Les Seins à L^Éylise
i/aRT profane a l/Ér.ElSE
La merveille de cette seconde collection expédiée d’Anvers à Madrid fut le Jugement de Pàris. Don Fernando écrivait au roi : « C’est sans doute, au dire de tous les peintres, la meilleure œuvre de Rubens. Je ne lui reproche qu’un défaut, mais à propos duquel je n’ai pu obtenir satisfaction, c’est l’excessive nudité des trois déesses, à quoi l’artiste a répondu que c'était là que se voyait te mérite de la peinture. » Et le cardinal ajoutait sans y entendre aucunement malice : « La Vénus placée au milieu est le portrait fort ressemblant de la femme du peintre, la plus belle de toutes les dames d’Anvers. »
Barcelone. 1® Cathédrale. — Sculpture inexplicable sur une stalle du chœur : deux personnag-es jouent au cerf-volant (fig. 9i) et ont
quitté tout vêtement pour être plus libres dans leurs mouvements.
Autre groupe plus compréhensible
Fig. 94. Fig. 94 his.
mais non moins dévêtu (fîg. 94 bis) : deux nymphes — la Luxure? — caressent la figure hirsute du Vice.
2^ Couvent des Capucins. — Sous les superbes ombrages de ses vastes jardins comparés aux bosquets de Paphos, à défaut de satyres et de nymphes, on rencontrait des groupes de capucins à longue barbe et une fontaine d’une Madeleine d’où l’eau jaillissait par les veux, pour rappeler les torrents de larmes répandues par la courtisane repentie. On voyait aussi des jets d eau s écouler des stigmates d’un grand saint François.
Bergos. Cathédrale. — Un Santo Christo singulier : les pieds, les mains, le cou et les épaules sont recouverts de peau humaine, le reste est en bois ; en sus, le Christ porte une petite jupe à la grecque, sorte de tutu.
K s PAC. NK
Dans une chapelle sombre, un tableau d’autel de Fra Diego de Levva, moine chartreux, a pour sujet le Martyre de sainte (,asilda^ à qui le bourreau vient d’amputer les deux seins qui gisent à terre : le sang jaillit de la double plaie circulaire. Le réalisme de la peinture espagnole apparaît ici dans toute son horreur.
La Chronique médicale cite plusieurs exemples d’hypertricbose dans l’art réunis à la cathédrale, k la chapelle du connétable Pedro de Hernandez de Velasco, comte de Haro, qui renferme son tombeau et celui de sa femme, Mencia de Mendoza. L’écu armorial du comte est maintenu par deux hommes velus, armés l’un d’un sabre, l’autre d’une massue; en regard, on voit le blason de la comtesse soutenu par deux femmes vêtues d’un court manteau. « Le visage, les mains et la partie supérieure des seins sont normaux, mais le reste du corps est couvert de longs poils. Si les hommes velus sont relativement fréquents dans l’art, surtout comme supports d’armoiries, il n’en est pas de même des femmes velues, dont la représentation doit être rare. »
A propos des actes naturels dans Fart, le même périodique mentionne sur l’une des stalles du chœur les figures, en marquetterie, de deux anges ailés, (( fièrement campés de part et d’autre d’une large vasque, ils lancent en l’air les deux paraboles élégantes de leur jet d’urine qui va retomber dans la vasque. » Ces marquetteries sont du xv'^ siècle, par Philippe Vigarni ». U Enlèvement d’Europe., du même artiste, est le motif d’ornementation d’une autre stalle.
M Art ornemental a reproduit plusieurs croquis de H. Régnault, d’après les sculptures fantaisistes, chimères et nudités, de cette cathédrale.
La scène de la Circoncision, en figures de grandeur naturelle, est blottie dans une niche profonde ; on y assiste k tous les détails de cette délicate opération.
Ajoutons enfin k notre inventaire une Nativité, reproduite dans le Répertoire de peinture de L. Reinach, p. 88, où la Vierge, agenouillée devant Jésus avec une sage-femme, présente encore un ventre de femme k terme, selon la mode de l’époque; les hommes portaient des chausses collantes et des manteaux si courts qu’ils
Anec. hisl. eL rel. sur les seins.
i/art profane a l’église-
découvraient <( médias nates et memhrum et c/enitalia «. De môme à Fég-lise conventuelle de Kaisheim, dans une Présentation au Temple (v. môme recueil, p. 115), Marie paraît avoir une g-rossesse gémellaire avancée.
Burjazot*.
Escurial. San Lorenz o.
— Pour la première fois, au v“ siècle, on expose le Christ en croix; jusque-là, la crucifixion était considérée comme infamante et réservée aux vils esclaves. D’ailleurs, ces figurations sont rares jusqu’au x^ siècle ; mais alors, le Christ était toujours revêtu d’une robe.
Aux xi'^ et xii^^ siècles, le nu fait son apparition dans la représentation du Sauveur.
Un tablier s’étend de la ceinture au milieu des cuisses; peu à peu ce voile se raccourcit, et au xv® siècle il est réduit à une bande d’étoffe. Et cependant, d’après saint Athanase, saint Ambroise, saint Augustin et d’autres Pères de l’Eglise, le Christ, comme tous les crucifiés, fut cloué sur la croix dans une nudité absolue. La tradition, aidée de la pudeur chrétienne, admit, nous le savons, que Marie détacha son voile pour couvrir la nudité de son divin fils ; mais Renan n’admet pas la présence de la Vierge au pied de la croix.
Les Christ complètement nus ne sont pas trèsrares^. M. Rigol-
Fi^-. 95.
1. Dans l’cg-lisc de ce bourj^- voisin de Madi-id se trouve le tomlîean de Françoise FAdvenant, fameuse comédienne « morte en sainte, dit un de ses panégyristes, après avoir vécu en épicurienne », Galipaux écrirait enceinte. La fin de son épitaphe en latin rappelle la condition de cette belle et infortunée courtisane ; Jadis l'idole des amoiiJ's^ elle n’est aujourd’hui que cendre et que poussière... En Espagne, les femmes galantes se faisaient enterrer en habit de carmélite et les hommes avec celui de francîscain, tant il est vrai (juc l’habit ne fait pas le moine. Pierre le Cruel ordonna qu’à sa mort on le revêtît de cet habit, pour en imposer à saint Pierre, le portier du paradis.
2. Nous avons reproduit une peinture murale de l’église abbatiale de Saint-Antoine, en Viennois, in L'Art profane à l’Eglise, en France, fig. 327.
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P 0 R r II Ci A L
loi, clans son Ilisf. des arts du dessin, reproduit un diptyque, en ivoire, de style roniano-chrétien, dont une leuille représente le liapteme de Jésus (lig-. 95). Le Seigneur est ligure en Apollon qui avait le privilège d’une éternelle jeunesse. D’autre part, Lévêque Grégoire de Tours, annaliste crédule, mais digne de foi pour ce qu’il a vu, raconte que l’image d’un crucilîx parla tout à coup à un prêtre, nommé Bazilei, et lui ordonna de le faire couvrir, « parce qu’il était indécent de le voir tout nud ».
Michel- Ange, l’ami de l’art et de la vérité, représenta le Christ d’après la version des auteurs mystiques. Benvenuto Gellini suivit son exemple et tailla dans un seul bloc de marbre le crucifix dont le grand duc Don Francesco, à la mort du duc Cosme, fit hommage à Philippe II ; mais le roi d’Espagne (( n’osa le regarder ainsi et s’empressa de le couvrir d’un voile », puis l’olîrit au chapitre de San Lorenzo. On fixa une draperie en étoffe aux hanches ; cette précaution ne suffît pas : on le relégua derrière l’autel, bien que l’ambassadeur de Toscane eût fait espérer à son prince qu’il occuperait la place la plus importante de l’église L Dans la reproduction de ce chef-d’œuvre (lig. 96), Plon a supprimé les organes sexuels — la pudeur a des raisons qu’ignore la raison — son document est donc inexact. Sur l’original, le prépuce est conservé, malgré la circoncision; mais, en cela, l’artiste florentin est