‹ L'art profane à l'égliseChapitre 62 sur 97 · Cf. Ch. Yriarte, Autour du Concile · texte numérisé non relu

Cf. Ch. Yriarte, Autour du Concile

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tve, les charmes secrets de la femme du peintre qui, lui, s'est reprl^intTentdm L ART PROFANE. II.

l'art propane a l’église

pale (lig. 288). Le Vatican a même un culte particulier pour « la mère des plaisirs et des amours » ; ses galeries hospitalières, la

Fif;-. 28S. — Vendredi, par Rapliaël.

Bihihlioteca maja entre autres', aljritent plusieurs effigies de la déesse, toujours sans le moindre voile.

Salle des Saints. Vis-à-vis d’un jeune Saint Sébastien — l’Apollon chrétien — qui se contente d’un mouchoir étroit pour couvrir sa nudité, Sainte Julienne^ mariée contre son gré à un gouverneur idolâtre, est saisie par les bourreaux qui lui arrachent ses vêtements. Certains auteurs croient reconnaître, dans cette composition, l’histoire de la chaste Suzanne, combien chaste ici par rapport aux mœurs du temps : sa robe bleue, qu elle commençait à retirer quand les vieillards impatients la saisissent, ne découvre qu’une faible partie de sa poitrine recouverte d’une chemisette !

Les peintres du plafond de cette salle servent de thème flagorneur à la glorification d’Alexandre VI et établissent par un mythe égyptien l’origine divine du taureau des Borgia ! « Ce taureau, d’après Schmarzow et Steinmann, est le bœuf Apis, et ce dernier une incar-

I. Vénus se présente de face sur son char. P. Letarouilly, le Vatican, l. ni, pl. 10 et 11.

nation mystique d’Osiris et de sa sœur et épouse Isis desquels date le commencement de la civilisation. Isis, de son côté, se trouve identitiée à la lo des Grecs qui, ti’ansformée en vache, fut amenée jusqu'en Egypte ». Tous les épisodes mythiques de la vie d'Osiris et de la fiction de lo, que Zeus confie à Héra, alternent avec des peintures religieuses ; cependant, la résurrection du dieu dont Isis a reconstitué les membres épars n'est pas traitée avec la franchise physiologico-anatomique de l’art égyptien, tel que ce personnage ithyphallique e.st représenté au temple d’Abydos.

E. Salle de bains du cardinal da Bibbiena. — Ce secrétaire de Léon Xet auteur de la pièce ultra-graveleuse la Calandra fît peindre par Raphaël, dans son riliro intime, une série de fresques mythologiques dont nous ne pouvons donner que la liste, au moins celle des compositions principales : le Combat de la Nature contre la Beauté et V Amour, Vénus porte la main gauche sur sa poitrine qui saigne d’une blessure ; la Naissance de Venus, la déesse vue de dos se tord les cheveux; Venus et Cupidon, assis sur des dauphins; Vénus retire de son pied une épine (fresque enlevée); Vénus et Adonis ou Ariadne et Bacchus, un homme et une femme s’embrassent sous un arbre ; Pan et Syrinx ou Jupiter et Antiope, une baigneuse peigne sa chevelure et se tourne du côté d’un homme caché dans le feuillage ; la Création d’Ereehtée ou Vuleain et Minerve, etc. Autant de chefs-d’œuvre qui prouvent par leur variété que les fabricants habituels des tableaux de piété ne peignaient pas uniquement avec des préoccupations religieuses et dans l’illumination de la foi. Mais la nigauderie et le bigotisme de vertueux pontifes les ont fait recouvrir d un badigeon ou même détruire, reprochant au peintre de la Transfiguration d’avoir souillé son pinceau au service d’un des cardinaux les plus païens et les plus spirituels — pris dans le sens temporel ou mondain — du xvi^" siècle. L’un de ces tiarés, au crâne lézardé et à la cervelle ratatinée, Benoît XIII, ne voulait-il pas, lui aussi, faire effacer les peintures du divin Sanzio, au Vatican, pour y placer les faits et gestes édifiants de deux nouveaux saints obscurs qu’il venait de canoniser? Cette bête à bon Dieu, ce béat benêt de Benoît qualifiait les chefs-d’œuvre raphaéliques de porcheria, une cochonnerie, au dire de l’abbé Richard.

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C’est encore la sotte pudeur qui, en 1826, a fait expulser du Vatican plusieurs toiles dont l’Académie de Saint-Luc a hérité. Telles, les Trois Grâces, de Palmale Vieux ; /^e^/iSc7j6ee,dePalmale Jeune; la Fortune, du Guide (hg. 289) ; Lucrèce, du Guido Cagnacci, et Diane découvrant la grossesse de Calisto, du Titien.

Mais dans leur nouvelle installation, plusieurs de ces splendides incarnations de la chair tombèrent du Gharybde pontifical en un Scvlla municipal et furent soumises à la formalité puérile et vénale du rideau. Proh piidor ! Malgré cet ostracisme, le Vatican abrite encore assez d'œuvres charnelles pour défrayer nos descriptions indiscrètes.

F. Arabesques de Raphaël.

— Ce sont les décorations des jDÜastres de la galerie du second étage que Giovanni da Udine, inspiré par le génie du maître des maîtres, a diversifié à l’infini ; on donne à ces motifs le nom de grotesques, parce qu’ils ornaient surtout les grottes. Ces multiples sujets décoratifs, où le nu domine, n’ont, à part leur grâce, aucune relation entre eux; ils se succèdent au gré du caprice de l’artiste et sont encadrés d’arabesques variées. Nous y trouvons des satyres, des néréides, des naïades, des centauresses, des nymphes, des sylphides, des amours, des gnomes, des psylles, des goules, des monstres marins ; on y reconnaît aussi Diane d'Ephèse, la charité païenne (fig. 293), et la Caritas chrétienne (fig. 291, 292). Tout ce monde s’agite au milieu d’un gracieux fouillis de rosaces, de branchages, de feuillages, émaillés de fleurs et couverts de fruits où voltigent des insectes et des oiseaux de Vénus.

G. Loges de Raphaël. — Les petites coupoles des voûtes sont ornées de nombreuses peintures dont les sujets sont, pour la plu-

Fig. 289.

part, tirés de 1 Ancien Testament; aussi, appelle-t-on cette suite de tableaux religieux la Bible de Raphaël. Certains offrent les désha-

billes traditionnels, tels : la Présentation d'Eve à Adam (tlg ;]0t ) ou a c^pagne du premier homme ne cache que ses seins, ”en sant les bras sur sa poitrine, ce qui est un anachronisme, la pudeur

l’art profane a l’église

était inconnue avant « le fruit défendu — le Péché originel^ Bethsahée au hain\ le Déluge, etc.

II. Salle des Saints des Chambres de Grégoire XIII. — L’une est

1. La Bible ne spécifie pas, mais il est évident qu’il s’agit du fruit de la cou ception.

2, Réveil, tome xv, pl. 44.

au premier étage des Loges, et l’autre au second. Saint Jacques Majeur tient une statuette d’une Diane d'Ephèse, dont les nombreuses

Fig-. 298.

Fig-. 299.

mamelles signifient la Bonte ^ on y lit cette inscription chrétienne Qiiærite Dominum in bonitate.

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