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Prostituée qui, du temps de

I/ART PROFANE. — II

Perse, ouvrait sa maison à 3 heures après midi.

avec une enclume attachée aux pieds. Quant à Aphrodite^ elle brille par son absence ; elle n’eût cependant pas augmenté le scandale de

ces inconvenances mythiques, bien que ces nudités ne relèvent que du goût et de l’art. « C*est, dit Gustave Planche, la mythologie païenne prise du côté gracieux, mais non du coté lascif. »

La plus piquante de ces peintures est isolée sur la cheminée ; c’est la figure de Diane, en char traîné par deux biches blanches. La déesse de la chasse est sullisamment décolletée (fig. 207) et paraît sous les traits de l’abbesse elle-même. Nous ne savons si son favori Endymion est aussi un portrait; en tous cas, il apparaît absolument nu.

ITALIIO

A la clef (le voûte, une crosse, insigne religieux de Tabbesse, est juxtaposi'e à trois croissants enchevêtrés, les attributs de Diane : touchante fusion du christianisme et du

paganisme,

Fiy’. 204.

En agissant ainsi, cette religieuse faisait acte d’indéjiendance à la

barbe d’un evêque tatillon et maussade qui voulait imposer son

autorité à la réfractaire. Celle-ci ne se contenta pas de railler le prélat

avec ses peintures anti-orthodoxes ; elle y mêla des inscriptions

ironiques, en grec et en latin, à son adresse. La victime mitrée

criblee des flèches de la Diane monacale, en appela au pape, et

1 abbesse, qui n avait avec Jeanne d’Arc rien autre de commun

que le prénom, fut obligée de fermer son couvent; nous allions dire

son « salon », sa maison d’illusion, son bateau de fleurs. « La

place d’abbesse, disait la babillarde Sévigné, est toute propre

aux vocations un peu équivoques ; on y accorde la gloire et les plaisirs. »

Ces peintures justifient la suave allégresse du nom de famille du Corrège, Allegri.

i/aHT l'ROFANË A l’ÉGLISË

()® Galerie des Arts. — Un curieux tableau du Corrège montre le Christ sous l’aspect d’un Adonis, complètement nu (fig. 208 his).

Pavie. Gertosa (Chartreuse) b — Nous retrouvons, une fois de plus, sur la façade de cette coquette égdise, qui tient le record de 1 ornementation, les promiscuités de l’art païen et de l’art chrétien ; des nudités de l’Olympe prennent contact avec la Vierge et les saints.

La Charité du tombeau de saint Augustin ne livre qu’un sein à deux affamés ] aussi se le disputent-ils avec acharnement.

1 Dans nos Sems à l’Eglise, p. 1, nous avons parlé de l’cx-voto vu a la cathédrale de Pavie et figurant un moine augustin sur une jument montée par un << coquin de mulet ». Nous retrouvons dans la Vie privée du cardinal Dubois nn tait analogue à cette bambochade, mais où le frocard a changé de monture et se trouve en

danger de panache : .

«Le P Joseph, ce Capucin si célèbre sous Louis XIII, servait au siege delà

Rochelle en qualité d’Aide-de-Camp au Cardinal de Richelieu, et portait ses ordres

dans l’armée. Comme il se plaignait toujours de l’indolence et de la paresse des

chevaux que lui donnaient les écuyers du Cardinal, ils lui en choisirent un des plus

Pelk). — Peintures remarquables de Fiammenghino ayant trait au JiKjcnient universel et à V Enfer.

des miséricordes du chœur, des centaures lutinent des nymphes plus nues qu’émues (fig-. 209, 210).

iVIentionnons un charmant bas— relief ou sont fîg'urés à mi-corps, mais bien en formes, nos premiers parents: le trop débonnaire Adam console Ève, au lieu de la houspiller vertement, après la faute.

2 Sâint-André Gt S&int-BGrn3.rd. — E) un des bas-reliefs de Duci, 1461, où se déroulent les épisodes de la vie de saint Bernard, nous détachons divers motifs à nudités (fîg-. 211, 7jis, ter).

PiSE. 1® Le Dôme. En faisant la part de l’exagération permise à un versificateur, 1 impression rimée de Bordes sur cette cathédrale (août 1755) nous donnera un avant-goût des curiosités artistiques réunies dans ce groupe d édifices, unique au monde, qui comprend

l’art profane a i/éllise

le Dôme, le Baptistère, le Campanile^ et le Campo-Santo, au milieu d’une solitude imposante qui gagnerait cependant k être piquée de

quelques arbres :

Ici, dans sa gloire niché,

L’Eternel tendrement penché,

Darde un rayon droit comme un cierge ;

L’Esprit-Saint, sur le bout perché,

S’amuse à becqueter la Vierge.

En faveur des humbles élus,

Les saintes vont, troussant leurs cottes,

Et le malin petit Jésus,

Montrant ses appas ingénus.

Fait rouler l’œil à la dévote Qui se trouble dans ses Aejaus.

Oiïrant leurs attraits sans mistère,

Ici, des anges féminins,

A la barbe de Dieu, le père.

Lui débauchent d’honnêtes saints.

O douce indulgence du pape !

Partout, son empire bénin M’otTre les temples de Priape,

Peints des crayons de l’Arétin,

En voyant plus d’une Madonne,

L’Amour même s’y méprendroit.

Et le petit Dieu s’écrieroit :

« Ah ! voilà maman en personne ! »

Que d’appas ! quels traits ! quel regard !

Cet oiseau, qui sur elle tombe.

Ah ! je le vois, c’est la colombe.

Qui va s’atteler à son char.

Là, sous la chaire évangélique.

Brille, en marbre, un grouppe à l’antique Figurant, dit-on, les vertus ;

Et ce sont, le pourrez-vous croire ?

Trois nymphes étalant leurs c...

Et le reste, à tout l’auditoire.

Aucune décoration extérieure ne répond k notre programme; cherchons k l’intérieur. Ici nous n’avons que l’embarras du choix.

1 Cette tour penchée — une tour de force — ivolTre rien de remarquable pour nous que son inclinaison. Elle nous fait souvenir d’un mauvais « tour », pardon, que nous avons joué, par ordre supérieur, à Fun des édifices religieux de Pans, a la construction duquel nous avons participé en qualité de cliei d atelier, avant d’embrasser la carrière paternelle. Nous avons hâte d’en décharger notre conscience.

ITA UK

Les clôtures du clueiir sont couvertes de bas-reliefs profondémenl et dextrenient fouillés. Tout d'abord l’atteiition se porte sur la mise en

scène mouvementée d un JLiffciTtent dernier où g'rouille tout un monde de Lautre monde, démons et damnés parés du nu inhérent à ce thème traditionnel.

Au voisinag’e du maître-autel est accrochée une portraicture de la benoîte Sainte Catherine d’Andrea del Sarto ; c’est le portrait profane de 1 épouse du peintre, « une femme sans honneur, dit Sterne, dont il fut le jouet ». De même, au cloître del’Annunziata, à Florence, la Madona del Saeco est Fimag-e de cette indigne Lucrezia

Chaque fois qu’il s agissait de glisser dans les fondations une pierre de taille avec tare, lil, délit etc., nous avions ordre de retenir à un déjeuner prolongé et copieusement arrose 1 inspecteur de la Ville. Ne vous étonnez donc pas siî un ioi!r du autie, l une des tours de cette eglise prend les airs penchés du campanile pisin culpa! En tout cas, on ne pourra pas appliquer à ce monument ce que saint Matthieu dit de la londation de l’Eglise ; « Elle n’a point été renversée paLe quelle avait ete bâtie sur le roc. » Moralité : le constructeur fut décoré.

r/ART PROFANE A ï/Éfir.ISE

et la Madona dclla sedia (la Vierge à lu ehiiise), de Raphaël, est le portrait de sa maîtresse ; mie laide ligure ne serait pas un attrait

pour la dévotion. Dame Marie Pétel, la fille d’Alexandre Dumas, retirée au couvent des dames de l’Assomption, k Passy, a peint, pour la chapelle de ce huen retira, son épicurien de père sous les traits d’un capucin... de l’abbaye de Thélème, sans doute.

La lampe monumentale suspendue dans la nef et dont les oscillations mirent, dit la chronique, Galilée sur la voie de la théorie du pendule b supporte quatre adolescents nus et bien râblés. Ces éphèbes en bronze jouent le rôle d’atlantes et sont les motifs principaux de la décoration (fîg. 212).

L’un des chapiteaux du chœur est occupé, d’un côté, par un triton, une néréide et leur petit; de l’autre, par des groupes d’amours déplumés qui s’ébattent au-dessus de masques de satyres (lig. 213), tous personnages de la fable qui n’ont rien k voir avec la religion catholique.

Transept, aile droite. Chapelle de Saint-Renier [San Reniera) patron de Pise la Morte. Une niche abrite a une statue de Mars, dit Baedeker, vénéré sous le nom de saint Ephèse » (lig. 214). Ce saint, dont la vie est peinte k fresques au Campa Santa, était un général romain qui reçut de rarchange saint Michel l’étendard de la victoire

1. Tandis que rinclinaison du Campêinile lui permettait d’étudier les lois de la ehute des eorps.

Fi"-. ^>11 bis.

1 TAT.l ! •:

pour la ij;-uerre contre les infidèles. Il porte une sorte de caleçon de hain et des molletières ; tout le reste est un.

Aile g-auche. En arrière de la chapelle du Saint-Sacrement [Santissi-

Fi^', 21 1 tei\

mo) se cache, comme en pénitence, la Tentation d’ Ève par Mosca. « Le sculpteur, dit le président de Brosses, a donné très hors de |3ropos une tête de femme au tentateur, puisque de toutes les têtes qu il pouvait lui donner, celle-ci était la moins capable de tenter notre première mère. » L^observation est juste et s’applique à tous les artistes Raphaël compris — qui sont tombés dans cet erre-

ment. En se baissant pour atteindre une branche de pommier destinée à ombrager sa nudité, Eve accuse ses formes postérieures et, n était le milieu où elle se trouve, pourrait être prise pour une Vénus callipyfje, draperie en moins. M. Muntz lui trouve un air de famille avec la Vénus de Médicis et y voit une copie de cet antique faite par Jean de Pise (fîg. 215). Effectivement, Ève comme Aphrodite porte la main droite à distance de son sein,

Con VaHi'o il dolce porno ricoprissi

(De 1 autre main couvrait la pomme si douce de sa poitrine) ; et de la gauche, si cuopre le parti onde la Donna arrossi, quando si scuo-

i/aut l'uoFAM': A i/É(;usi:

prono, ce qu’elle fait sans y toucher non plus. Comme la V(hius

accroupie du Vatican, elle se penche et avance un peu le g’enou droit pour se mieux cacher.

Même chapelle^ une niche est occupée par la statue d'une martyre dont la poitrine est découverte (lig-. 216). Liée à un poteau, elle fixe le ciel, sa récompense espérée : on voit à ses pieds une grosse pierre entourée d’un cordage. Ces détails sont insuffisants pour déceler la personnalité de la sainte. Est-ce sainte Christine avec la meule qu'on

lui attacha îiii cou pour la précipiter dans un lac, après lui avoir tenaillé les seins qui sont intacts sur l’eftigie?

Revenons à la nef et arrêtons-nous devant Tadinirable mausolée du cardinal Scipionis qui est orné des lîg-ures de la Foi et de la Charité. Le sein g-auche de celle-ci est saisi à deux mains par un petit goulu tout nu et trop dodu pour un miséreux.

Le tombeau de Lempei’eur Henri Vil, cjui dit-on, fut empoisonné avec une hostie, n’existe plus. Ce fâcheux accident provoquait trop de commentaires désobligeants sur le clergé d\alors.

KV'V

Fie-. 213.

Fig-, 214.

Fig-. 215.

Fig-. 210

Abside. Le Sacrifice cV Abraham peint par Razzi, le Sodona. Isaac est entièrement nu, comme il convient à toute victime expiatoire; le jeune Israélite est agenouille et se présente de face, de manière à montrer que le peintre a oublié de le circoncire.

Nef latérale droite. La Soumission de Richard Cœur-de-Lion., à

l’art profane a l’éllise

TolemolU'as, peinte par Tolermadia. Au premier plan, une femme dépoitraillée, assise sur le sol (lig“. 217), allaite un enfant nu au sein

Fig. 217.

gauche, et laisse pendre du côté opposé une colossale mamelle gorgée de lait; une jeune fille, en chemise, s’appuie sur la tête de son exubérante mère. Jamais un peintre de la chair, sans en excepter Rubens, n’a tracé une tétasse de ce volume ; il est vrai que cette nourrice hors concours allégorise la Ville de Pise. Elle figure aussi au Muséum sur une toile de Salimben, avec les mêmes appas rebondissants de vache laitière ; et nous la retrouverons encore, mais plus étique, dans la chaire du Baptistère.

Vis-à-vis, sur le mur de la nef latérale gauche, un tableau dont nous ignorons le sujet représente un saint à qui les mères demandent de bénir leur multiple progéniture ; l’une d’elles lui désigne trois enfants dans le même berceau et en tient un quatrième, qu’elle allaite sur ses g'enoux. L’attitude de ce bambin vorace est des plus expressives ; de ses jambes, il s’arc-boute sur le giron maternel, tandis que de ses mains crispées il s’accroche au sein maternel et le

ventouse de sa bouche avide. 11 est diiricile de montrer plus d’appétit pour le lait et la chair (tig*. 218).

2® Baptistère. — Une néréide à queue double sculptée sur l’iin des modulons rappelle que Pise, bien qu’à environ dix kilomètres de la mer, fut une des premières villes maritimes de l’Italie, la rivale de Gènes et de Venise. Il est vrai que cet emblème aquatique est aussi familier aux baptistères.

Le fameuse chaire, pulpito ou pergamOy en marbre, sculptée par

Fig. 218.

Fig. 219.

Giovanni Pisano après la défaite de la Méloria (1311), occupait primitivement la nef centrale du Dôme, mais elle fut en partie détruite par la chute de la toiture lors de l’incendie du 15 octobre 1596. Quelques fragments ont pu être sauvés, les statuettes des angles entre autres, et figurent dans la chaire actuelle du Baptistère reconstruite en 1607. La restauration en a été opérée par Fontana, professeur à 1 Académie de Pise, et est exposée au Musco civico établi dans l’ancien couvent de Saint-François.

i/aUT 1* ko F an K A l/ ÉGLISE

Quatre des colonnes sont formées de cariatides supportant les chapiteaux ; rune de ces colonnes, la plus curieuse, g-ioupe à sa hase les vertus cardinales païennes qui supportent la première des vertus

théologales chrétiennes, la Charité (fig. 219). Celle-ci personnifie encore Pise qui abandonne son sein à ses enfants. Cette tendre mère en porte deux sur les bras ; fun, prend la maigre mamelle qui sort par Pouverture pratiquée au corsage maternel, et Fautre, prend... un temps de repos F Tandis qu’elle remplit sa noble fonction, deux aiglons, perchés sur ses épaules, — l’emblème de la force et du courage, — lui inspirent des sentiments généreux (hg. 220).

Rien déplus tragique, écrit M. Paul Bourget F de plus douloureux que la figure dans laquelle Fartiste a incarné sa cité, atteinte déjà. C’est une grande et maigre femme, voûtée, déformée, presque bossue. De sa poitrine rentrée jaillissent deux seins très petits auxquels sont suspendus deux nourrissons maigres comme elle et qui sucent, de leurs bouches alFa-

1. Le rédacteur eu chef du Bulletin inoiiuinenlal (tome VII), se trompe doublement eu prenant cette allégorie pour la Fortune et eu lui découvrant « deux seins d’une fécondité inégale, qui sortent de sa robe ».

i. F tildes et Pur traits.

niées, le lait trop rare de ses mamelles appauvries. Elle n est plus jeune, l'dle a suHi déjà à d’épuisantes tâches. Elle a un peu de ventre sous sa robe, et son masque, d’une austérité comme pétrie d’amertume, trahit plus d’ardeur que d’espérance, plus de courage que de foi : « Ah ! » semble-t-elle dire de sa bouche sévère : « je veux vivre, vivre pour vous, mes enfants, car si je meurs, je sais que vous mourrez... » Les quatre statues sculptées sur son piédestal ne lui sont de rien...

La vieille et méchante Justice ^ avec ses plateaux inégaux, son épée au fourreau, occupe le devant de ce piédestal, à côté de la Prudence, jeune, souriante et couronnée de fleurs. En arrière se dissimulent la Force, abondamment chevelue, mais drapée contrairement à la tradition, et la Tempérance (fig. 219), la plus jeune de toutes, par contre, absolument nue. Son attitude est aussi celle de la Vénus de Médicis, comme l’Eve-Pandore du Dôme, pourtant avec cette différence, observe de Gaumont, qui à tort y voit Limage de la Vérité, « que les mains sont collées au corps et ne cachent pas même le signe du sexe visiblement accusé ». L’aigle qui sépare ces deux dernières figures et fixe la Tempérance évoque Laventure de Zeus et d’Hébé. « C’est une grosse nature, écrit Didron, et qui a beaucoup trop mangé : seins et ventre de nourrice, gras et mous tout à la fois. » Mais quelle singulière idée de personnifier de la sorte une Vertu qui, ici, inspire les désirs et les passions au lieu de les modérer? Elle a d’ailleurs conscience de l’incorrection de sa tenue et cache sa nudité dans l’ombre de la chaire.

Autres contrastes. D’abord, au pilier central s’adossent les trois

Grâces, mais strictement drapées et prises dans l’acception antique de leur nom ; ensuite, sur le socle, Lun des bas-reliefs allégorise la Grammaire, Grammatica (fig. 221), sous la figure d’une mère spirituelle qui donne le sein à deux enfants assis sur ses genoux. Nous avons vu au portail occidental de la cathédrale de Chartres le même Art libéral présenter à un écolier un livre, d’une main, et une verge, de l’autre, selon la formule pédagogique consacrée.

Une des colonnes latérales en marbre de couleur repose sur le dos d’une lionne ; un lionceau se pend à ses mamelles. On peut voir dans ce groupe une image animalisée de la Caritas.

La galerie supérieure de la chair est chargée de cinq bas-reliefs en albâtre transparent où se déroulent les péripéties d’un Jugement dernier des plus mouvementés, qui retracent le désespoir des

l'art profane a i/éolise

damnés. Cette cohue d’ag-ités est parée du nu bisexuel de rig-ueur. Dans la Présentation au temple^ autre sujet de ces bas-reliefs, on

reconnaît un groupe (fîg. 223) emprunté k l’un des motifs d’une scène bachique reproduite sur un vase grec du Campo-Santo (fîg. 222). Çk et Ik s’étalent encore des nudités plus ou moins crues : un personnage nu, indéterminé (fîg. 225), émasculé par une main pieuse, et Hercule (fîg. 226) qui exhibe du haut d’un chapiteau ses attributs virils. Ses formes expriment la robustesse et la force, mais par leur exagération elles justifient la critique de Léonard de Vinci : « Cet étalage de muscles, de veines, de tendons, écrit-il, font ressembler ces œuvres plus k un sac de noix qu’k une surface humaine, plus k un paquet de raves qu’k un nu musculeux. » Le modèle de ce héros fabuleux se trouve au Campo-Santo ; c’est un antique trouvé k Carthage. Le vainqueur du lion de Némée a une lionne k ses pieds et tient un lionceau dans sa main droite. Leratouilly a reproduit la statuette de l’époux de Déjanire au Baptistère, mais sous une forme inexacte et expurgée (fîg. 224) : il en fait un saint Élie^ ou un soprano de la Sixtine !

1. La fille de l’émir Yacoub s’étant éprise de lui « n’épargne rien pour lui faire partager sa chaleur. Alors il se met à penser en son cœur et à se dire : « Gomment me sauver de cette fille? » Une pensée lui vint soudain. Il coupa sa virilité, la mit

ITALtÉ

Alphonse Daiitier, auteur des Monastères bénédictins d'Italie (I8()0), s'emballe, comme tant d’autres, sur « ces artistes de l’école

pisane, — Nicolas et Jean de Pise — si intelligents, si religieux, si profondément pénétrés du véritable esprit chrétien )>, et attribue leur mérite à leur foi.

Or, en fait à'esprit chrétien c'est surtout l’esprit d’imitation qui déborde dans cette œuvre de chaire. Aux réminiscences déjà signalées, notons, avec M. L. Palustre de Montitaut, les autres personnages que Nicolas a tirés de l’antique : à la Nativité^ la figure de la chaste Marie est celle de l’impudique Phèdre et Joseph ressemble à un devin ; dans V Adoration des mages, un des rois a les traits et les cheveux d’un Apollon, etc.

A 1 époque où le baptême par immersion était en vigueur,, le Baptistère abrita bien d autres nudités, mais en chair et en os.

Vers 1830, un touriste signale, au milieu du Baptistère, huit « bénitiers » dont quatre

pour 1 église romaine et quatre en forme de cuve, pour le rit grec catholique ‘ .

3® Campo-Santo. Fondé par l’archevêque Ubaldo qui fît transdans une serviette, la porta à la fille de Culain et lui dit : « Tiens voilà celui de

mes membres que tu as désiré, prends-le et laisse-moi partir. P. Saintyves / es Saints successeurs des Dieux. ocumyves, res

1. L’ccho du Baptistère est renommé; des guides en vivent et pour ces fervents du superlatif sa cape est stapendissima. Nous avons eu la curiosité de l'interro-cr ■

rnWanr*’ ‘ Oies ; à Vérin, il nous a semblé entendre

Id chTou'' ' Allemands se disent, l'écho a articulé

Fio:. 226.

l'art profane. — II.

porter du Mont-Calvaire cinquante-trois navires de terre pour

Fig. 227.

V inhumer les grands hommes de Pise. Cette terre avait, paraît-il, la

propriété de consumer les corps en 24 heures ; mais il est probable

qu'elle devait cette particularité « miraculeuse » à une supercherie, c’est-à-dire à l’addition d'une certaine quantité de chaux.

Le mur point de

sud de cet élég-aiit cloître est le plus intéressant à notre vue, en raison des fresques réalistes qui renluminent.

L’épouvantable Triomphe de la Mort, attribué à tort à Andrea Orcagna, est « un fantastique mélange de gestes impudiques, dit Jean de Bonnefon, accomplis par

i/aRT P II O KAN E a

i/ég lise

le lait de leurs mamelles aux ermites solitaires, un avaiil-goût de l’Age d’or (fig. 232).

Dans les épisodes diaboliques du Jugement dernier, mêmes espièo-leries. Un diable traîne par les cheveux un moine qui cherche à se feuliler parmi les élus. VEnfer (lig. 233) déroule des horreurs

conformes à la conception dantescpie : du g’ouffre infernal surg-it un Lucifer monstrueux qui dévore par ses trois bouches les pécheurs

Fiff. 234.

et, de préférence, les pécheresses grassouillettes, plus tendres sous la dent. Il serait trop long de décrire toutes les tortures réservées aux péchés capitaux et fixées dans le sauvage cauchemar de cette peinture murale. Notre reproduction est assez nette pour qu’on saisisse tous les détails de cette indescriptible confusion : les hérétiques à la broche ; les schismatiques — le mot schisme signifie division — fendus ou divisés « du menton jusque là d’où les vents s’échappent », selon l'expression de Dante; les menteuses ont la langue arrachée; les luxurieuses, les seins et les organes de la génération dévorés par des serpents; enfin, le gourmand, à qui un diable impétueux, pétillant et pétulant (fig. 234) sert, in gola, un plat tout chaud de sa comjDosition, dont le fumet n a rien de commun avec l’odeur de sainteté. Commode et sainte Catherine de Ricci s’en délectent ; le peintre de ÏEnfer' esquisse la chose ; Cambronne exclame le mot; il inspire Swift pour son Art de méditer sur les garderohes ; Lulli en note plaisamment la tonalité chez Mlle de

L’iinperalor del doloroso régna Da ugin Locca dironipea co’’ denti Un peccalore a guisa di maciiiUa.

péchJur'^^*^ tloulourcux empire, dans chacune de ses bouches, broyant avec ses dents un

l’art profane a L É fl lise

Montpensier; Mme de Prie en paraphe et apostille les placets\ et, nag-uère, le chanoine Trille en enfume et parfume le jardin de M. Desmars, secrétaire général de la préfecture du Gers. Cousin, dans son Jugement des minimes, et Callot, dans sa Tentation de saint Antoine^ placent des démons en posture du dieu Grepitus, de la déesse Gloacine ou du « pétomane », mais ils visent dans le vide. Déjà, en France, nous avons reproduit- un châtiment semblable sculpté sur l’un des culots de l’église du Bourg- Achard. Le Seigneur, vous ne l’ignorez pas, infligea une punition analogue au fougueux Ezéchiel, en lui ordonnant de manger, pendant trente jours, des tartines de ses excréments étendus sur du pain d’orge, de millet et de froment. Le prophète hébreu, ne connaissant pas encore la sagesse du proverbe. • latin Stereus suum cuiqiie henè olet, réclama à Qui de droit et sa peine fut commuée en fiente de bœuf, pétrie avec du pain.

Ne quittons pas cette matière malodorante qui a fait Tobjet d’un poème didactique en quatre chants, la Chézonomie de Bernard, et un précis de Coprologie par le D*’ R. Gaultier (1907), sans rappeler la vengeance que Frédéric Barberousse tira des Milanais, après la « mocquerie » faite à Fimpératrice L

Stephan Lochner, dans son Jugement dernier^ du Musée de Cologne, a imaginé, comme à Pise, une Bastille infernale, divisée en multiples cellules. Mais toutes ces navrantes compositions ont été dépassées par les visions de sainte Françoise Romaine, morte en 1400. Cette visionnaire, dont l’auteur De Tout a retracé l’histoire, a imaginé un Lucifer sous Faspect d'un formidable « lion d’airain rougi au feu, dont la mâchoire est armée de lames de faulx et dont le ventre est un nid de reptiles». Écoutez les tourments raffinés qu’elle a dépeints pour chaque faute :

Les bonnets de llannnes, les lacs de plomb fondu, les infusions bouillantes de fiel, de poix et de soufre, les appareils pour crever les yeux et pour retirer la cervelle par une oreille défilent; c’est un code elfrayant de supplices ; en somme, l’Enfer, tel que se le figure le Moyen Age, a trouvé en cette étonnante visionnaire son plus grand peintre ; et l’on

1. On remit un placcL à la mar([uisc et il lui fut recommandé comme fort touchant. « Aussi me touchera-t-il, » répondit la favorite. Et elle envoya la supplique au petit réduit, où Alceste envoie le sonnet d’Oronte.

L’Arl profane à L’E(jlise^ en France, hg'. 2(39.

IL Ibid, üg. 9.

pourrait presque ajouter le seul, car les imagiers des cathédrales qui traitèrent les memes sujets n’ont guère inventé que des croquemitaines plus ou moins enfantins et des monstres surtout comiques.

Sur le mur Nord se développent des scènes bibliques. Adam et Eve, par Pietro di Puccio (vers 1390), évoluent dans le même tableau

Fig. 235.

Fig. 236.

depuis leur ci cation jusques et après leur expulsion du jardin des Hespérides juives. Leurs épisodes se confondent et profilent la silhouette d une dizaine de corps nus, qui ne sont autres que nos premiers parents tirés à plusieurs exemplaires. Adam est si potelé, si dodu que, sa tete barbue à part, — son sexe étant dissimulé par des attitudes préméditées, — on le prendrait pour sa compagne. Le peintre a-t-il interprété à la lettre la Genèse — ce serait le seul dans

. Un proverbe génois dit : Mare senza pesce, monli senza legno, iiomini senza- Jede, donne senza vergogna. Ce qui signifie : mer sans poisson, montagnes sans OIS, hommes sans toi, temmes sans vergogne. Suivant Alexandre Dumas le proverbe serait pisan et non génois : « Bridoison, ajoute-t-il, dit avec beaucoup de iusesse quoi! ne se dit pas de ces choses-là à soi-même; et jamais un Génois n'a passe pour être plus bête que Bridoison. »

l’art profane a l’église

ce cas — en lui donnant les formes elFéininées d'un hermaphrodite ? En outre, et ce détail nous paraît excessif, le front d’Adam est déjà orné d’une paire de cornes !

h' Ivresse de Noé, par Benozzo Gozzoli, offre un détail plus piquant : le patriarche s’est endormi dans les vignes du Seigneur, sans prendre la précaution d’en cueillir quelques feuilles pour couvrir sa nudité ; « près de lui, écrit le narquois président de Brosses, passe une jeune fille (fig. 235) qui se bouche les yeux avec la main, mais écarte les doigts de toute sa force, pour ne point voir ». Cette malicieuse effrontée, une bru de Noé peut-être, qui « risque un œil » et l’écarquille, a reçu le sobriquet de Vergognosa^ la Pudique ! et a donné lieu au dicton ironique qui s’applique à une prude hypocrite : « Corne la Vergognosa di Canipo-Santo C » Ce Gozolli qui gaze si peu ses fresques est pourtant le disciple de l’extatique Fra Angelico, lequel peignait ses sainteries à genoux.

Autre plaisanterie, signalée par Ghaix : « E^n élève du Giotto a représenté les Pères du désert, sujet austère, s’il en fut; mais cependant, au milieu de ces fronts austères, voyez-vous cette jolie fille souriant sous le capuchon — nous allions dire sous le domino — d’un moine ? »

La Naissance d' Esaii et de Jacob, du même Gozzoli, présente aussi une particularité d’un naturalisme suraigu, mais d’ordre obstétrical: (( les eaux de la cuvette, observe Jean de Bonnefon, sont traitées avec un affreux détail ».

Relevons une dernière espièglerie sur la fresque du Jugement universel : le peintre, embarrassé du sort de Salomon, semble s’être inspiré du « jugement » de ce sage : il le place moitié du côté des élus et moitié du côté des réprouvés, demeurant entre deux selles le cul à terre.

Parmi les motifs des sculptures et tombeaux de la galerie à jour qui enveloppe le terrain rapporté de Jérusalem, nous signalerons ceux qui présentent un caractère profane ou païen :

Sur un fût de colonne, un vase de marbre^ ciselé de scènes bachiques auxquelles, nous l’avons dit, Nicolas Pisano a emprunté quelques figures pour sa Présentation au Temple, l’un des plus jolis bas-reliefs de la chaire du Baptistère.

Un sarcophage couvert de centaures et de bacchantes, et surmonté du buste d Isotta de Rimini^ femme de Sigismond Malatesta de Rimini.

Le mausolée du comte Mastriani que son épouse a inconsolable »

Fig. 237.

lui fit élever ou mieux éleva à elle-même, car le motif principal de ce monument est la statue de sa femme éplorée, dite V Inconsolabile (lig. 236), par Bartolini, où, en signe de deuil, elle exhibe son buste et ses seins à nu Les véritables veuves « inconsolables » ne se voyaient guère qu au Malabar ; là, elles accomjDagnaient le corps de leurs maris sur le bûcher.

La comtesse Béatrice \ mère de la comtesse Mathilde, cette (( héroïne orthodoxe », cette « amie des papes », que nous retrouverons à Samt-Pierre de Rome, repose dans une sépulture dont les bas-rehefs racontent l’aventure de Phèdre et d’Hippolyte complètement nu. Est-ce le motif de son exclusion de la cathédrale ?

Le long de ces galeries, on rencontre encore de nombreux monuments funèbres, sarcophages ou urnes mortuaires des Grecs et des Romains que les chrétiens utilisèrent pour les sépultures, malgré les scènes païennes qui les ornent. Rappelons, à titre de curiosité, 1 épisode singulièrement profane retracé sur Purne de Livilla Harmonia, « femme d’une pudicité incomparable » dit l’inscription (hg. 237) h L’émule de Lucrèce est représentée ’ nue,

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