Les mendiants du dedans de la ville
Devant une Sainte Famille^ Fun des compagnons du maître florentin lui demande pourquoi on peignait saint Joseph — et non la Vierge comme M. Rio le rapporte dans son étude de la Poésie chrétienne — avec un air maussade ? Giotto répondit que c’était avec raison : Che vede prègna la nioglie^ e non sa di oui. (Parce qu’il voit sa femme enceinte et ne sait pas qui en est cause).
7*^ Chapelle des Ecoles de FUniversité. — Le Cesi y a représenté la Religion <( par une figure de femme toute nue, assure de Lalande, sous un voile d’une transparence sans égale ». Rubens, dans le Triomphe de la Religion (Louvre), supprime toute gaze ; il est vrai qu’il ne s’agit pas ici d’un tableau d’auteL
8*^ Fontaine de Neptune. — A Bologne, la dévotion est telle qu’on rencontre à chaque pas des images de la Madone entourées de veilleuses allumées, et jusque dans la loge où se distribue les billets de la Comédie. Il y en a à la tête du lit de toutes les Bolonaises : elles tirent le rideau quand u on se prépare à Foffenser », assure un voyageur documenté L
9° Monastère de Saint-Benoit
Brescia. 1® Dôme vieux. — Ce monument, Fun des plus anciens de l’Italie, a été longtemps considéré comme un temple païen, en raison des nombreux emblèmes idolâtres que l’on y trouva et dont la destruction fut stupidement décidée, les 19 avril et 25 mai 1456, parle conseil de la ville. (Valéry).
1. Rien donc d’étonnant qu’ait été dcdice à l’archevêque de Milan, légat de Bologne, saint Charles Borromée, la fontaine mythologique de la place du Géant, dominée par le groupe de Neptune et de quatre néréides qui se pressent les mamelles d’où jaillissent des jets d’eau. « Le Neptune est nu, observe encore cet indiscret de Lalande, et les parties que la pudeur oblige de cacher y sont si marquées que souvent les mères, en passant dans la place, avertissent leurs fdles de détourner les yeux. »
2. Les moines de l’abbaye avaient abandonné la forte somme pour la construction de la cathédrale, à la charge d’une piteuse redevance. Voici en quoi elle consisLiit: au banquet de la fête patronale de l’abbaye, le censitaire se présentait au réfectoire porteur d’une écuelle couverte, garnie d’une poularde au riz. Arrive en présence de l’abbé, il levait le couvercle et passait l’écuelle sous son nez, puis se retirait avec la poule dont il ne devait à l’abbé que le fumet.
'2^ Couvent de Sainte-Julie. — Didier, le dernier roi des Lombards, donna à sa fille Ansber^, al)besse du couvent, une croix qui est le principal joyau de la Bil)liotlièque de la ville. Elle est enrichie de camées représentant Pégase, les neuf Muses, les trois Grâces, « et d'autres sujets mythologiques qui ne sont pas tous fort décents ».
Gasstno. Couvent de Saint-Benoît (Mont Gassin) b — Que vient faire dans un édifice religieux — usine de pieux mensonges — une Vérité de Luca Giodarno, qui n’a, au dire de Taine, que ses cheveux blonds pour tout vêtement ? Une autre figure allégorique du même peintre, la Bonté, passe pour le portrait de sa femme.
Gastelfranco. Cathédrale. — La sacristie est ornée de fresques peintes par \ éronèse et provenant de la villa Soranza 5 on y remarque la Justice, la Prudence, le Temps et la Renommée, avec un cortège d’aniours.
Gertaldo. San Michèle e Giacomo. — Le tombeau de Boccace fut érigé en 1503 dans cette église de son pays natal; mais, en 1783, le monument fut détruit et les ossements dispersés : il était surmonté de la statue du poète tenant son peu orthodoxe Déccunéron !
Gome. San Fedele. — Une figure de femme, munie d’une ceinture de feuillage qui ne cache rien, prend une pose acrobatique au sommet d’un arc brisé (fig. 107). Elle rappelle la Shelah-na-Gig des anciennes églises irlandaises.
. Vasari, a 1 exemple de beaucoup de ses collègues, ne négligeait aucune occasion e se distraire et ne cherchait guère ses inspirations dans la foi religieuse, comme e veulent les pieux admirateurs du passé, qui prennent leurs désirs pour des réalités.
onc, en peignant dans ce couvent le Festin d’Assuériis, le facétieux peintre joua e our a un moine d’esquisser sa trogne rubiconde sur un vase de cristal plein d’eau
avec la deformation accusée des traits due à la réflexion des images sur les miroirs convexes.
Par ailleurs, nous connaissons le débraillé des miniatures qui enluminent les an-
I> ART PROFANE
l’art profane a l’éolise
CüRTONE. Le Dôme. — « Paganisme immortel, es-tu mort ? » s’écrie Sainte-Beuve. Non, il n’est pas mort, répond G. Vanor, puisque ce sont justement les églises catholiques qui se sont imposé de le perpétuer dans leurs propres sanctuaires :
Santa Anastasia de Rome, n’est-elle pas établie sur douze colonnes provenant du temple de Neptune Palatin? Dans la chapelle dômale de Cortone, un sarcophage antique n’ollre-t-il pas, en bas-relief, le combat des Centaures et des Lapithes ? Hier^ à Sienne, nous contemplions l’aventure de Neptune et de la Naïade, dans le transept de la cathédrale, et les ligures mythologiques ornant le candélabre qui supporte le bénitier sculpté... Kt encore à Rome, dans la basilique Ghigi, les mosaïques de la coupole figurent Jupiter, Diane et Mercure, gravitant comme des planètes autour de Jéhovah !... Non, il n’est pas mort le paganisme qui revêt ainsi de sa sensualité les basiliques chrétiennes, il s’immortalise encore dans les offices du culte qui le remplaça.
Ferrare Cathédrale. — L’abside est décorée du Jugement dernier^ œuvre capitale de Sebastiano Filippi, dit le Bastianino (157/). Cette fresque inspirée de Michel-Ange, contient aussi un trait satirique. L’une des damnées, saisie par les démons, serait la belle Livia Grazzioli qui, après lui avoir promis de Fépouser, lui préféra Stefano Gorreggiari i la donna è mobile. A coté de 1 inconstante, on lit sur un cartel :
NUL (lum) MAL (um) IMF (unitum).
En revanche, la femme qui la remplaça figure au milieu des élus et foudroie de son mépris la dédaigneuse Livia. Filippi, d’après Gustave Gruyer, sAst placé avec elle à la droite de son patron qui tient à la main les flèches de son martyre, et c'est sa mère que Fon voit à la gauche de saint Sébastien, s’il faut en croire M. G. Boari.
2« Saint-Benoît. — Chapelle de Saint-Jean-Baptiste. Le tableau d’autel est de Bononi i Salomé y parait outrageusement décolletée, moins cependant que celle de Henri Régnault qui, elle, est complè-
ciens missels. La bibliothèque du couvent du Mont-Gassin possède un psautier dont les majuscules de chaque psaume sont ornées de fleurs et de feuillages ; parfois 1 artiste a joint à ces lettres enjolivées des rébus, où les notes de la gamme forment une partie du texte, par exemple cette jolie devise: sol la speranza mi fa trion fa hb, (L’espérance seule me fait triompher.)
tenient « dôbustée ». Ce serait le portrait de la maîtresse du duc Alphonse, le(|uel (Ig'ure à côté d’elle sous les traits d’IIérode.
Sainte-Madeleine. — Un tableau, où la pécheresse repentante portait le costume en satin de peau de son premier métier, a été un peu gâté, au dire de Lalande, par le scrupule d’un archevêque de Bologne, u qui a voulu faire descendre les cheveux sur la gorge de la belle pénitente ».
40 Couvent des Bénédictins
5® Sainte-Marie del Valdo. — La plus ancienne église de Ferrare contient, entre autres tableaux remarquables, celui du Carpi, le Miracle de saint Antoine^ qui fait justifier une femme par l’enfant dont elle vient d’accoucher, et la superbe composition de Dosso Dossi, Saint Jean l Evangéliste contemplant la femme mystérieuse de son Apo- Ce personnage a été singulièrement gâté par un présomptueux restaurateur ou gate-sauce boulonais qui l’a enveloppé d’une draperie verte. « Indépendamment du souvenir d’un tel affront, dit ingénuement Mme Ginevra G., qu un ferrarais ne se serait point jDcrmis, nous avons la douleur de ne plus admirer ces excellentes proportions, ces formes si nobles dont la beauté des mains et des pieds peut faire présumer la j^érfection. »
6 Séminoirc. Le plafond d une petite pièce du rez-de-chaussée servant de classe était décoré de figures et d’arabesques du Garofolo ; elles sont à peu près cachées par le 'barbouillage pudique d’un badigeonneur sans scrupule, et il ne reste d’une figure de femme, au dire de Valéry, que la tête et la main.
Floreînce. 1® Le DôniG. Sântâ Msria dcl Fiorc. — Extérieur .
Le portail Nord en bronze, profondément fouillé par le ciseau de Niccolo Aretino, est fleuri d’arabesques et de volutes qui encadrent
1. Vestibule du réfectoire. Dans son Paradis, Benedetto da Garafolo a placé 1 Ariostc, son ami, avec sa belle barbe noire, entre sainte Catherine et saint Sébastien
donis chrétien. Le chantre de Roland furieux lui disait, en plaisantant : « Mettez-moi dans ce Paradis-là, parce qu’il n’y a pas apparence que je sois dans l'autre. >>
de ^n-acieux médaillons, où sont ciselées de nombreuses ligures nues, quelques-unes dans des attitudes équivoques (üg. 108) ^
D’autres ligures décoratives couvrent le portail Sud ; on y remarque un jouvenceau, cravaté d’une vipère, et une jouvencelle qui passent leurs têtes à travers des lucarnes ornementées et se lancent des œillades enflammées. Ce groupe est un diminutif du fameux duo de la Luxure que nous trouverons à la cathédrale de Bâle, mais d’un caractère licencieux moins expressif.
Fiiî. 108.
Fig. 109.
Fig. 110.
Toujours au dehors, sur le côté méridional de l’abside, deux modillons où sont sculptées des académies émergeant de feuillages touffus (lig. 109, 110). Dans l’embrasure de la porte de la Mandorla, à la partie supérieure des pieds droits, 1 œil pénétrant reconnaît encore quelques détails légers (fig. 110 bis^ ter^ quarte^.
Intérieur. Sur la concavité de la double coupole se développe le
Jugement dernier de Vasari et de Frédéric Zuccari. Trois cents figures, environ, peintes à fresques et tirées de la Divine Coniedie ^ animent cet immense panorama. Pour éviter l’injure des travestissements après coup, les artistes ont pris soin sans souci de la vrai-