Amour, son penchant à la g-alanterie; mais des Critiques judicieux lui ayant repréfenté qu'un pareil symbole seroit déplacé dans un ouvrage destiné pour une Eglise, il a ôté tous les attributs qui caractérisoient l'Amour, et en a fait un Génie qu’on ne devine plus.
Un peintre, à qui Gabrielle d’Estrées avait commandé un jDortrait d’Henri IV, fut plus explicite :
il peignit le brave vert galant tenant son casque qu’un Amour, sous les traits de la favorite, entourait de laurier, avec cette inscription : Ad dit fortihus alas. G’est vraisemblablement la même idée qu’a voulu interpréter le ciseau de Pigalle.
il,
Fig. oO, 51.
A gauche sont rangés les emblèmes des puissances vaincues par le maréchal dans les guerres de Flandre : Y aigle d’Autriche, le lion de Hollande et le léopard d’Angleterre.
Le sarcophage d’Adaloch, qui eut un court pontificat, est enjolivé de sculptures gothiques (fig. 42), où nous relevons la Mer (fig. 50), sous les traits d’une femme nue à cheval sur un monstre marin, et la Terre (fig. 51), sous la figure d’un personnage nu, couvert de poils, avec un appendice caudal et des pieds de bouc; il tient des serpents que la même allégorie, mais féminine, allaite à Bamberg.
Stuttgart. Musée. — Signalons d’abord une Eve de Van Dyck, « violemment colorée, dit le E. Laurent, effet de la honte ou de la pudeur sans doute de se voir toute nue avec un ventre de femme hydropique » ; ensuite, une Madeleine éplorée de Rubens, chargée d une poitrine qui déborde et déferle sous ses doigts occupés mais en vain à la contenir.
l/ A R T PROFANE A [/ É G L I S E
Trêves ^ l*’ Saint-Pierre. — L’auteur des Instantanés (V Allemagne se réjouit de voir dans cette cathédrale une religion « plantureuse » ; des statues « bien nourries » ; des anges joufflus aux « petites cuisses grassouillettes » , on dirait des Amours, et la taille de la Vierge, serrée à « faire saillir les chairs en bourrelets » .
Les panneaux de la chaire de Vérité expliquent les Sept OEuvres de miséricorde corporelle .
— (( J’avais faim, et vous m’avez donné à mander. J’avais soif, » etc. — Ces alfamés n'ont pas l’air de trop souffrir. « Niidus eram, dit l’un, j’étais nu, et vous m’avez vêtu. » Et on voit s’avancer un mendiant robuste et plutôt gras, à qui une personne charitable essaye d’enfiler une chemise. Derrière lui, sa femme, nature forte et rebondie, attend patiemment que ce soit son tour de recevoir la chemise. Pour le moment, elle n’en a pas ni quoi que ce soit qui en tienne lieu.
C’est de l’art bien humain, bien charnel, rien d’ascétique et de triste, mais de la vie, de la santé. Et tout cela, d’autre part, porte la marque du XVII® siècle.
Trésor de la cathédrale. En dehors du divin clou — le « clou » de cette inestimable collection, — l’une des pièces importantes, par son ancienneté sinon par sa facture, est un ivoire roman du xE siècle qui décore un manuscrit des prophètes de l’Ancien Testament. Sur cette plaque, deux motifs superposés sont sculptés en vigoureux relief : la Vierge et 1 Enfant-Dieu reçus au temple de Jérusalem par Siméon ; et, au-dessus, le Baptême du Christ (fig. 51 his)^ où les personnages ressemblent à des caricatures. Le Sauveur est absolument nu, aséxué ; les eaux du Jourdain, formées de celles qui sortent des urnes du J or et du Dan, ceux-ci sans le moindre costume, montent en arrière de Jésus et le submergent. Saint Jean, sous les traits d’un patriarche, de sa droite, lui fait subir la triple immersion du baptême primitif, mais ne le baptise pas par
1. L’évcque Rustique de Trêves, jaloux de saint Goar qui avait acquis la réputatatioii de faire des miracles, le manda auprès de lui pour qu’il donnât une preuve publique de sa vertu miraculeuse. Rustique ordonna au saint de faire dire à un enfant trouvé, qu’il lui désigna le nom de son père. Aussitôt la vérité sortit de la bouche de l’enfance dans ces mots articulés distinctement : « L'évêque Rustique est mon père ». L’histoire ne dit point si le prélat considéra cette réponse comme surnaturelle ou naturelle. Cette lég-ende a servi à d’autres saints.
La cathédrale de Tré^■es, comme l’église d’Argenteuil, possède nne tunique sans couture de Jésus, tissée de lils élastiques de la Vierge, apparemment, s’il est vrai que ce vêtement se soit élargi au fur et à mesure de la croissance du Seigneur !