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Une des statues qui, à Rome, ont le plus « agréé » Montaigne dans
L ART J’ROFANE A L EGLISE
son voyage en Italie (1580-1581), c’est (( la belle famé qui est aus pieds du Pape Poitiers, en la nouvelle Eglise de Saint Pierre. » La « belle famé >> était la Justice qui n^avait pas encore été maquillée.
« Ce passage de la sculpture naturelle à la sculpture décente, écrit Taine à propos de cette profanation, marque le changement qui sépare la Renaissance du Jésuitisme. » Edmond About s’élève avec non moins d’énergie contre un pareil vandalisme :
L’artiste les avait faites toutes nues, écrit l’auteur de Rome contemporaine, considérant qu’on ne doit aux morts que la vérité. L’hypocrisie moderne les a habillées, drapées, étolfées, comme si une belle statue pouvait être un objet de scandale. En revanche, on permet à des hommes, vraiment nus, de se baigner dans le Tibre ou môme dans le bassin de la fontaine Pauline L
Pour atténuer la stupidité de cet attentat cardinalice contre Part, on lit courir une singulière légende. On raconta qu un bouillant Espagnol devint amoureux de la Justice, comme aux temps fabuleux Pygmalion le fut de sa Galathéc, « et à tel point qu’il se cacha dans un coin de l’église et quand il fut seul satisfit sa passion ; il fut
1. L’Italie n'a pas le monopole de ce contraste de pudicité. Albion sur ce terrain est sa rivale, si nous en croyons les Propos de lahle de Victor Hugo, recueillis par Richard Lesclide : « On connaît la pruderie anglaise. Elle va jusqu’à nier certains mots, entre autres ceux de culotte et de pantalon, la négation du mot entraînant la négation de la chose. Si quelques Anglais se résignent à revêtir des inexpj'essibles, c’est par une timidité condamnable: les Ecossais 1 entendent bien mieux. Aussi, dans les îles de la Manche où le canl régne et gouverne, on se croirait déshonoré si l’on portait un caleçon. Même au bain, surtout au bain. 13 ailleurs on ne \end pas de caleçons à Jersey. On est réduit a se baig'uer dans le costume piimitit que notre
père Adam avait adopté — avant la pomme.
Victor Hugo avait dû se conlbrmer à l’usage du pays. Une lois, il se baignait avec quelques amis sur la plage de Jersey; ces messieurs s'aperçurent qu’ils étaient observés. Un groupe de jeunes misses, rassemblées sur une éminence voisine, braijuait sur eux des lorgnettes de spectacle et semblait discuter a\ec animation.
— (Jue peuvent-elles regarder ainsi? se demandèrent-ils.
Un\les leurs, qui ne se baignait pas, revint sur ses pas et se rapprocha de ces demoiselles. Bien qu'il n'eût pas été présenté, une jeune fille passant sur cette formalité lui demanda lequel des baigneurs était M. V. Hugo. Le poète lui lut désigné. Elle poussa un soupir de satislaction.
— Mais nô, dit-elle, il n'était pas bossu.
— Alors miss, c'est sa bosse que vous regardiez ?
— Certainement, dit-elle.
Et M'"® Drouet qui raconte cette aventure, ajoute :
— J’aime à le croire. » . . . • , -i -,
Les journaux de l’Empire, par application du principe lavori de Basile, assuraient
(lue l’auteur de Napoléon le Pelil était aussi contrefait que son esprit et qu’il était bossu comme son Quasimodo; en idéalisant ce monstre de laideur, il cédait à un sentiment d’intérêt personnel.
surpris eu cette posture et condamné au feu ». Les vers se sont mis dans ce vieux thème, cher à nos cicer oui aux abois; voici, par exemple, le récit du fantaisiste et bachique rimeur de la Rome ridicule :
Mais drapons un peu les statues Qui parent ce larg-e bassin,
11 semble à veoir que le larcin Les ait de gales revêtues ;
N’en déplaise aux restaurateurs,
Leurs bras nouveaux, leurs pieds menteurs,
Méritent bien un coup de berne ;
Ils l’auront, et sans nul répit.
En deut la sculpture moderne Crever de honte et de dépit.
LU
Je sçay bien ce que pour sa gloire Ses partisans m’allegueront ;
Je sçay bien qu’ils se targueront D’une infâme et nouvelle histoire :
Ils voudront ramener au jour De l’espagnol outré d amour La bizarre et lubrique llame.
Qui par de violents elforts N’en brûla seulement pas l’ame.
Mais en fit consumer le corps.