‹ L'art profane à l'égliseChapitre 58 sur 97 · TA LU · texte numérisé non relu

TA LU

statue est assise, et comme on n’avait pas pu la séparer du siè^e où elle repose, on avait jeté sur les épaules et attaché sur la poitrine du saint une

Fig-. 279. — Cuve du bénitier.

t ig'. i280. — Base du bénitier.

lar^e chape qui recouvrait tout à la fois le corps et le fauteuil. La main droite sortait de letolfe et portait à l’un des doigts un anneau à large chaton.

La tête noire de saint Pierre était coitfée de la tiare blanche. Vous connaissez la forme disgracieuse de cet énorme bonnet, et je n’ose pas rendre 1 effet que produisait cette espèce de marmite renversée sur une tête charmante de Marc-Aurèle à la barbe frisée.

Il est vrai que la même basilique abrite les ossements d’une reine désexuée, Christine, qui s habillait en homme; ce costume, paraîtil, lui plaisait plus que celui de son sexeL

Les bénitiers, à 1 entrée de la nef, sont supportés par des ang*es

1. Cette virago dépourvue de sens moral, en dépit de l’assassinat de son amant eut audace d écrire, parmi les aphorismes de scs üuvracfes de loisir : « Les princes doivent punir en princes et non pas en bourreaux! » 'Ecoutez ce que dit Mme de Motteville de cette goton, ou, plus galamment, de cette « princesse gothique .. •

I^ieu, et son libertinage setoit répandu de son esprit dans ac ions. En presence de toute la Cour, elîe appuioit les jambes sur des siè<>es aussi haut que celui où elle étoit assise et les laissait voir trop librement .. Teltes les phainomeridcs montraient la cuisse en marchant. • e les

l’art profane a l’église

sans draperie, à taille d’adultes; ils ont remplacé les néréides et les

satyres qui remplissaient le même olïice au xvi'^ siècle (fig. 279, 280).

Mais tout ce que nous venons de voir n’est que de la gnognote en comparaison du « clou » phénoménal, auquel la cathédrale du Christianisme sert d’écrin et que nous avons réservé pour la « bonne bouche ». Nous voulons parler des tableaux en marbre de V Accouchement qui décorent le baldaquin ou ciborium de Saint- Pierre (1633) (fig. 281), l’œuvre sans goût^ au style redondant et rococo du cavalier Bernin, le colossal et burlesque chapeau chinois à quatre manches, chargé de remplacer le baldaquin, d'une élégante simplicité, élevé sous Paul V par Gamillo Borghèse (fig, 282).

Tout d’abord, passons condamnation sur l’acte de vandalisme commis par Urbain Ylll, Barberini, de complicité avec l’artiste.

N’ont-ils pas dépouillé le Panthéon païen de la superbe charpente de bronze qui soutenait la toiture de son portique pour en tirer les colonnes torses du catafalque chrétien ? C'est encore, comme au portail principal, la fusion et la confusion du paganisme et du catholicisme. Pasquin a fait justice de ce cambriolage audacieux et a piqué au dos du pontife, pour l’éternité, ses épigrammes au trait acéré : « Urbain déshabille Flavien pour Aœtir saint Pierre » ; et cette autre pasquinade non moins piquante :

Quod non fecerunt Barhari,

Fecerunt Barherini.

C’est le même Urbain VllI qui, s’inspirant des paroles bibliques

Trente (Sess. xxv), « pour bannir de toute maison chrétienne toute représentation obscène, lascive, immodeste » ; à Texcej^tion de Saint- Pierre apparemment.

Quant aux scènes obstétricales, si elles ne représentent pas comme on l’a soutenu, l’accouchement de la papesse Jeanne, elles

« La Maison de Dieu doit être sainte », fut l’auteur de décrets ^Constitution du 15 mars 1642], d’accord avec ceux du Concile de

Fig. 282.

i/aRT l'KOFANE A l’ÉCILISE

otîrent l’exemple d’une fantaisie artistique fort étrange, — dont les guides imprimés ou ambulants ne souillent mot, — obscénité qui s’étale en pleine basilique, sur les piliers du baldaquin de la Con-

fcssion ou tombeau de saiut-Pierre, aux côtés du maître-autel^ où le ])ape seul odicie* et qui est eu quelque sorte la paraphrase marmoréenne du Monstra te esse nmirein.

Ces piliers reposent sur quatre q-rands piédestaux de marbre blanc décorés exclusivement aux armes d’Ur- ])ain VIll (tig-. 283)“. L’écusson, à chaque piédestal, occupe les deux côtés extérieurs ; soit en tout huit écussons ou tableaux, exprimant, sur une physionomie de femme, les diverses périodes d’un accouchement.

L’écu est bombé en haut, où il représente la poitrine avec deux abeilles dont les têtes correspondent aux mamelons ; au-dessous saille l’abdomen avec une troisième abeille sur le nombril.

La voussure abdominale varie suivant les phases de l’accouchement : elle s’affaisse, à mesure que le ventre tend à se décharger de son fardeau.

L’écu est sommé d’une tête de femme, de grandeur naturelle, au-dessus de laquelle s’entre-croisent les clefs pontificales surmontées de la tiare.

A chaque crise, l’expression de la figure se modifie. La scène deljute sui la face du piédestal anterieur de gauche 5 la figure de la femme commence à se contracter; sur la seconde et les suivantes, jusqu à la septième, les traits sont de plus en plus convulsés.

En même temps augmente le désordre de la chevelure; les veux, qui expriment d’abord une souffrance supportable, deviennent

1. Au dix-septième siècle, en cümmimiant sous les deux espèces, il aspirait le sam»divin avec une canule d’or, comme un cocktail.

2. Cette figure est une sorte de schéma, dont le mascaron, à la bouche fermée par la membrane hymen, appartient au premier écusson, c’est-à-dire au début de

accouchement, et la tête de parturiente, en pleines douleurs, est celle du cfuatrième écu. La lemme du premier écusson a la bouche fermée et la physionomie quasi souriante; en outre, la tiare sous laquelle elle s’abrite est la seule qui porte, en bas et au milieu, un visage féminin amène, esquissant aussi un gracieux sourire (fig. 284). La fig. 28o (PI. XII) représente les têtes de femme et de satyre dn sixième tableau tocologique qui correspond à la face méridionale du troisième pilier. La canne d’un imbécile ou d un pudibond, ce qui est tout un, a brisé la partie saillante du clitoris recouvert de son capuchon, depuis notre description dans la Chron. médiaile.

l’akt profane a l^èglise

hag'ards ; la }30uche, fermée au début, s’ouvre, crie, hurle; c’est d’iiii réalisme pénétrant, et certainement Zola ig-norait cette curiosité archéologique, sans quoi il n’eût pas manqué de nous la servir dans Rome. 11 eût été au moins piquant de voir le chef du naturalisme littéraire en présence d’une manifestation suraiguë du naturalisme artistique.

Le calme revient momentanément dans l’intervalle des douleurs, mais le visage reste toujours endolori, comme liébété, médusé; puis, les douleurs reprennent plus intenses, la ligure se contracte, elle fait peur; c’est la phase même que nous reproduisons ( fig. 283).

Enfin, voici la délivrance : le ventre s^est affaissé et la tête de la mère disparaît, pour faire place à une évangélique figure d’enfant, aux cheveux bouclés, qui sourit sous les insignes pontificaux, immuables ; cette dernière transformation occupe la face occidentale du piédestal antérieur de droite (PL XI).

(( Cette mise en scène, » dit Giornale araldico (1893), <( est vraiment un signe du temps : elle prouve dans quels abîmes profonds tombe Part quand il cesse d’être chrétien et ne va chercher son inspiration que dans le naturalisme des païens. »

Mais ce n’est pas tout. Au-dessous de l’écusson du pape, auquel l’artiste a donné la forme d’un torse de femme en gestation, se trouve une tête de satyre dont la partie inférieure représente les organes génitaux externes de la femme, avec les détails anatomiques les plus complets et variables suivant les phases de l'accouchement. Chaque fente palpébrale, très allongée — sans globe oculaire — dessine le pli de l’aine correspondante.

La bouche, toujours ouverte et sans langue, est l’orifice vulvaire, muni, sur la première face, de caroncules myrtiformes, débris de la membrane hymen ; la lèvre inférieure de la bouche simule la fosse naviculaire ; les petites et les grandes lèvres vulvaires sont nettement indiquées et béantes ; l’orifice vaginal est surmonté de la lèvre supérieure du satyre, figurant le bulbe du vagin; puis, au-dessus, le lobule du nez, fortement accentué, représente un clitoris en érection, bien que ce ne soit pas le cas; enfin, la moustache tombante de chaque côté ombrage les grandes lèvres, comme les poils du pubis b

1. Le statuaire et céramiste Jean Garries s’est-il inspiré de cette fantaisie érotique du Bernin, en décorant la porte de son atelier, de la rue Boissonnade, d’une conipo*

Fig. 287.

Celte coiilormation pileuse représente ce que, du temps de l’abbé Brantôme, on appelait des « moustaches de Sarrasin », et ellejouissait dune réputation certainement usurpée, mais consignée dans im dicton populaire : « Chemin jonchu et

c... velu sont fort propres pour chevaucher. )>

Ces derniers détails pornographiques échappèrent à la perspicacité de Mgr Barbier de Montault, l’auteur du Traité cV Iconographie chrétienne ; de quel opprobre eût-il couvert l’auteur s’il les avait remarqués! Nous |3ouvons nous en faire une idée, par sa critique de la conception de

l’ecu d’armoiries pontificales en gésine, dont nous venons de par-

® été ignoble quand, à la confession de aint-Pierre, a Rome, il a donné à l’écusson d’Urbain VIII la orme du ventre d’une femme qui accouche, surmontant l’écusson

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