Les Seins à l’église^ fig
dos bacchanales voisinent avec les Verius théologales^ la croix et le calice du saint sacrifice de la messe (fig*. 313).
Mais c’est assez prendre l’air des jardins pontificaux, retournons
au plais vaticanal par l’escalier royal, sous l’œil des Renommees dégingandées et dégrafées que nous connaissons. Au premier étage avant de pénétrer dans la célèbre chai^elle Sixtine, visitons, en coup de vent sa voisine de face, la chapelle Pauline, construite sous
au 111, le glouton qui mourut subitement après avoir mangé deux melons à son dîner.
l3o. Chapelle Pauline. — Tout en jetant un rapide coup d’œil sur la fresque du Crucifiement de Saint Pierre', nous y remarquerons que le martyr est crucifié la tête en bas, sur sa demande, se trouvant indigne de prendre l’attitude du Sauveur... et des larrons. En outre, Michel-Ange l’a représenté dans un état de nudité absolue ; 1 a, du reste, supprimé tout accessoire, maison, arbre, etc pour concentrer tout l’intérêt sur le protagoniste de cette scène tragique. On pourra constater aussi que les organes, très réduits suivant 1 esthétique michelangesque, ne suivent pas les lois de la pesanteur: mais c’est un peu chercher la petite bête ou midi à b heures et demie (lig. 313 hisy.
Les Seins à l'église, %. 38 his
qu. elle devait se marier, - rcs.somhlait à votre personnage .i, ’
t/art profane a l'église
14'' Chapelle Sixtine. — Cette salle, dont Sixte IV a choisi remplacement et à laquelle il a laissé son nom, serait mieux appelée Michelanjesquc, car elle renferme les principales œuvres picturales
Fig. 313 his. — Reproduite par Armengaud, dans les Galeries publiques d’Europe.
de Buonarroti, /’uom di quattr aime, l’homme aux quatre âmes, selon l'heureuse expression de Pindmonte : architecte, sculpteur, peintre, poète, sans compter Pâme qu’il réservait au culte de Vittoria Golonna. A l’appel de Jules II (f 1513), successeur et neveu de Sixte IV, il enlumine la voûte de fresques dont le sujet est emprunté à la Genèse, et, ving't ans plus tard, il applique au mur de l’autel les académies musclées de son Jugement dernier, projeté par
Clément (*[- J 534), exécuté sous Paul III ^ (*[- 1549) et découvert le jour de Noël, eu 1541.
Les nudités bibliques des compartiments de la voûte ont leur
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importance, et par la qualité et parle nombre; elles sont noblement artistiques et nullement sensuelles. Bien que ce génie fût un chaste, son pinceau les recherchait au lieu de les éviter; u il revêtit de muscles ses pensées sans se douter de Linconvenance de ses nudités » , dit Cartier. Ne nous étonnons donc pas d’en rencontrer autant :
1. Ihéophile Gautier commet donc un anachronisme, un honneur qui revient plutôt à ses successeurs :
en attribuant à Jules II
Il i>loyait Micliel-Ang-e avec son ])ras de f(U’,
Et, le voyant trenihler, sachant (jn'ii n’était qu’liomme, Au dôme colossal de Saint-Pierre de Rome Le trainait, en jurant, allumer son enter.
l'art profane a l’église
l’art et la vérité avant tout; peu lui importaient les scrupules des coccinelles attardées. Chaque tableau biblique du plafond est encadré
d'une architecture en trompe-l’œil :
aux angles, sont assises des figures nues, sous forme de statues, que Vasari appelle des Ignudi.
Nous reproduisons celle qui occupe l’angle supérieur droit de la Naissance d’Eve ; elle correspond à la Sibylle de Gumes, Cumana, « aux seins pendants et lourds » (hg. 314).
Cet adolescent tient un sac de glands significatifs : des feuilles de chêne accompagnées de glands, d’après le chanoine Morel, seraient l’image des avantages que l'on trouve au service du Seigneur.
Parmi les épisodes
de l’Ancien Testament, plusieurs attireront et retiendront notre attention :
La C rca tionduso le i l et de la lune (üg. 315).
L’attitude du personnage qui fuit, le Génie du Chaos, chassé par le Tout-Puissant, et dont la draperie collante accuse les rotondités postérieures, donne lieu à une équivoque : pour les esprits enclins à la malice, il semble personnifier
l’astre lunaire.
La Naissance d'Eve (hg. 31 h). La compagne d Adam fait son entrée sensationnelle dans le monde par le flanc gauche de son époux*, plongé dans un profond sommeil quasi anesthésique, imposé
Fig. 31G.
1. Les flagorneurs « fuministes » se refusent à voir Eve sortie de la côle d’un homme ; « Ce sexe enchanteur, susurrent ces idéalistes, est émané, comme les fleurs,
par le chirurg-ien céleste. Ignorant le péché, nos premiers parents sont apudiques, aussi ne s’occupent-ils pas de cacher leur nudité ;
Michel- Ange s'est bien gardé de commettre la faute de Raphaël. Adam et Eve manr/ent du fiuiit défendu et sont chassés du Paradis
(fig. dl7). Le démon tentateur prend ici la forme d'une femme chevelue — ce qui est un contre sens sur lequel nous nous sommes suffisamment expliqué. Les cuisses de cette lamie finissent en queue
cl un rayon céleste » ; mais les contempteurs du sexe qui nous mène par le bout du
nez et de ses nénets ripostent : « comme le gratte-cul de la rose cl la chenille du papillon O.
l’art profane a l’églisk
de serpent et s’enroulent autour de l’arbre de la science du bien et du mal.
Fig-.
La position des g-énitoires d’Adam, à la hauteur de la figure d’Eve, exprime d’une façon un peu vive l’ignorance où nos chastes parents
Fis-. 320 bis.
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Fig-. 321. — Le prophète Daniel. Reproduite par ArmengaïuL
Fig-. 322. — Jérémie.
i/art profane a l’église
étaient delà pudeur. Mais, par contre, Buonarroti, dans V Expulsion du Paradis, toujours fidèle au texte, transforme leurs corps en ceps de vig*ne.
Le Déluge. Les nombreux fugitifs sont tous strictement nus,
Fig'. 323. — Sibylle Delphica.
pour indiquer qu’ils ont été surpris durant leur sommeil par l’envahissement des eaux, « quand toutes les fontaines du grand abîme furent rompues et les bondes des deux furent ouvertes ». La femme alfalée au premier plan (fig. 318) est la seule peut-être qui a du linge, mais elle l’emploie à se couvrir la tête.
IJ Ivresse de Noé (fig. 319). Par une contradiction choquante, les enfants du patriarche montrent sur eux-mêmes ce qu’ils veulent cacher sur leur père : la poutre et la paille.
Les intervalles des tableaux de l’Ancien Testament sont occupés par des scènes diverses, tel le Bonheur conjugal (fig. 320) où se traduit surtout le bonheur d’un petit polisson qui fourrage le
I TALI E
corsag-e maternel. Mais c’est principalement dans le voisinage des
pendentifs consacrés aux colossales ligures des Prophètes ^ (lig. 321
1. Sous Ezecliiel, on voit, d’un côté, une femme au dans le sommeil (fig. 320 his), et, de l’autre, la môme et portant son enfant.
terme de sa grossesse, plongée lemme eveillee, devenue mère
i/aut profane a l’église
322) et des Sibylles (lig. 323) que se réfugié le nu, à la retombée des arcs de la voûte et sur les cariatides couchées ou debout de la corniche. Tous ces motifs dévêtus se présentent sous les aspects les plus variés : Michel- Ange, vous le savez, s’elforçait de « ne jamais faire le même contour ». Delà, certaines attitudes forcées de « corps convulsés », que nous rencontrerons surtout dans le Jugement et qui rappellent parfois les contorsions de elowns, maillot bas.
Le Jugement dernier (fig. 324) h Cette immense cataracte de damnés, suivant l’expression imagée d'Emilio Gastelar, qui tombent blessés par l’implacable sentence du Juge incorruptible; ces gigantesques tableaux vivants, agités par le souille d une inspiration tumultueuse, où l’on reconnaît le lion à sa grille, ex linge leonem^ devraient être accompagnés, au dire d’Iluysmans, du Dies iræ, « l’hymne désespérée du moyen âge ». Pour Delacroix, cette conception de trois cents ligures titaniques, qui matérialisent le récit dantesque, « c’est la fête de la chair! » D autres voient, comme dans la Divine Comédie^ la fusion du paganisme et du christianisme, de Zeus-Jésus tonnant et de Caron « aux yeux de braise », tous deux courroucés, aux deux extrémités de la puissante et immortelle page. Le Christ fulmine contre les damnés la terrible excommunication : liecedite a me, maledicti,...
Quelques mitro ou microcéphales touchés de la grâce y découvrent, celui-ci, (( une leçon de gymnastique » ; celui-là, « une collection de grenouilles »; cet autre, « une scandaleuse peinture » ou encore « des ordures irréprochables pour l’art, non pour la religion ». L’un de ces sacristes elfarés place le Jugement de Fra Angelico, dont le pinceau était un goupillon, bien au-dessus de toutes les compositions similaires : <( le bienheureux de Fiesole, exulte cet exalté, a surpassé tous les autres et s’est surpassé lui-même ». Comme chez Nicole! ! « Dans ce fouillis de raccourcis audacieux, clame Simond, dos et visage, bras et jambes se confondent; c’est un véritable pouding de ressuscités h Nous préférons le jugement de l’abbé Boulfroy :
1. Celle planche, gravée au trait par Thomas Piroli, reproduit les persouuagcs sous leur asjicct actuel, c’est-à-dire expurgés par l’Anastasie poutificalc. Les tîguies
3ï1G, 327 et 328, d’après une très aucieuue gravure, rétablissent, eu quatre zones sensiblement parallèles, les personnages a leur premier état sans draperies. Nous attirerons, plus loin, latteutioii sur les parties qui ont été postérieurement et jdus particulièrement recouvertes.
2. Joignons à ces critiques sévères et injustes celle, non moins dure, mais plus
TALIK
« C’est le produit d'iiiie imagination fantastique en proie à un délire sublime ». Facile è il criticar, difficile l’arle.
One les dévots, mitrés ou non, que les béats — dont l'anagramme est bêtas — s acharnent contre ce chef-d’œuvre, rien de plus naturel ; la cour des miracles des papes, « la sentine », disait Pétrarque, si indulgente pour les simonies et les saturnales de certains d’entre eux, à quelques exceptions prèsh a toujours redouté l’éclat de la lumière, aussi bien le rayonnement des belles-lettres que celui des beaux-arts, mais que « le divin » — nous dirons l’arlequin — Arétin, poète lubrique par excellence, condottiere de la plume, fasse chorus avec ces noirs Zoïles et s’encapuchonne, pour la circonstance, dans le puritanisme exclusif de la règle cistercienne, voilà ce qui provoque le bon sens, vodà le comble du cynisme et de 1 impudence! L auteur et, selon la judicieuse remarque de M. Romain Rolland, le modèle de 1 Hypocrite ^ écrivit donc à Michel-^Viige une lettre peihde qu il publia quatre ans après 1 achèvement de la fresque, en novembre 1545. 11 était, en ellet, peu satislait du maître florentin qui avait eu le tort de ne tenir aucun comjDte d’une esquisse envovée par lui pour \q Jinjeinent^ et surtout de ne pas le combler de cadeaux, à l’exemple du Titien h
impartiale de Sigalon qui a lait du Jugement une excellente copie, exposée à l’Ecole des Beaux-Arts : « Maintenant que je contemple à l’aise l’immense tableau de Michel-Ange... je trouve qu’il porte un caractère frappant de hâte... Avant la fin de œuvre, 1 impatience avait gagné l’ouvrier. Beaucoup de figures du dernier plan ne sont que des ébauches ; pour se distraire et s’exciter à finir, l’artiste a eu recours à a antaisie. La fresque de la chapelle Sixtine... est moitié une œuvre d’art moitié une caricature. Il est évident que ces scènes, qui dépassent quelquefois les limites du ridicule, ces poses grotesques ou obscènes, indiquent la lassitude du sujet et la nécessite de rester dans l’actualité pour achever l’œuvre au moyen d’une inspiration factice. Ces hommes qui grimacent, ces figures qui se tordent, ce sont des ennemis des envieux auxque s Michel-Ange a imposé la vengeance de ses pinceaux, comme autrefois le Dante leur avyit imposé celle de sa plume... Michel-Ange avait commence un tableau, il a signé un pamphlet. »
PoujpuLAT, Toscane et Home, lettre 28. Cf.
1. loutefois, rendons aux Césars du Vatican ce qui est aux Césars du Vatican * rendons justice au zèle artistique des papes qui, depuis Clément XII jusqu’à Pie VIl’ travaillèrent a 1 accroiseinent des collections et principalement à' Clément Xiv’ lequel installa le Miiseo Pio CLementmo, avec la galerie organisée par Pie VI -. Vous trouverez cette lettre in extenso dans le Michel-Ange de M. llomain Boland , nous n en extrairons que les passages les plus suggestifs «Dans une si haute histoire, vous montrez les anges et les saints ceux-ci sans aucune honnêteté terrestre, ceux-là privés de tout ornement. Voyez’ les Gentilsquand Ils sculptent, je ne dis pas Diane vêtue, mais Vénus nue, ils ha fon^ecm^^^^ avec la main les parties qui ne doivent pas se découvrir : et Voici qu'm
l’art prop\\ne a l’église
Trop de g’eiis <( rentrog'iiez et contristez » ont suivi Texemple de cet ex-larbin d'Ag-ostini Chigi à qui il vola une tasse d^argent’, de ce vil contempteur, dont « la plume endiablée crache et éclabousse », comme celle de Giboyer. Ces gens d’esprit borné voient dans la robuste conception michelangesque, d’une réalité si saisissante et si tragique, un impudent outrage public à la pudeur et se récrient, en se signant, contre ce (( chaos », cet « abus du nu ». Certes, une pareille conception n’est pas immaculée; elle a ses taches, comme le soleil, et d’Agincourt donne la note juste en appliquant à ce « pintrissime », pittorissimo, ce que Voltaire pense d’Homère qui sommeille quelquefois :
Plein de beautés et de défauts,
Le vieil Homère a mon estime,
11 est, comme tous ses héros ;
Trop souvent outré, mais sublime.
Que si jamais la chaste nudité de Part fut obligatoire, c'est bien dans la scène de la résurrection : les morts ne peuvent sortir de leurs tombes en habit de cérémonie. Il faut que les croyants en fassent leur deuil et qu'ils se résignent à comparoir devant le tribunal suprême sans la moindre liquette ou bavette, et Murillo, lui-même, qui, vous le savez, préféra la mort à la honte de se découvrir devant
estimant l’art plus que la foi, tient pour un spectacle royal de ne pas observer une semblable décence envers les martyrs et les vierges, aussi bien que le geste de faire saisir un homme par les parties génitales, — tant qu’une maison de débauches fermerait les yeux pour ne le point voir ! C’est dans une salle de bains voluptueux, non dans le chœur souverain, qu’un tel style était à sa place.
(( Ce serait un moindre crime de ne pas croire, que d’attenter ainsi à la foi chez autrui. Mais, jusqu’à présent, l’excellence de ses impudentes merveilles n’est point restée impunie, puisqu’elles ont fait le miracle de tuer votre gloire. Aussi, ressuscitez votre nom, en faisant des flammes de feu avec les parties honteuses des damnés, et des rayons de soleil avec celles des bienheureux, ou bien imitez la modestie des Florentins, qui cachent sons des feuilles d’or le ventre de leur beau Colosse : et pourtant il est placé sur une place publique et non en un lieu sacré. Que Dieu vous le pardonne ! »
A l’accusation d’impiété, l’Arétin-Basile ajoute celle de vol, lui reprochant d'avoir gardé « le trésor » laissé par Jules II pour l’érection de son mausolée inachevé ; bien mieux, il ramasse dans la boue la calomnie répandue contre les mœurs antiphysiques de Michel-Ange, et insinue que Gherardo Perini et Tommaso dei Cavalieri, « seuls peuvent disposer de lui ».
1. Ce chaste incontinent qui aimait la vertu chez les autres, ce « fléau des princes » ne chantait les louanges du Seigneur ou des seigneurs qu’après les avoir fait « chanter » ; il se vautrait indistinetement dans la dévotion ou dans l’abjection, selon l’occasion et le prolit.
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Fig. 327. — Zone III.
Fig. 328. —
Zone IV
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un médecin, sera bien déçu quand il verra que son sacrifice pudique était inutile. Aussi le thème du Jugement dernier.
Jour grand, où l’on verra le fils Naistre aussi tost comme le père,
est-il naturellement fertile en nudités : élus et réprouvés ne seront parés que de leur peau jusqu’à la consommation des siècles.
D ailleurs, le nu de Michel-Ange n’est pas inspiré par le désir malsain de flatter les sens ; nous connaissons l’immuabilité de ses ^ principes artistiques sur ce sujet. C’est aussi l’avis de Stendhal :
Une seule figure nue s’adresse presque sûrement à ce qu’il y a de plus tend] e et de plus délicat dans 1 ame j une collection de beaucoup de figures nues a quelque chose de choquant et de grossier. Le premier aspect du Jugement dernier a excité chez moi un sentiment pareil à celui qui saisit Catherine II le jour qu elle monta au trône, lorsqu’en entrant dans les casernes du régiment des gardes, tous les soldats à demi vêtus se pressaient autour d elle. Mais ce sentiment qui a quelque chose de machinal, disparaît bien vite, parce que l’esprit avertit qu’il est impossible que l’action se passe autrement.
Poui la composition de son poème, Michel-Ange s’est inspiré de la Divine Comédie, œuvre de vengeance que Dante, le poète gibelin, écrivit de a sa plume taillée avec son épée », dit A. Dumas. Puis, il s’est efforcé de varier les attitudes et d’éviter les sentiers battus ; aussi, comme dans certaines de ses œuvres de sculpture, la crainte de la banalité, des répétitions et des réminiscences le fait-elle souvent tomber dans la recherche de la, singularité.
Mais déjà, selon la remarque d’E. Gastelar, la réaction commençait contre la Renaissance ; « l’hypocrisie allait reprendre le suaire du moyen âge pour ensevelir de nouveau la nature ». La papauté passa de la parole à l’action, comme l’Arsinoé de Molière,
bille fait des tableaux couvrir les nudités,
Mais elle a de l’amour pour les réalités,
et plusieurs de ses représentants firent subir au chef-d’œuvre de Buonan-oti les derniers outrages. Dès lors, ces figures athlétiques evmrent aptes à chanter dans la même chapelle, en perdant les signes extérieurs de la virilité L
1. Il est au moins curieux de constater que c'est précisément dans la chapelle du l’art profane. — II.
Paul III (*i* 1549) eut un instant l’idée de faire couvrir d’un badigeon le Jugement dernier^ sur les insinuations répétées de son maître de cérémonies, messer Biagio ou Biazzo da Gesena, qui décla-
Fig’. 329, 330. — Details du Jugemenl, d’après l’œuvre originale de Michel-Ange.
rait l’œuvre digne de figurer dans une étuve ou dans une hôtellerie, opéra da stufe o d’osteria. Michel- Ange se vengea de son mordant critique en le plaçant au premier rang des démons (fîg. 330), sous la forme de Minos — stj^avi Minos orribilmente e ringhia, selon la fiction dantesque. Il le peignit avec les oreilles d’âne de Midas et un serpent qui lui dévore l’appendice « par où il a péché ^ ». Comme le
Vatican, qui contient le plus de nudités, que se réunissent les interprètes des sublimes inspirations de Palestrina. manifestation vivante de l’art musical, lesquels précisément sont privés de leur sexe parce que le rituel prohibe les voix de femme à Saint-Pierre. Mais il paraît que le recrutement de ce bataillon de sopi'ani, qui ont la ressource après la perte de leur voix de se faire gardien de sérail, devient de plus en plus difficile. Autrefois, à Rome, on voyait à la porte des barbiers, Alexandre Dumas le raconte, des écritaux avec cette inscription illustrée d'un rasoir : « Ici, on perfectionne les garçons » ; euphémisme ignoré de nos « coupeurs » de chats.
1. Un moine visionnaire, sous Charles le Chauve, eut la révélation qu’une bête immonde rongeait la même partie du corps de Charlemagne, en punition de son libertinage honteux.
jii^e (les enfers, le chef du protocole pontifical assigne leur place aux réprouvés t|ue Caron, « le nocher du marais livide )), chasse de sa barque à coups d’aviron, après le passage du Styx. Le camérier déconfit supplia Paul III d’intervenir, mais le pontife lui répondit avec esprit que, s’il était souverain maître sur le ciel et sur la terre, et si son pouvoir s’étendait au Purgatoire, il ne pouvait rien en Enfer. Toutefois, le pape engagea Michel-Ange à retirer du gouffre infernal le malheureux cardinal qui était devenu l’objet de la risée publique. Mais Buonarroti refusa net en s excusant par cette fine réplique In Infenio nulla redemptio (dans l’Enfer, il n’est pas de rédemption). Par contre, il fait figurer son ami le Tasse parmi les élus.
Ce mode de vengeance n'est nouveau ni dans les arts ni dans les lettres. Dante en a usé largement avec ses ennemis, que son immortelle épopée chrétienne a cloués au pilori de l’histoire.
Autres espiègleries. En l’an 1329, maître Pierre de Gunerys ou Gugnières, avocat du roi Philippe de Valois, plaida contre les privilèges de 1 Eglise, tendant à lui ôter la justice temporelle. Les ecclésiastes 1 appelèrent, par dérision, « du Gu ignet » et donnèrent son nom à a une petite et laide figure qui est à un coing du jubé de Nostre-Dame^ et- n’est aucun réputé avoir veu ceste Eglise s’il n’a vue ceste grimace ».
Nous savons comment Andrea Orcagna, poète, sculpteur, peintre et architecte, tira vengeance d'un huissier sans entrailles, qui avait saisi ses meubles, en le piloriant dans son tableau de VEn fer. Le même peintre, ainsi que Giotto, dans leurs tableaux de Santa-Groce, à Florence, se payèrent la tête de Gecio d’Ascoli qui s’était permis de critiquer Dante, leur inspirateur et ami.
Lucas Signorelli s est aussi vengé d une infidèle en la représentant nue, en proie à un démon qui Femporte à tire d'aile sur son épaule. Ge groupe, que Michel-Ange a imité, est encore emprunté à
Sa légende
V. cathédrale de Sens, cette figure est appelée Jean du Cognot. a c e ciansonnee par le cabaretier Bruand, Sénonais, qui la grava, paroles et V ique, avec illustration, sur une jiierre lithographique conservée au Musée ’SMici le premier couplet de cette chanson :
Or sous Philippe de ^'^alois,
L intègre Pierre de (hignières, Avocat, déiènseur des lois Et des coutumes séculières,
Au nom du roi s’est insurgé (Contre les princes du clergé.
L^ART PROFANÉ A L^ÉGÉISÉ
niomère du moyen âg-e : « Et je vis venir derrière nous un diable noir. Ah ! comme il me semblait terrible. Les ailes etendues et le pied léger, il emportait fièrement un pécheur sur son épaule pointue et le tenait fortement attaché par les nerfs des pieds. »
A la Badia de Fiesole, ancienne cathédrale de cette ville, on voyait un tableau de Gio da San Giovani représentant le Christ dans le désert : des anges, parmi lesquels il en était du sexe féminin, s’efforçaient de chasser le démon ; le peintre avait donné à ce dernier les traits d’un moine de l’abbaye qui lui avait servi du vin piqué, tandis qu’il peignait sa toile.
L’église des Capucins, à Rome, possède un Saint Michel sur soie du Guide, qui, pour se venger des critiques du cardinal Pamfîli, futur Innocent X, à la face rubiconde et bourgeonnée, horrible compagnon dont le nez trognonne, que Vélasquez a enluminé de son pinceau puissant et original, représenta le prélat sous les traits hideux de Satan. Pour se justifier, le Guide attribuait cette ressemblance au hasard ; simple coïncidence, disait-il, imputable à 1 extrême laideur du cardinal.
Dernier exemple de représailles d’artiste. Léonard de Vinci passait parfois des journées entières devant sa Cène sans y toucher. Le prieur du couvent auquel la fresque était destinée s impatientait de cette façon de travailler et se plaignit au duc. Léonard répondit : (( Je n’ai plus que deux figures à peindre, le Christ et Judas ; je ne savais comment les représenter ; pour Judas, je n’hésite plus, je lui donnerai la figure du prieur. » Et le duc se mit à rire.
Paul IV qui, cardinal, contribua activement à l’établissement de l’Inquisition, osa le premier porter une main sacrilège sur la fresque de Buonarroti ; il lui fît dire qu’il trouvait ses figures trop nues et qu’il fallait les modifier. « Au lieu de s’occuper de quelques indécences de mes peintures, répondit fièrement Michel-Ange, le Pape ferait bien mieux de songer à détruire les désordres qui régnent dans le monde. » Le pape, blessé, voulut faire piquer la muraille profanée de la chapelle, ou tout au moins faire recouvrir la fresque incriminée d’un enduit. Daniello Ricciarelli, autrement dit Vol terre, élève de Michel-Ange, pour sauver de la destruction l’œuvre de son maître, accepta, en 1555, la tâche ingrate de couvrir de draperies quelques pubis subversifs. On l’appela le Bracchettone ou Braghet-
tone^ c’est-à-dire « Gulottier », et ce surnom lui est resté. C’est ainsi qu’une culotte est devenue une robe de Nessus.
Salvator Rosa, dans sa troisième satire, a consacré à cet incident grotesque des vers qui ne manquent pas de piquant b II fut d’ailleurs un de ceux qui blâmèrent « les tragiques fantaisies » de Michel- Ange. Vint ensuite Pie V 1572), qui trouva à son tour que cette peinture murale n’était pas morale, et chargea Girolamo da Fano, — Stendhal nomme Dominique Garnevale, barbouilleur de Modène, — d’ajouter de nouveaux linges pour couvrir les nudités dont la pudeur de l’Arétin avait été blessée !
Clément VIII (d* 1605), animé du même zèle destructeur, eût sacrifié la fresque en entier, sans la protestation de l’Académie de Saint-Luc. Enfin, Clément XIII trouva encore des coins de chair à vêtir et confia ce travail de confection au pinceau maladroit de Stéphane Pozzi. L’abbé Richard, dans son Voyage en Italie^ raconte qu’il vit « de très médiocres artistes occupés à recouvrir de draperies les plus belles figures nues du tableau et du plafond. »
Depuis, l’œuvre de destruction du vandalisme pontifical a été continuée par le temps, l’humidité, l’explosion de la poudrière du château Saint-Ange, mais surtout par la fumée des cierges ou de Pencens^ et aussi par un raccord d architecture qui a supprimé la partie supérieure centrale, réservée primitivement au Père éternel et au Saint-Esprit. La fresque ainsi détériorée, défigurée et obscurcie par « les outrages conjurés des événements et des hommes », n’est plus qu’une vaste « croûte » de noir de fumée. En cet état négatif, il est à l’abri de nouveaux accès de pudibonderie du Saint-Siège. Un (( accommodement » a d’ailleurs tourné la difficulté au Vatican : selon la formule tartufienne, on cache ces seins artificiels, que l’on ne saurait voir, avec une tapisserie représentant V Annonciation de la Vierge^ par le Baroche. Tous les dimanches, cette immense
E pur eni un error si hrutlo, e grande,
Che Daniele di poi fece da sarto In quel Giudizio a lavorar mutande.
2. « Il y a telle grande fête, dit un auteur, où il se brûle à Saint-Pierre pour plus de 14.000 écus romains (60.000 fr.) de bougies, dans un seul jour. » Mais, quoique lassent les adorateurs de l'agneau pascal, aussi bien que ceux du veau d’or ou de la vache à Colas, ils n’y verront pas plus clair dans les mystères de la religion et ils n en continueront pas moins à éclairer le culte : c’est le plus clair de l’affaire.
l'art profane a l’éolise
draperie est clouée au-dessus de l’autel, à la messe papale \ Ingres, en 1827, a exposé un tableautin de valeur qui donne une idée de cette cérémonie. C’est précisément cette toile qu^une détraquée vient de mutiler.