Gabourit, Etudes, p
Giorg-ion; et Michel- Ange qui, non dépourvu de convictions religieuses, travaillait de préférence dans le nu et aima à la folie, d'un amour platonique, il est vrai, la célèbre marquise de Pescaire, Yittoria Golonna. (( Le Christianisme », dit Daniel Stern, « ne paraît pas avoir exercé d’influence sur son génie. Dans aucune des compositions de Buonarroti, je ne reconnais la moindre trace de l’inspiration évangélique. » Mais où placer le Bernin qui, durant son voyage en France, tous les matins, allait « faire son bonjour », c’est-à-dire communier aux P. P. de l’Oratoire, composa, sur les instances du cardinal Antonio Barberini, des « onestes comédies ^ qui n ont jamais été publiées, et imagina les piliers du baldaquin*? L’artiste suit le goût de son siècle, (( Faites », ditM*^ Barboux, « de Watteau, de Fragonard, de Boucher, les contemporains de Gimabué, de Fra Beato Angelico, de Simone Memmi, ils peindront des madones entre deux saints », au lieu de galants entre deux seins. Les artistes travaillent pour l’art et aussi pour l’argent ; leur maxime est celle du vénal Gommines . « Où est le profit, là est l’honneur ».
Certes non, le génie n’a rien de commun avec les convictions religieuses; si elles sont sincères, elles lui couperont les ailes : à son lit de mort, le Pérugin, désabusé, refuse les secours de la religion-, tandis que les papes Paul Y1 et Pie Y, éclairés par FEsprit-Saint, se scandalisent des « audaces lascives » du Jugement dernier et couvrent de pudiques et stupides retouches « la plus prodigieuse conception, a dit Emile Ollivier, du plus prodigieux des maîtres du
grand art ». .
Pour Brunetière, dans toute forme ou toute espèce d art, il y a
comme un principe ou un germe secret d’immoralité. « L art purifie tout ce qu’il touche », dit le même critique, et, affirment certains esthéticiens, « d’une obscénité même il en ferait un objet d’admiration; quelques-uns ne disent-ils pas un moyen de purification » ?
i T Hp l^rchitecte San Micheli était extrême, au dire de Vasari, d n en-
1. La piete de laiclntecie chanter une messe solennelle, ce qui
scu,p.e„.. .e
,>as <ut ^oueue dans ,e
Vponee et de nombreux manuscrits laisses par Leonaid de ^ me dos hardiesses qui sentent diablement le fagot; do même, Aloiuo Cano, Tst Tràc mm-UeU du moine qui Assistait le crncif,x mis sous ses yen.
parce qu’il était trop grossièrement sculpte.
Fermons cette trop longue parenthèse et revenons à Urbain VIII. Ses compromettants et délictueux écussons ont donné lieu à des interprétations contradictoires. Pour les symbolistes, il en serait de ces savoureuses images de parturition comme de certains textes religieux qui, d après Lintilhac, n’ollrent qu'un sens grossier au commun des fidèles, tandis que les initiés en trouvent un second, occulte et supérieur.
Un de nos confrères du Havre, voit tout « avec Fœil simple et non l’œil mauvais* ». (Une pierre, à propos de Saint-Pierre, dans notre jardin.) Mais il n a rien vu au Baldaquin, ce qui im|3liquerait que « 1 œil mauvais » a parfois du bon et qu’en l’espèce, il a mieux vu que (( l’œil simple », adapté surtout pour regarder vers Pau delà ou pour les vues de l’esprit. Par contre, notre honoré confrère, éclairé delà grâce, ne voit dans la Bible que symboles, figures’ allégories, même quand il est dit qu’Adam fut créé « mâle et femelle » ; que le Créateur fit a la lumière » trois jours avant le Soleil, d’où elle émane ; que Josué arrête un astre immobile, etc., etc.
L œd « simple », c’est-à-dire orthodoxe de notre confrère havrais n’aperçoit aussi qu’un symbole dans l’écusson en litige, et il l’explique à sa façon, car l’avantage des œuvres dites symboliques est de susciter autant d’interprétations différentes que de jugements : quoi ohscena tôt sensus.
Quelle a donc pu être l’intention du Bernin, son idée de derrière la tête? Pour notre Champollion de la Seine-Inférieure, c'est aussi simple » que sa vue :
^ Comparer la papauté à une femme qui enfante clans la douleur des
âmes a Uieu, c est pour un pape, comme c’est au reste pour l’Edise, une
gestation et un enfantement bien douloureux parfois. Que de tristesses
que c oppositions, que de luttes, que de soulfrances n’endurent pas le
pape et 1 Eglise, pour mettre au monde des enfants de la grâce, suivant les expressions sacrées ! & , et it
1. Non, nous n’avons pas « l’œil mauvais » ni le « mauvais œil » • n’étant ni mn
N , r IX»"' ». dirons-nous avec l'at.ton de,
mordere ■ Irodesse" non d’Erasme : Admonere voliünms, non
vouIp/ vrt. f lædere ; considéré morihiis hominum, non ofïicere One
c es Hvn ’ à le monde d’emdsa!m lès
IKiint vè , ® l’Evangile, ceux qui ont des yeux pour ne
de 1 nx n^^erul^oa^s^LT^ nialheureusement pas de clix-là; auss^ le ro'ymm mux ne seia-t-il pas notre lot, mais le royaume des taupes.
l’art profane a i/église
Oui, c’est pour lui et pour Elle une gestation et un enfantement, parfois singulièrement douloureux,
L’Eglise est une mère, et c’est encore l’expression consacrée, et qu’elle affirme sans cesse ; quoi donc d’étonnant que l’artiste l’ait personniliée dans une femme, et qu’il l’ait revêtue des insignes pontificaux, puisque sur terre le pape l’incarne et la personnifie L
En raison de son élasticité, le symbolisme a des grâces d’état, sinon des états de grâce; il s’accommode à toutes les sauces, tant il est vrai qu"il y a des accommodements avec le ciel. Credo quia ahsurdum^ telle est la consigne de tous ceux qui ont le don de double vue ou sont atteints de diplopie mystique et de la maladie incurable de foi? Quelles que soient, du reste, les explications de ce symbole obscur, nous n’en persistons pas moins à protester, non contre son esprit, mais contre le cynisme de sa forme imagée et contre cette parodie du symbolisme.
Un autre de nos sympathiques confrères, le D^' H. Vigoureux, a communiqué à son frère, l’abbé Vigoureux, qui était à Rome, les détails ci-dessus, détachés de notre manuscrit en faveur des lecteurs de la Chronique médicale^ voici sa réponse :
... Je lui avais remis le numéro de la Chronique médicale renfermant l’article du 1)‘‘ Watkowski, et il m’écrit ce qui suit:
(( Le dessin donné par la Chronique médicale est exact, mais il faut être médecin pour voir dans ces écussons ce qu’on y a vu. Je les avais aperçus souvent, puisqu’ils sont au tombeau même de saint Pierre et de saint Paul, et seulement à un mètre et quelque au-dessus du sol, et tout le monde les voit ; mais certainement personne ne se doute de rien, s’il n’est prévenu. Quand j’y suis aile, il y avait des hommes et des femmes adossés contre ces écussons, pour entendre la messe qu on disait vis-àvis, et ils n’y voyaient pas autre chose qu’un écusson quelconque. Du reste, le Guide Bædeker, dont se servent presque tous les voyageurs, n’en parle pas : Sous la coupole, dit-il, est un baldaquin précieux, mais
sans goût, supporté par quatre colonnes torses richement dorées ; il a été fait en 1633, sous Urbain VllI, d’après le Bernin, avec du métal enlevé au Panthéon. Sa hauteur avec la croix est de 29 mètres, et il pèse 6305 kilogrammes. » Et c’est tout. Il ne parle même pas des écussons
1. Renchérissons : l'Ef^lise n’est pas seulement une « mère », qui chaque jour dans le baptême enfante des fils à Dieu; une « épouse », comme le veut l'Evangile; une « veuve », une « lille » pour le psalmiste ; mais les livres saints la comparent encore à une « courtisane », car elle appelle toutes les nations à elle et ne rejette pas ceux qui se réfugient dans son sein; nous n’avons donc que Ecmbarras du choix.
qui sont sur les piédestaux de marbre soutenant les colonnes torses en marbre. »
Mon Irère ajoute qu il veut en parler au pape de ma part, quoique les di\eises phases de 1 accouchement soient si dissimulées, que personne ne peut rien y voir, à moins d’être médecin.
Je lui ai répondu que je croyais qu’il était bon que le Pape apprît la chose, et que, par conséquent, il lui remît le 11° de la Chronique médicale qui en parle.
Quand j aurai la réponse, je m empresserai de vous la communiquer.
1)^' II. ViGOUROUX.
Nous attendons depuis 1903 et attendrons long'temps sous l’orme le lésultat de la démarche, dont a bien voulu se charg*er, sur l’invitation obligeante de son frère, M. l’abbé Vigoureux.
Reconnaissons pourtant qu'un vent de purification a maintes fois souffle de la Ville Sainte sur f iconographie religieuse. Léon XIII, au déclin de sa vie, prit Paul IV pour modèle et ordonna « une sévère inspection des églises, pour que soient détruites ou corrigées toutes les peintures dévêtues ou trop peu vêtues. De même, Pie X n a-t-il pas décidé qu’on enlèverait de Saint-Pierre « toutes les statues qui ne répondent point à son idéal »? Les iconoclastes
auraient de la besogne, remarque avec beaucoup de sens et d’esprit le D^' Gabanès.
En présence des obscénités qui pullulent encore dans les saints lieux, on se demande à quoi ont servi les objurgations des Pères de 1 Eglise et les décrets du Concile de Trente qui, dans sa xxvii® session, décida « d’éviter toutes les peintures lascives dans le sanctuaire ».
Sam Charles, rappelle M. Jean de Bonnefon, défend d’introduire dans es jaidins et dans les maisons, les images qui peuvent olfenser les yeux pudiques. Saint Augustin déclame contre les tableaux légers, et Lut Chrysostome aftirme que le démon est présent dans toute nudité
Te cardinal Gousset menace des foudres de l’Eglise les artistes et les collectionneurs qui ne respectent pas les lois de la pudeur. Mais, par un accidentée logique, il toléré la nudité expressive chez les enfants les j,'’enies et les anges, même clans les églises. ’
loutcela n’est que verbiage, et si l’on est excommunié pour vivre parmi les nudités, le pape et tous les cardinaux sont les premiers excommun,e. de l’Eglise. Les galeries et les jardins du Vatican ‘sont encombi és des dieux antiques et païens les plus nus, s’il y a un degré dans le nu.
l'art profane a l’ÉCxLISE
Après ces multiples veto sur le dévêtu dans l’art chrétien, nous sommes étonné d’avoir pu en recueillir la matière de deux gros volumes.
Mais nous n’en avons pas fini avec les écussons subversifs et la femme échevelée qui les décore et les anime. Il y a des légendes sur leur genèse : le professeur d^obstétrique à Rome, G. EmilioCuratulo, a publié deux versions dans son intéressante étude IJArte di Juno Liicina in Bonia, où l’auteur nous cite trop souvent^ ce dont nous le remercions sincèrement. Les huit écussons sont photogravés dans ce travail, mais ils ne donnent qu’une faible idée de la réalité. L’expression de la ligure féminine manque de netteté, et les détails significatifs des mascarons ont disparu à peu près complètement ; c’est grand dommage. R. Moscioni a reproduit dans la perfection le quatrième et le dernier écusson (PL XI et XII); malheureusement, la partie inférieure des masques satyriques a été supprimée par pudeur, et c’est la partie la plus saisissante de l’écu; nos croquis relevés sur place nous ont permis de rétablir la vérité.
D’après H are, qui n’y va pas par quatre chemins, le Bernin aurait célébré, dans ce monument, l’heureux accouchement d'une nièce d’Urbain YIII. Ce serait, il nous semble, donner une bien grande importance à un événement des plus banals.
Selon un autre « roman de chez la portière », le Bernin nourrissait une folle passion pour une nièce du pape; mais celui-ci refusa d’allier à un homme d’une extraction commune une jeune fille appartenant à l’une des familles les plus nobles de Rome. Les amants passèrent outre, espérant forcer la main à Urbain VIII; mais quand l’union libre porta ses fruits, le pontife renouvela son refus de la légitimer. « Voulant se venger du dédain de son ami, le pape, et, en même temps, infliger un affront à cette famille patricienne, il sculpta, à l’insu d’Urbain Vlll et sur ses armes, ces bas-reliefs qui commémorent l’inconduite de sa nièce. » A 1 insu du pape qui discutait les plans des travaux et surveillait leur exécution, voilà qui
1. Nous ne pouvons adresser le même compliment à plusieurs de nos confrères de France et surtout d’Allemagne qui, émules de Bertrand, se gorgent des marrons tirés du feu par Raton, dont ils semblent ignorer l’existence; bien mieux, run de ces forbans exotiques a le cynisme d'imprimer sur sa contrelaçon tudesque, où le m^m seid de l’auteur est changé ; « Le droit de reproduction dans des langues étrangères est interdit 1 »
Planche XI
r^LAXcin: XII
> . ii
Ns
nous paraît fort! De plus^ cette veng-eance d^écus, peu généreuse pour celle qui lui sacrifiait si bénévolement son honneur, eût singulièrement abaissé le caractère chevaleresque du cavalière. C’eût été cracher en l’air.
Le docteur P. Nourry, de Rouen, a recueilli de M. Lamberto Lelli une troisième variante. Voici le potin en question :
Pendant qu’Urbain commandait au grand architecte le baldaquin, il arriva qu’un neveu du pape, probablement Taddeo, plus tard cardinal, généralissime de l’Eglise et prince de Palestine, devint amoureux de la sœur d’un élève du Bernin et la rendit mère.
A la suite de ce malheur domestique, le frère de la jeune fille ne trmiva rien de mieux que d’implorer son Maître, pour qu'il intercédât auprès du pape et que tout fût réparé par un mariage.
Le Bernin, confiant et sincère, pensant qu’entre les enfants du Christ, on ne pouvait se prévaloir de la différence de castes, se rendit chez le pape pour obtenir justice.
Urbain, non seulement repoussa la demande, mais railla l’artiste de sa grossière prétention ! « Gomment, Bernin, dit-il, avez-vous pu avoir une telle idée ! Le neveu du pape épouser la sœur d’un sculpteur ; non seulement il n en faut plus parler, mais il faut empêcher que cette femme n’importune mon neveu. »
L artiste retourna à ses travaux, indigné, la conscience révoltée, et quand il vit les larmes de la malheureuse mère et qu'il entendit les vagissements du nouveau-né, il fit ce serment solennel : a Le Pape ne veut pas reconnaître son propre sang! le fils d’un des siens! C’est bien. 11 aura sous les yeux, pendant toute sa vie, près de l’autel où il dit la messe, au milieu de l’église d’où sort la parole chrétienne, les victimes innocentes : la mère et l’enfant, à l’acte même de leur martyre. )>
Si non è vero... Cette version obstétricale attribue à un élève du Bernin la mésaventure que la première accordait au maître. Sur un canevas aussi fantaisiste, il est d’ailleurs facile de broder des variations à 1 infini. Nous ne pouvons admettre que l’intention du Bernin fût de « berner » — qu’on nous passe l’expression — celui qui était et est resté son protecteur et ami. « Tout ça, voyez-vous, » comme dit un personnage de comédie, « c est des histoires de femmes, » des contes de mère 1 oie. A notre avis, on doit considérer cette conception c est le mot — comme étant à la fois sérieuse et badine, ce qui s accorde assez bien avec le caractère du Bernin, quelque peu mystique, mais non ennemi de la plaisanterie, et avec celui d’Urbain Vlll, esprit indépendant et vaniteux, — onus et ho?ior, sen-
l’art profane a l’éolise
sible à la réclame, se moquant du qu’en dira-t-on, mais détestant surtout l’hypocrisie ; aussi, précurseur de notre confrère Combes, supprima-t-il l’ordre des Jésuites (jui, souvent supprimé, a toujours reparu, comme le chiendent.
Avant tout, le Bernin, persoiia cjratissiina au Vatican, favori de plusieurs papes, voulut flatter la vanité de son protecteur et reproduire sur les huit faces des piliers visibles au public les armes du pontife, avec ses trois abeilles, — symbole heureux, au dire de Chateaubriand, — placées aux deux saillies des mamelons et àla dépression ombilicale. Mais il lui fallait diversifier runiformité des huit tableaux ; or, il remarqua que l’écu ressemblait à un torse de femme ; de là, l’idée de symboliser la plus belle œuvre du Créateur, « l’œuvre de chair ». Pour animer ce torse et, avec la vie, lui donner une variété ag‘réal)le, il ajouta au sommet une figure féminine expressive et, en bas, les organes générateurs, dissimulés sous la forme ornementale, où il déploya toutes les ressources de son talent et de son ingéniosité.
Risquons, si vous le permettez, une seconde hypothèse; aussi bien, quand on prend du symbole, on n’en saurait trop prendre. Ces écus tourmentés n'allégorisent-ils pas encore les terribles épreuves subies par l’Eglise militante ou Sion qui, reprenant pour elle le (( Tu enfanteras dans la douleur » de la Genèse^ aboutit, sous la protection de la tiare, au triomphe de la béatitude céleste, à l’Eglise triomphante ou Jérusalem, personnifiée dans le dernier écu par la tête du bébé angélique, souriant et cravaté d'ailes? Cette fois, notre confrère du Havre voudra-t-il reconnaître que nous n'avons plus « l’œil mauvais »? Mais nous nous apercevons, qu’à notre tour, nous pontifions et pataugeons dans le symbolisme. Quoi qu'il en soit, nous avons voulu démontrer, contrairement aux légendes répandues, le caractère bénin et non malin de l’œuvre énigmatique du Bernin; et puis, nous sommes fort aise d’établir, une fois de plus, jusqu’où peut aller l’exagération dans la voie du symbolisme à outrance ^ .
Un dernier mot — pour rire — sur le baldaquin de St-Pierre : à
1. Depuis notre communication à la Chvoniqiie Médicale et (jui lut une véritable révélation pour nombre de voyag'eurs laicpies ou ecclesiasti(pies, la piemièie cjuestion qui se pose au touriste retour de la ^ulle Eternelle est celle-ci : « Avez-vous vu l’écu d'Urbain VIII? » Honni soit...
TALIE
l'exemple de Michel-Ange^ le Bernin s’est payé la tête de son rival BoiToinini, qui ne ratifiait pas les éloges pompeux décernés à 1 auteur de ce monument quelque peu a pompier » dans son ensemble, mais d'un rococo « ronflant » et magnifique. Le vindicatif et présomptueux sculpteur, aussi confit en dévotion qu’en malice, y ficha la figure de son Zoïle, sous la forme d’une tête d’âne qui ouvre la bouche et enfle les naseaux pour braire'. Et de fait, les colonnes torses du baldaquin semblent elles-mêmes se « tordre », se « gondoler », se « tirbouchonner », qu'on nous passe ce jargon populaire, mais expressif, et prendre parta cette hilarité asine, à cette mordante épigramme. Il y a, vous le voyez, sur ces fameux piliers, ample matière à se désopiler la rate; à moins que ce maître Aliboron, au lieu d’être une mystification, ne soit encore un symbole mystique et mystérieux ; nous laissons aux graves « bien pensants », les seuls qui possèdent l’esprit sain illuminé par la grâce, le soin de le dégager.
La malignité publique vengea, à son tour, Borromini, quand le Bernin, d’accord avec le cambrioleur mitré LTrbain VIII, défigura le Panthéon d’Agrippa, en le flanquant de deux campaniles hétéroclites qu’on appela « les oreilles d’âne du Bernin ». Gomme quoi l’on est toujours l’âne de quelqu'un. Et pourtant, Homère compare Ajax à ce noble animal et Jésus en fait son fidèle compagnon, depuis sa naissance jusqu’à son entrée à Jérusalem, où la monture partage le triomphe du cavalier divin-. Mais bernique 1 Ces pigeonniers baroques^ qui blessaient tout sentiment de l’art, ont disparu ; ils existaient encore en 1725, date de la publication du volume auquel nous empruntons la gravure reproduite figure 287 his.
1. rs ou veau Sanison, il voulut assommer sous le ridicule d’une mâchoire d’âne son téméraire rival, trait barbelé et satirique, avant-coureur de l’amère réflexion d’Hugo ; (( Souvent les hommes braient et les bêtes parlent ». Mais cette curiosité n est mentionnée que par Valéry et Fulchiron; quant à nous, nous n’avons pu décou- \ rir aucune tête d ane orayant ou broutant les feuillages et les chardons — emblème de la pénitence — qui enguirlandent ces fûts dorés et richement ouvrag’és, chets-d œuvre de mauvais goût, d’un style maniéré qui tourmente la logicpie et le bon sens.
2. Le panégyrique de l'âne n'est plus â faire ; Daniel, Ileinsius, G. Agrippa, Mathieu Gesner, Bulfon, etc., ont fièrement célébré ses qualités. N’est-ce pas par 1 intervention dune ânesse que Balaam fut converti? Résultat que n’a pas toujours obtenu l’éloquence sacrée des aigles de Meaux ou d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, ce modeste quadrupède fut bien la première et la dernière monture du Sauveur, et pourtant, à la cathédrale du Puy, une fresque représente le Chris! , dans son hiilrée h Jérusaleniy monte sur un cheval blanc!
l'art profane a l’église
Missoii, à la fin du xyii^" siècle, descendit dans les caveaux de la basilique, sous la chapelle où repose le corps de saint Pierre, et nous
Fig-. 287 bis.
en compte une bonne, comme disait de Villemessant ; nous lui laissons la parole et la responsabilité de sa glose :
J’ay remarqué à Tentrée de ces grottes., une bulle gravée en marbre, par laquelle il est défendu aux femmes d’y entrer qu’une seule fois l’an, sçavoir le Lundy de la Pentecoste ; et aux hommes de s’y présenter ce jour-là, sur peine d’excommunication contre les uns et contre les autres. Ces lieux sont obscurs ; le sacristain nous a dit qu’une avanture galante avoit donné lieu à ce réglement b
1. Ne quittons pas Fauguste temple de la Foi sans consigner diverses remarques, les unes, d’ordre subjectif, les autres, d’ordre objectif, qui s’y rapportent.
Au dehors de la basilique, les deux bras (a) de la colonnade du Bernin embrassent un obélisque d’Héliopolis dominé par une croix, — celle de la chrétienté ou la croix de vie d'Isis, le symbole de l’organe mâle de la génération (h), — et flanqué
a) Les anencéphales qui rourrent la symbolique partout, en dépit des intentions des maîtres de la pierre vive, et ont découvert que les tours d'une cathédrale représentent, selon l’exégèse envisagée, les prédicateurs ou Marie et l’Eglise; les quatre murs, les évangélistes ou les vertus cardinales; le toit, la charité, etc., voient, dans les bras du portique du Bernin, deux membres tendus qui invitent les lidèles à se rél'ugier sur le sein de l'Eglise, comme le déclare la prose rimée d'Edm. Lafond :
Les colonnades circulaires Du temple imi\ erscl semblent des bras ouverts Pour embrasser le monde, éteindre l’univers,
Sons ses portiques séculaires.
Ces bras symboliques étaient plus complets avant la destruction de la partie antérieure qui fermait leur couihe et pouvait à la rigueur figurer les mains (fîg. 287 1er).
(b) Une légende universellement admise, et que nous espérons détruire, veut que, lors de
l TA Lit:
Fig. 287 1er.
de deux lontaines géantes qui déploient leur panache d’argent et « lancent iour et nuit un donble torrent », lequel, au dire de l’abbé Boullroy, serait reinblème « du jaillissement éternel de la grâce » ! Vous ne vous en doutiez pas.
A 1 intérieur, près de chaque confessionnal cosmopolite se dressent de lon«-ues baguettes en osier, semblables à celles qui servent à conduire les dindons et*^ les oies. Elles sont, ici, a l’usage des ouailles, autre espèce de « troupeau », confié à Pierre par le Lhrist (S. Jean, xxi. 17), qui viennent « s’écheniller la conscience ».
Pénitent agenouillé en reçoit du pasteur un coup sur la tête L était une coutume romaine pour alfranchir un esclave. A Lorette, les iésuites nénitenciers passent la matinée en faction près de leur guérite, c’est-à-dire à la porte du tribunal delà penitence; ils frappent la tête de ceux qui n'ont que des péchés veniels et désirent quarante jours d'indulgences : leurs houssines ou lignes à péchés sont noires et non blanches. Ainsi s’accomplit le jeu de mot de Jésus à deux de ses apôtres : « De pêcheurs de poissons je ferai de vous des pêcheurs d’hommes . »
l’érection de cet obélisque sur l'ordre de Sixte-Quint, - qui défendit, sous peine de mort de pousser aucun cri pendant cette délicate opération confiée à l’architecte Fontana, - les corder « se c/e^endtrent SOUS le poids de l'immense monolithe », écrit fabbé A. Boulfrnv ( . ). Acqiia aZfe corrZe.' De 1 eau aux cordes! clame tout à coup le marin Bresca, de Sai7 Remo, troublant e trémolo de l'orchestre qui devait, comme au théâtre, souligner cette scène palpitante. « Le bourreau saisit le coupalde, répète comme tant d’autres G. de Léris M8S01 pour le pendre. » Mais Fontana, « averti par ce cri, a comjiris que les cordes tron ’
(p us haut elles étaient détendues) vont sc rompre ; il les fait couvrir d'eau, elles se ' re.JerrenuZ dernier elfort, et 1 obélisque est sur son piédestal ». L’érection du monument qui démrê notre place de la Concorde n'a pas causé tant d’émoi. Bref, reconnaissant envers Llui oui n uvc son œu\re, Fontana implore la grâce du bavard, l'obtient, et Bresca emporte en outre a San Remo le privilège de la fourniture exclusive des palmes à la ville et aux é-lise^' He R ^ ’ le .lourdes Uameau.v; lu-ivilége couse, -vé depuis ,,a.- le^ desceudauPs du l;;,rd!s:réistnrDZ
i/aiit propane a l’église
Vatican. — L’horrible presbytère de Saint-Pierre^ comparé par Zola à une « verrue immense », peut l’etre aussi à un fruit savoureux qui, sous une laide enveloppe, cache une chair délicieuse.
Le motif central de l’escalier, scala reggia^ qui conduit aux salles principales, comprend l’écu d’Alexandre Vil soutenu par deux Renommées (lîg*. 288). C'est encore une œuvre du Bernin. L’une de ces Renommées étale sa mamelle et sa cuisse droites, sans la moindre mousseline; elle est d’ailleurs encourag-ée dans cette tenue immodeste par le mauvais exemple des ligures du voisinag-e.
Nous ferons une sélection restreinte parmi les nudités que nous rencontrerons sur notre passag^e ; elles sont trop, comme à Waterloo.
A. Bibliothèque Vaticane. — On ne voit aucun livre dans cette ])ibliothèque, et cependant ses curiosités bibliog'raphiques sont aussi célèbres que ses richesses artistiques ; cela tient à ce que les manuscrits et les livres sont rangés dans des armoires dont les portes se dissimulent sous la décoration g-énérale. Mais nous n'v trouvons rien à relever ; passons.
B. Muséo Ghrétion. — Cette annexe de la Bibliothèque, fondée par Benoit XIV, nous olFrira une larg-e compensation à la pénurie précédente. Ici, le Guide du chanoine X. Barbier de Montault, en main, nous n'avons que l’embarras du choix.
lOiL Femme ag-enouillée et nue devant un homme à cheval.
inènic, à Venise, l’c-glise des Gesnati avait le monopole de la fourniture des torches })our les enterrements.
Mais revenons à l’ascension du monument égyptien et marquons ensemble les contradictions de ses historiographes. Avec M. de Léris, les cordes troj) tendues- se resserrent sons l’inlluencc de l’humidité libératrice; tandis que l'abbé Boulfroy voit, après le mouillag'e, l'obélisque « qui commençait à fléchir, remonter de lui-mème par le seul effet de la tension des cordes ». Nous ])Ourrions relever les mêmes erreurs chez tous ceux qui ont copié, plus ou moins mal, les uns sur les autres, cette historiette que nous déclarons apocryphe. En effet, ces narrateurs ou mieux ces copistes crédules — ils sont légion — oublient la notion élémentaire de pliysi(jue qui fait fonctionner l'hygromètre de Saussure : la sécheresse resserre et raccourcit le cheveu; au contraii-e, celui-ci s'nltonçfe sous l'influence de l'humidité atmosphérique. En mouillant les cordes, j)atatras; elles % alloiujent, comme le nez de nos narrateurs devant cette démonstration scientifi(|ue, et leur légende tombe à terre. Nous })ouvons donc conclure que leur raisonnement tiré par les cheveux ne tient qu'à l'un deux, celui de Saussure, G. Q. F. I).
Aussi bien, la raison du prétendu privilège s'explique logiquement i>ar des circonstances toutes naturelles : le terrain et l'exposition de San Remo étant reconnus comme des plus favoi-ables à la culture du palmier, la famille Bresca en fit sa spécialité sur une large échelle et accapara la plus grande partie de la vente civile et religieuse à Rome. Curieuse coïncidence : Remo est l'anagramme de Rome. Quant à Sixte-Quint, il pouvait à juste titre revendiquer h* surnom d'Egyptien, en raison de la manie, du délire des hauteurs, qui le possédait d'ériger des obélisques aux quatre coins de la Ville Eternelle, j)ar vanité, pour attacher son nom à l'érection de monolithes monstrueusement phalliques qui n'ont de <f bel» que l'adjectif contenu dans leur
nom.
WÊâ/ij/'E^^P: E- '. BERifiPo ’E'X PP^lPp^i'Mli
Ï^^SIS^,7^dA
.Hl.:,ill:^ii,üliL
Fi
117. Femme voilant sa nudité. Un g-énie I autre pleure... eaope | faustina filia | zes
lui présente un miroir ; I ES.
l’art profane a l’église