A. — ÉGLISES
1° Saint-Pierre. — Ce Sanctum Sancto/'iim de la chrétienté — 1 apothéose monumentale du Christianisme, d’aucuns insinuent de la Crédulité — est un merveilleux musée d’art mi-païen, mi-chrétien. C est la fete des veux plutôt c[ue de l’âme, où l’esprit est porté à la curiosité et peu à la prière, bien que les lettres de ce mot soient aussi celles du vocable de la basilique^, comme Amor est 1 anagramme de Roma-, la ville œcuménique, ce qui justifie l’union si fréquente de l’élément païen et de l’élément chrétien dans Tart; et saint Paul n a-t-il pas dit « La fin de la Foi, c^est l’amour? »
De loin, la silhouette de Saint-Pierre produit, comme les
pyramides, un effet « pyramidal » ; mais, de près, l’impression est moins grandiose.
Sous le spacieux portique caracole Constantin FApostat, un malpropre païen devenu chrétien par dépit, après l’absolution de ses crimes que lui refusaient les prêtres de sa religion. C’est lui qui posa la première pierre de l’auguste temple du Seigneur.
Avant de franchir le seuil de cette merveille architecturale, examinez de près, de très près, la porte en bronze très ouvragée du milieu^ celle qui est réservée au pape et fut exécutée sous Eugène IV, en 1447, par Filarèteet Simone : vous y découvrirez au milieu d’élégants et ingénieux enroulements de rinceaux qui encadrent des bas-rehefs à thèmes religieux, — les cadres nous font oublier les tableaux, une profusion de sujets suspects (fîg. 256-260), tirés, en grande partie, des Métamorphoses d’Ovide : tels. Mars et Vénus]
1. Le vrai nom de Pierre était Simon, mais avec lui Jésus n’eût pu commettre le calembour sur lequel repose PEglise : Petrus es, etc. ‘ commettre le
Son etymolog'ie est Rumina, dans le sens de mamelle féconde.
Tnn'v.r de droite, la porte sainte ou jubilaire est dorée et murée- le Daoe
An "ef vinj,H-cinq ans, soit quatre années par ’siècle
’i '' gauche était interdite aux femmes, comme Pentrée de H
pK.d?caüous aux
l’art profane a l’éolise
Jupiter et Ganymède, Phrixus et H elle sur le bélier , la Chèvre Ainalthée perdant son lait, Hercule au berceau étouffant des dra-
gons, y Enlèvement de Déjanire^ Europe et le Taureau, Léda et le Cygne, la Conquête de la Toison d’or, etc. Dans ces habiles et
riches ciselures d’airain les nudités abondent, et Ton a pu dire que les mythes les plus voluptueux du paganisme président à l’accès du plus vénérable des sanctuaires chrétiens. « On ne se scandalise point à Rome, dit Corinne à lord Nelvil, des images du paganisme, quand les beaux-arts les ont consacrées. » Mais ici, ce n’est pas le cas, et ces figures semblent d’autant plus déplacées qu’au point de vue artistique elles ne peuvent soutenir la comparaison avec les
portes de Ghiberti, à Florence. C’est surtout dans les églises de Rome que nous rencontrerons, à chaque pas, « les splendeurs de l’antiquité païenne et de la Renaissance fraternisant avec le Christ et les Apôtres ».
Tenez-vous à connaître l’impression produite par ces bordures hétéroclites sur l’un de
Fie-. 259.
Fiff. 260.
« ceux qui ont au front le signe des appelés », suivant la fine pointe de l’auteur du Fils de Gihoyer ? Ecoutez le pieux mensonge de 1 abbé Rolland : « La grande porte de la basilique, écrit ce sacerdote, est enrichie de bas-reliefs que je ne prends pas e temps d admirer. «Telle est la précision que l’on rencontre trop souvent dans les documents « expurgés » par les ecclésiastiques, en histoire comme en art •. Le peu curieux séculier serait sans doute tombé en admiration devant les portes d’argent massif qu’Honorius fit placer a la basilique. Malheureusement, les Sarrasins, en envahisseurs praiques, les emportèrent dans leursimpedimenta, comme les Teutons autres gens d’ordre qui ne laissent rien traîner que leurs sabres, firent
paS: n-taniorphoses des dieu. ; je „e ni e.’i simâen^
lëvcque FüsKcr émule de Pe,! 1° '’l ' 'ctime du vin de Monleliascone,
quinze doubles boreiîlot du ibin “ ,‘i Cl'arles-Pbilippe qui « buvait
dénomination d’ « un Allemand re?l "i'-®;'’’ désigné sous la vague
aants.ont, vous leTav^ez “P''<®™isme bien pen-
^Hniinent insUnetiv^rt d'e“ UTr,ôr;;;r ^
OQ9
l'a RT PROFANE A l’ ÉGLISE
plus tard de nos pendules. Il serait curieux de vérifier si ces motifs scabreux, et surtout ceux que nous signalerons bientôt, ont été fidèle-
ment reproduits dans 1 église de Saint-Stanislas a Malatycze, au fond de la sainte Russie-Blanche, dans l’ancien palatinat de Mstis-
1. Vraisemljlablemcnt efïigic de Bonilacc VIII (1294-1303) qui était « chaîne et imberbe », au dire de son médecin.
It
law, grand-duché de Lithuanie, qui fut élevée en 1794 par Siestzencewicz, archevêque de Mohilew, sur le modèle de Saint-Pierre de Rome, réduit au huitième ; c’est peu probable.
Soulevons le lourd et crasseux cuir qui ferme Lune des portes réservées au public. A peine entré dans le prodigieux et prestigieux temple du Catholicisme, terribilissima fahrica^ selon l’énergique langage de Yasari, on est littéralement d’admiration; — il n’y a pas d’autre expression ; d’ailleurs le nom de l’Apôtre se prête volontiers au jeu de mots. L’effet est absolument magique, cAst un éblouissement; touristes et pèlerins éprouvent une sorte de vertige, de COU23 de foudre, à la vue de cette architecture titanesque, qui donne comme le sentiment de (( la folie de l’énorme », suivant Zola, ou de la folie des grandeurs, dirons-nous. Peu à ]oeu l’étonnement se dissipe, le charme cesse d’opérer, jDuis l’œil ravi se reprend et s’habitue à cette munificence. Enfin, l'accoutumance met au point rimj)ression première de la somj)tuosité qui se transforme en celle d une simplicité grandiose, spirituellement exprimée par cette boutade du président de Brosses : « Rien ne m’a tant surpris, écrit-il, à la vue de la plus belle chose qu’il y ait dans l’univers, que de n’avoir aucune surprise. »
Mais de quelque côté que le regard se jiorte, il ne jDerçoit que des nudités d’art ; « les marbres blancs éclatent en belles chairs opulentes » sur les murs des cha2)elles, aux frises de la nef et surtout devant les mausolées de ce Campo santo pontifical. Tous les anges sont sexués (fig. 261) comme de simples mortels: voici, par exemple, dans la décoration de la mosaïque de la grande coupole, une femme entièrement en peau ; mais, pour être autorisée à se montrer ainsi, elle s’est fait ajouter deux ailes angéliques, qui d’ailleurs ne cachent rien.
En assistant au service funèbre de Léon XII, dans la chapelle du chœur, Stendhal est surpris et distrait par l’ornementation de la voûte :
On dirait qu’elle a été ornée par un sculpteur grec, tant on y aperçoit de figures nues qui se détachent en blanc sur un fond d’or... Ce contresens nous a poursuivi tout le temps des obsèques.
Quant aux sépultures pajiales, Zola qui, à défaut du culte de la religion, avait celui de la vérité, n’imitera pas le silence prudent
i/arT profane a r/ÉOLISE
de Fabbé Rolland, Fémule de Gonrart, et il nous dira nettement son opinion :
... Ah . ces tombeaux des Papes, a Saint-Pierre, dans leur insolente ^glorification, dans leur énormité charnelle et luxueuse, défiant la mort, mettant sur cette terre 1 immortalité ! Ce sont des papes de bronze, démesurés, ce sont des figures allégoriques, des anges équivoques,’ beaux comme des belles filles, des femmes désirables, avec des hanches et des gorges de déesses.
Certes, le luxe funéraire de ses vicaires surprendrait fort le modeste Galiléen, s il revenait parmi nous, et le faste de leurs monuments, c[ui ne rappelle pas moins le néant des g'randeurs humaines, est loin d inspirer le respect que Ton éprouve devant la simple
pierre tombale du cardinal Barberini — le neveu d'Urbain VIII
à la Chapelle des Capucins, où se lit cette épitaphe sublime d’humilité et de concision : me jacet pvlvis, cinis et nihil. Ce n'était pas 1 avis du vaniteux Jules II qui fît reconstruire Saint-Pierre pour y placer à 1 aise et en bonne place son vaste monument, resté à l’état de projet.
Nous négligerons beaucoup des cent trente sépulcres pontifîcaux que renferme cette nécropole, et, pour ceux des pontifes ou autres personnages célèbres qui retiendront notre attention, nous suivrons 1 ordre chronologique, ne varietar\ mais, d’après notre programme, nous ne relèverons que les détails artistiques se rapportant au nu, de préférence à celui de « Féternel féminin », quelque peu maltraité par la princesse Palatine qui ne voit dans une belle femme qu un « moulin à m ».
Tombeau de Paul II (-J- 1471) b Sur ce monument président en gracieux bas-reliefs la Foi, V Espérance et la Charité strictement drapées. Celle-ci tient sur ses genoux un enfant nu, rassasié, et ne montre que son sein gauche à travers une fente discrète de son corsage ; mais ce morceau de chair qui émerge du vêtement paraît plus indécent qu’un buste entièrement nu.
Chapelle du Saint-Sacrement. Les mêmes Vertus théologales se
1. Ce fat, qui sc fardait à l’exemple d\me vieille garde et couvrait sa tiare de pierres précieuses, comme Otero sa poitrine, se croyait, par sa belle stature, l’Apollon de la papauté et voulait prendre le nom de Formosus, ce nom cependant ne porta pas bonheur à Formoso (891-896), qui fut jeté dans le Tibre; pourquoi ne prenait-il celui de Gonon II, que le premier en titre (686-687) avait à peine délloré?
retrouvent sur le sarcophage de Sixte IV (*[- 1484), mais associées aux Vertus cardinales et aux Arts libéraux, la Perspective (fig. 262 j,
Fig-. 262.
la Théologie (fig, 264), V Arithmétique (fig. 262), V Astrologie, la Dialectique^ la Rhétorique avec ses fleurs (^fig. 263), la Grammaire
et la Musiciue (fig. 262). Les Vertus encadrent l’effigie de l'ancien professeur franciscain : la Charité assise à la tête du pontife découvre son sein gauche, auquel s'abreuve un garçonnet tout nu; à la jambe gauche de cette Vertu s'accroche une petite fille également nue qui paraît pleurer; « est-elle jalouse de la nourriture que le petit goulu prendrait trop largement et trop longuement » ? se demande Didron. La Théologie (fig. 264) est plus singulière : elle
l’art profane a l’église
porte un carquois rempli de flèches, à la façon de Diane chasseresse. Quel rapport cette divinité peut-elle avoir avec la doctrine théologique qui n’a de logique que le nom?
Ces figures de femmes demi-nues sont dues à l’habile et patient ciseau d’Antonio Pollajuolo (1493), qui mit dix années à les modeler. « Aucun artiste, dit l’auteur de Rome^ à cette époque n’aurait su traduire avec des nuances si délicates la séduction d'un jeune corps de femme, l’attrait voluptueux d’un sein qui se dévoile, de deux bras nus qui se tendent. » C’est la première tentative de la fusion de l’art païen et de l’art chrétien.
A l’abside, le mausolée de Paul III (*j- 1549) (fîg. 265), chefd’œuvre du Milanais Guglielmo délia Porta (1550), est le plus beau des sépulcres de la nécropole pontificale. 11 fut commandé à l’artiste par le cardinal Alexandre Farnèse, neveu du défunt. L’effigie du pontife, en bronze, placée sur un haut piédestal, semble bénir Ja Prudence et la Justice (PL VIII )\ étendues à ses pieds dans une pose accoudée, analogue à celle des allégories de la chapelle des Médicis. La première passe pour le portrait de la mère du pape, Gio vanna Gaetani da Sermoneta, apparentée à Boniface VIII, et la seconde, pour celui de sa nièce-. La Prudence, un miroir à la main, portant la coilfure des Parc/ues vétustes du palais Pitti, est une matrone sur le retour, à la gorge desséchée; et cependant, la vieille coquette montre son torse nu, nombril compris. Cette tenue inconvenante étonne, vu l’âge critique du personnage, et choque d'autant plus que sa (( luxuriante et voluptueuse » voisine, radieuse de jeunesse et de beauté, tient pudiquement voilés des charmes beaucoup moins contestables. A l’origine, il est vrai, le torse de cette délicieuse beauté était nu aussi (PL IX); mais, en 1595, le cardinal Edoardo Farnèse, scandalisé d’une telle impudeur, invita Théodore délia Porta, fils de Gugdielmo, en dépit des franchises de Part et de la tolérance de ses prédécesseurs, à cacher la gorge et les flancs de la belle impudique, sous l’alFreux cilice de pénitence en bronze, qu’elle conserve depuis. Guglielmo délia Porta eut son caniiciàio ou
1. Le monument primitif comprenait deux autres statues, V Abondance et la Douceur ou la Chiirilé, qui sont exposées dans les galeries du palais Farnèse.
2. Une autre tradition, tout aussi contestable, en fait le portrait de Julie P^arnèse, la sœur de Paul III, la célèbre Guilia, la Bella « qui passait, dit M. Paléologue, pour la plus voluptueuse créature de son temps, et qui fut la maîtresse en titre d’Alexandre VI, la fiancée du Christ, comme on la surnommait au Vatican. »
Planche VIII.
VT
Flanch e
Fig. 2()7, ])age 23r5.
chemisier, comme Michel-Ange, son hracheilone ou culottier.
y PAVLO