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Les Seins à l’église, üg. ill!J

2 En peinture, VExlase de sainte Micheline, par Boroccio, est aussi un chefd’œuvre ; mais on ne peut pas en dire autant de la suite de pâmoisons maniérées de Sainte Catherine, la lille de saint Domiuicpie, ciue le Sodona a représentée dans l’une de ses fresques. On cite aussi un admirable tableautin du Dominicpiin montrant sainte Catherine de Sienne en pâmoison extaticiue, soutenue par deux anges jouant le rôle de carabins, tandis que le Christ, en dépit de toutes les règles de l’antisepsie, lui tire le cœur de la poitrine à travers son habit de jacobine.

J^I.ANCIIK XIN’

P'iG. 367, ])age 340.

Fragment de la

1 ransverbcratioii du cœur de sainte

'rhérèse.

Fhot. Axi)i:ks()x.

l’art profane a l’église

comme l’exemple le plus frappant de la fusion du mysticisme et de l’érotisme, u Quand la figure de la sainte serait nue », dit de Lalande,

Fig. 364.

Fig. 363.

elle ne serait pas plus licencieuse ; le sculpteur y a mis une expression que le papier ne peut soutfrir. »

Que ces âmes trop sensibles, écrit à son tour Dupaty, qui craig’iient tout ce qui rappelle l’amour, n’entrent jamais dans Téglise de la Victoire, elles y verraient la statue de sainte Thérèse. La Vierge est à moitié couchée ; tout son corps s’abandonne... sonreg-ard, ses traits, surtout ses mains et ses pieds lang-uissent... Ma pensée commence à rougir ; détournons-la.

M. Paléologue dépeint l’extase quasi-lubrique de la vierge d’Avila avec exactitude :

La sainte est dans son habit de carmélite, pâmée, tombant à la renverse, sa bouche entr’ouverte, les yeux mourants et presque fermés ; elle n’en peut plus, l’ange s’approche d’elle, tenant en main un dard dont il la menace d’un air riant et un peu malin.

Fig. 365.

Fig. 366.

C’est la paraphrase de l’exclamation malicieuse échappée au

pr

ésident de Brosses : « Si c’est ici l’amour divin, je le connais ! » Alpho lise Karr, dans son jug'ement sur la sainte hallucinée, g^arde

moins de courtoisie et le tableau marmoréen, avec la bouche de la Vierge en chose de poule, ne lui suggère qu une réflexion mordante i

Saillie Ihérèse^ cette Sapho chrétienne, physiquement amoureuse du Christ, prétendait être descendue dans l’Cnfer et disait, dans une de ses élucubrations éroticpies : « On n’y aime pas et ça pue. »

Ce chef-d’œuvre de la statuaire laisse à l'auteur satirique des Guêpes une impression si fugitive que, dans ses Notes de Voyage^ il 1 accroche aux murs d’une église de Venise!

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Plus précis, le chef du naturalisme, Zola, aveugle admirateur de cet artiste a puissant et exquis », auquel il reconnaît « une verve toujours prête, une ingéniosité sans cesse en éveil, une fécondité pleine de grâce et de magnificence », — mais qui vise trop souvent à la recherche de Peffet tourmenté, du théâtral boursouflé, — charo-e un de ses personnages de Rome, Narcisse, d’exprimer son enthousiasme sur ce merveilleux tableau vivant, que le cavalier Bernin ht jaillir du marbre :

Ah ! cette süiule J fierese. le ciel ouvert, le frisson que la jouissance divine peut mettre clans le corps de la femme, la volupté de la foi poussée jusqu’au spasme, la créature perdant le souflle, mourant de plaisir aux bras de son Dieu !... J’ai passé devant elle des heures et des heures sans jamais épuiser l’infini précieux et dévorant du symbole.

Moins emballé, M. Paléologue, déjà nommé, nous fournit la note juste sur cette merveille d’expression :

Nul doute sur ce sujet. Ce n’est pas à une scène de cloître ou d’oratoire, c’est à une scène d’alcôve que Bernin nous fait assister. Les mouvements secrets dont cette belle créature exténuée semble tressaillir encore n’ont rien de mystique. Ce n’est pas une visionnaire en extase que nous avons sous les yeux ; c’est une jeune mondaine qui défaille aux bras de son amante

L’extraordinaire est qu’on s’y soit mépris d’abord, et qu’une œuvre aussi profane ait pu être considérée comme l’expression suprême du sentiment religieux. Dans ce marbre tout frémissant de vie sensuelle, on ne voyait que le spectacle d’une âme absorbée en Dieu, au point que, vers 1750, un prêtre écrivait tranquillement : (( L'expression de cette statue démontre la vérité de cette pensée de saint Augustin : Irrequielum est cor nostriim tlonec requiescat in te. »

Le mysticisme prête à ce genre de malentendus. C'est ainsi que le Cantique des Cantiques a été considéré comme un dialogue entre Jésus et son Eglise, et que cette pastorale passionnée, ce poème brûlant n'est, pour Athanase, « qu'un hymne en l'honneur de f incarnation du Verbe ». Or, cette œuvre a inspirée » est, nous Lavons

1. En elTet, le réalisme de cette scène délirante prête à l’équivoque et suggère de malicieuses interprétations. Ce groupe érotico-éthéré pourrait tout aussi bien s’intituler VAinour et Psyché, et cette épouse de Jésus transportée au septième ciel, évoque le souvenir d’abbesses émancipées, telles Jeanne de Parme et Louise Hollandine, abbesse de Maubuisson qui, raconte Madame, dans une lettre de 1716, avait eu tant de bâtards qu’elle ne jurait que « par ce ventre qui a porté quatorze enfants ! »

démontré ailleurs, un drame satirique et amoureux. « Il est de viles décences », a dit J. -J. Rousseau, surtout dans la Bihlc^ ajouteronsnous ; comment voulez-vous que des gens dont le jugement est obnubilé parla discipline du dogme qui interdit de raisonner, voient juste ?

Pour conclure, la Sainte Théî'ôse du Bernin, hypnotisée par son Cupidon angélique, est Pimage de la religion mondaine, tortement imprégnée de sensualisme.

Quant à la question de savoir si la vierge d’Avila fut une « grande hystérique », il n'y a pas le moindre doute à cet égard, et le D*' Gabanès, notre maître Trublet en compilation, se donne beaucoup de mal pour prouver le contraire h

Il nous semble que c’est en pure perte, et nous allons donner nos raisons. Tout d’abord, c’est de grand cœur et au pas accéléré que nous nous rangeons dans le parti de ceux que notre aimable confrère traite généreusement de « cliniciens à courte vue ». Sans doute, sainte Thérèse ne souffrit pas exclusivement d’hystéro-épilepsie, caractérisée par des crises d’hystérie - les plus nettes, avec perte du sentiment, sommeil profond, douleurs excessives, angoisses, délire et convulsions successives se prolongeant parfois quatre jours. Son cas est beaucoup plus complexe ; mais nous ne pouvons garder aucun doute sur la nature du mal essentiel dont elle fut atteinte. Examinons ce cas pathologique en détail.

Après ces « effroyables crises »^ sa langue, écrit-elle, était en lambeaux, à force de l’avoir mordue ; ses (( nerfs se contractaient tellement, qu elle était ramassée en peloton » ; ses os (( se séparent et demeurent déboîtés » ; ses mains sont si roides qu elle ne peut (( les joindre; il m'en reste », ajoute-t-elle, « jusqu’au jour suivant une douleur aussi violente que si mon corps eût été disloqué ».

1. Les Indiscrèlions de l’IIisloire, 4'“' série. Notre cher confrère paraît donner raison à J. -K. Hnysmans, ce plaisant déséquilibré qui s'évada dn naturalisme pour sombrer dans le mysticisme et croyait enfermer les détracteurs du satanisme, des succubes on du miracle dans ce dilemme : une femme est-elle possédée parce quelle est hystérique ou est-elle hystérique parce qu’elle est possédée? Personne, constate triomphalement l'auteur de VOhlat, parmi les scientifiques n’a répondu à la question; « seule l’Eglise peut répondre, dit-il, la science pas ». La science répond à de pareilles billevesées par un haussement d’épaule et le conseil de consulter un aheniste; quant à l’Eglise, qui vit dans le bien, elle ne peut renier ses conceptions irréelles.

2. Pour le D’’ Bernheim, de Nancy, il n’y a pas d’hystérie, mais des crises hystériques.

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Elle se plaint d’une contracture qui l’empêche de rien avaler. N’était-ce point la douleur spécifique du spasme œsophagien, que le lang-age populaire a si bien caractérisé depuis par l’appellation de la boule? La chose existait déjà bien que le terme fût ignoré. Rien n’achèvera mieux de nous convaincre que l’examen des autres maux dont soulFre la sainte. Pendant vingt années consécutives, nous la voyons incommodée tous les matins par des pituites nerveuses ; elle restituait ses aliments, « qu’elle ne pouvait, nous dit-elle, garder que l’après-midi ». Chacune de ses crises était suivie d'un « torrent de larmes » ; ce qui ne l’empêchait pas, dans les intervalles, d’être aussi larmoyante que Madeleine.

Mais ce n’est pas tout : durant trois longs mois, sans répit, « des pieds à la tête, elle éprouve une égale torture ». Elle est atteinte d’une hypéresthésie cutanée qui lui rend insupportable le contact le plus léger d’une main. On ne pouvait « la remuer qu’à l’aide d’un drap ».

Survient ensuite une paralysie qui l’accable au moins trois années. C’est alors qu’elle se décide sur le tard à demander sa guérison à saint Joseph qui, paraît-il, ne lui refuse jamais rien. Elle implore aussi Marie-Madeleine, « la glorieuse amante de Jésus-Christ ». Par un vrai phénomène d’auto-suggestion, dans sa confiance en ses appuis suprêmes, elle finit par marcher; elle est apparemment guérie.

N’avons-nous pas ici un cas assez clair d’hystérie épileptiforme ? D’autant que ces troubles physiques se compliquaient chez Thérèse de dérangements psychiques. Elle est sujette à la lévitation; comme Marie-Madeleine^ elle sent son corps flotter et voler dans l’espace ; elle souffre d’hallucinations de la vue et de l'ouïe. Le Seigneur lui apparaît; elle tombe en extase; elle est ravie. « Je ne veux plus, lui susurre une voix divine, que tu converses avec les hommes, mais avec les anges. »

Nous ne pensons certes pas, cher confrère, que « sainteté soit synonyme d’hystérie » ; mais vous conviendrez qu elle se traduit maintes fois sous des formes qui sont de simples variétés de la folie mystique, dont les manifestations relèvent exclusivement de la médecine mentale h La folie érotique, surtout à forme hallucina-

1. Tels encore les cas des grandes amonreuses extatiques, Catherine de Sienne, Catherine de Ricci (lig. 368), sainte Chantal, Marguerite-Marie Alacoque, etc.

rr A L 1 E

tüire, s’associe souvent au délire religieux^ selon l’enseig-nement du professeur Bail.

Ajoutons que sainte Thérèse était atteinte de chloro-anémie constitutionnelle, aggravée par les jeûnes, les veilles et les macérations pieuses; elle était minée par le paludisme. Et si nous rappelons que son père, confit en dévotion, lui laissait une hérédité plutôt chargée, nous aurons tous les éléments nécessaires pour expliquer la psychose protéique et les séraphiques ardeurs de notre brillant sujet. Elle est le portrait vivant, ressemblance garantie, que Charcot a tracé de main de maître de la grande hystérie.

L’ambition de notre bienheureuse qui a imaginé l’adoration d’un viscère était « de se consumer en la présence du Seigneur comme un cierge ardent, afin de lui rendre amour pour amour », écrit-elle dans son Mémoire. Plus loin, elle raconte qu’un jour, en temps de carnaval, elle se déguise pour assister à une soirée ; mais au retourelle s’administre, pour expier « son grand péché », de sanglants coups de discipline sur le corps. « Le soir, ajoute-t-elle, quand je quittais ces maudites livrées de Satan, mon souverain Maître se présentait à moi comme il était à sa flagellation... », donc in jjiiris naturalihiis. « Je t’ai choisie pour mon épouse, lui disait le Seigneur, et nous nous sommes promis la fidélité lorsque tu m’as fait vœu de chasteté. » Sa mère veut la marier, Jésus intervient et lui fait une scène de jalousie : « Si tu me fais ce mépris, lui dit-il, je t’abandonne pour jamais. » Crainte de rupture avec son céleste époux, elle renonce à tous les partis excepté un : elle prend celui d’entrer au couvent de la Visitation de Paray. « C’est ici, lui signifia son divin amant, que je te veux ! » Et elle se « donna » à Jésus qui lui avait déclaré, à vingt ans : « Je serai pour toi l’amant le plus tendre » ; qui lui disait à sa prise d’habit : « C’est aujourd’hui le jour de nos fiançailles... Jusqu’ici je n’ai été que ton fiancé ; à partir de ce jour je \eux être ton époux ! » Un dernier extrait, pour finir comme tout par une chanson ; « Le Cœur adorable de mon Jésus me fut présenté plus brillant qu’un soleil. Il était au milieu des flammes de son pur amour, environné de séraphins (ou mieux de cupidons) c{ui chantaient d’un concert admirable :

L'amour triomphe, l’amour jouit,

L’amour du saint Cœur réjouit ! »

En l’espèce, il nous paraît diflicile d’établir la limite qui sépare l’amour divin de l’amour humain. Au surplus, consultez son Mémoire et aussi V Histoire de cette sainte par Mgr Em. Bougaud. Le meme auteur a écrit VHisioire de sainte Chantal, où il raconte ce trait dégoûtant de son héro'ine, dont tout le bonheur consistait à poser ses lè^■res sur les ulcères les plus repoussants, tel le lys sort parfois du fumier : « Un jour qu’elle soignait une moribonde atteinte d’un cancer à l’estomac et qui ne pouvait rien garder, elle nettoya le vomissement de cette malade avec sa langue... » Pouah ! Après tout, n’a-t-on pas glorifié les poux de saint Labre ? C’est dans l’ordre ou, si vous préférez, dans les ordres.

Parmi les exemples de macérations écœurantes, relevons les austérités que s'imposaient d autres douces toquées qui se rabaissaient à l’état de l'animal herbivore ; sainte Marie d’Alexandrie ne mangeait qu’une feuille de chou crue — comme une lapine — chaque dimanche ; Catherine de Cordoue, assure le « docteur de l Eglise » sainte Thérèse, se réduisit à paître l'herbe comme les bêtes et, durant le carême, elle ne se permettait pas de s’appuyer sur ses mains pour brouter avec plus de fatigue ; enfin, les carmélites réformées, entre autres extravagances mystiques, se nourrissaient, les unes, de glands, les autres se contentaient de feuilles de vignes — rien des statues.

l’art profane a l église

La vierge d Avila est donc une hystérique de la plus belle eau bénite qui soit, et, pour finir par un mot plaisant, au risque de passer, après cette palabre, pour un Joseph Prudhomme, un père Grandet, voire un Homais renforcé d un Bonneau de Molinchard, permettez-nous de piquer sur son cas particulier l’étiquette néologique à'hystérésie.

24« Sainte-Marie de l’Ara Gœli {Santa Maria in Ara Cœli).— Cet édifice occupe 1 emplacement du temple de Jupiter Capitolin, et la tioisième colonne a gauche de la nef porte encore une inscription qui trahit son origine profane : a cvbicvlo avgvstorvm. Ce monolithe

viendrait donc de la chambre à coucher impériale du palais des Césars ! Un autre vestig'e de l’antiquité se retrouve dans une singulièie céiémonie mystico-païenne célébrée dans ce temple chrétien et décrite par 1 auteur du Voyage dans l’ Italie méridionale (1843) :

Tous les ans, le jour de VEpiphanie, et du haut de l’escalier de l’Ara Gœli, on montre au peuple agenouillé sur les marches et la place le Santissiino Hani bino , qui, depuis la fete de Noël, est exposé dans une crèche, ainsi que les .figures de l’empereur Auguste et de la Sibylle de Gumes h.. A sa vue, les Romains baisent la terre, se frappent la poitrine, et leur émotion va jusqu’aux larmes.

Que fait Auguste à côté de Jésus se demande Fulchiron \ Jean de la Paye va lui répondre. Cette église doit son vocable à un petit autel placé du côté de l’Evangile, qui aurait été consacré à Dieu par Auguste. Voici dans quelle circonstance :

Ge prince, ayant consulté l’Oracle de Delphes pour savoir qui gouverneroit l’himpire après lui, fut longtemps sans avoir de réponse. Enfin, après plusieurs instances, fOracle déclara que l’Enfant Hébreu, Fils de Dieu, lui ayant ôté la parole, il n’avoit plus rien à révéler et que l’Empereur eût à se retirer. Auguste, dit-on, ayant trouvé ce langage conforme aux Prophéties des Sibylles, bâtit aussitôt un autel au Gapitole en l’honneur de l’Enfant Hébreu dont lui avoit parlé l’Oracle, et appela cet autel Ara priinogeniii Del.

Depuis 1870, le Bamhino boude dans son oratoire et ne sort plus de sa crèche.

i. Cette somnambule extralucide passe pour avoir auuoucé la venue du Messie; mais vous n’ignorez pas que cette prédiction a été, par fraude pieuse, interpolée dans les vers sibyllins à la fin du premier siècle de notre ère.

Tombeau JTIonorius III. Le soubassement est occupé par trois génies ; celui qui occupe le centre se dresse de face et étale nettement ses organes ombragés (fig. 369).

Fig-, 370.

Chapelle Savelli (.xiii' siècle). Un sarcophage orné de satyres et de bacchantes célébrant une fête de Bacchus renferme les restes du père et de la mère du pape Honorius IV.

Gregorovius a relevé cette inscription sur la sépulture du sénateur Petrus Jacobus Ginna.

nie CORPVS LINQVENS ANIMA REPETIVIT OLYMPVM

Et sur le tombeau de Paolo Boccapaduli (xv'' siècle)^ ce distique :

JVPITER HVNC PRIMVM SACRIS PREFECERAT .* ILLVM NVNC SVPERI

gavdent astra tenere poli

L alliance de I élément païen et de l’élément chrétien est naturelle a cette époque ou les poètes appelaient Dieu, Jupiter ; le Christ Esculape; Marie, Diane, etc. Erasme ne comparait-il pas Jules II à Zeus ^ Gomme plus tard Voltaire donnera à Catherine les noms de Sémiramisou de Minerve du Nord, de Sœur d’Apollon, etc.

L auteur d'Un mois en Italie constate dans la Communion de saint Jérome du Domimquin la « bizarrerie » de la nudité absolue

i/ari’ profane a 1/ église

du Père de TEg-lise, au milieu de persoiinag-es richement vêtus de costumes sacerdotaux. Ce contraste jurait tellement à coté de la pudique Transfigiiralion de Raphaël que les moines de l’Ara Cœli reléguèrent dans un coin le tableau du Dominiquin ; ils l’oltrirent même au Poussin comme une toile qu’il pourrait recouvrir !

215^ Sainte-Marie-du-Transtevère {Santa Maria in Transtevcrc.) — Les colonnes coniques de la nef du premier sanctuaire de Rome qui fut élevé à la Vierge, proviennent en grande partie d’un temple d’Isis et de Sérapis dont les têtes ornent les chapiteaux païens, llarpocrate, fils d’Isis, le dieu grec du silence, y figure à côté des divinités égyptiennes. Nouvel exemple de la fusion du paganisme et du christianisme dans le domaine de l art chrétien.

26^ Sainte-Marie Majeure {Basilica Liheriana). — Les colonnes de cette basilique, « la plus grande » des églises de Rome dédiées à la Vierge, sont tirées du temple païen de Junon Lucine, la protectrice des femmes en couches.

Sépulture de Clément IV. Le pape pontifie du haut de son mausolée et donne sa bénédiction urhi et orLi, assisté de la Foi et de la Charité^ dont le sein dodu gave un gamin goulu tout nu.

Tombeau de Sixte-Quint. L’ancien gardien de moutons, qui n’avait pas dû acquérir des goûts artistiques très prononcés dans la société de ces doux quadrupèdes, voulait faire enlever du Vatican le Laocoon et V Apollon^ à cause de leur mise négligéeL En revanche, ce vaniteux parvenu atteint de « la maladie de la pierre » multipliait ses armes parlantes sur les monuments qu’il édifiait sans cesse : un lion tenant dans sa griffe trois poires — de bon chrétien sans doute. Rappelons une réflexion quelque peu libre du pâtre de Montalte au sujet du calvinisme : « On ne fait pas l’amour dans cette religion », disait-il, « elle ne durera pas ». L’expression

l. Dans le ^raad hall de l’éculc de Danbury, du Goniieeticut, les éludianls et étudiantes yaukees, sur leurs économies, avaient élevé une réplique eu marbre de V Apollon du Belvédère, le même qui échappa à l’ostracisme du faux bancal Sixte-Quint. Mais les membres du conseil scolaire, eu tournée d’inspection, tirent revêtir le dieu un du Vatican d’un maillot de canotier moderne (fig.^ 370). Et sa chlamydc, portée uéylig’emmeut sur le bras, « prit 1 apparence, dit René Rures, d une serviette mouillée qu’il emporterait dans sa cabine après le bain. » Apollon en caleçon, quelle leçon de ridicule I

ITALI i:

italienne est plus énerg-ique^ non si chiava in qiicsia religione^ et choquerait partout ailleurs qu’au beau pays a des priapées et des son-

nets de dévotion^ où le si résonne » et où l’on voit du sang sous la peau des femmes^ mais non du lait comme sous celle des Françaises^ au dire du Bernin. Pourtant, une boutade de Luther ne dit-elle pas : (( Celui qui n aime ni le vin^ ni les femmes^ ni le chant, celui-là est un sot et le sera sa vie durant » ?

A la chapelle du tombeau de Clément Vlll, deux adultes nus, en marbre, se font remarquer par leur mauvaise tenue : ils écartent leurs cuisses et semblent vouloir montrer leur sexe ou s’apprêter à satisfaire quelque besoin pressant.

La Charité (lig. 371) du mausolée de Clément IX se distingue de ses congénères, répandues à profusion sur les monuments funèbres, par un geste qui, pour être naturel de la part d’une nourrice, est rarement figuré , elle prend sa mamelle pour Fotfrir à son nourrisson adoptif.

Il nous reste à visiter les tombeaux des cardinaux Santorio et Cæsari Raspono. Au fronton du premier, l’un des angles est occupé par une Chanté (tig. 372) qui abandonne son sein gauche à un

i/aUT PUOt’ANE A

petit miséreux et, de la main droite, lève un cœur. Sursum corda !

L’autre sépulcre est orné d’un gracieux groupe de la Renommée, au sein nu, accompagnant le Temps (fîg. 373).

La princesse Pauline Borghèse, sœur de Bonaparte, qui était à ses yeux « la plus belle et la meilleure créature » de son temps, est enterrée dans la chapelle de la famille Borghèse ; mais on s’est bien gardé de décorer son tombeau de la statue, sculptée d’après

nature par Caiiova^ qui alarme la pudeur et « rappelle tout ce que les poètes prêtent d’attraits à la mère de l’Amour ». « C’est de la

Fig-. 373 bis. — Caricature de l’auteur des Tetoniana. Tirée du Rict

us.

Viande ! » disait en français un Romain^ avec un accent passionné, à 1 auteur anonyme de V Itinéraire d’un voyage en Italie,

27® Saint-Martin. — A noter un curieux tableau de Cavalucci, le Purgatoire. Parmi les âmes purifiées que les ang-es tirent des flammes, une femme se distingue par sa nudité, bien qu’elle tienne ses bras croisés sur les seins, en attendant sa délivrance. « Pourquoi, se demande Kotzebue, fallait-il qu’elle restât si longtemps dans le purgatoire ? Qu’a-t-elle pu faire autre chose qu’aimer ? » Or, comme le chante Béranger, pas le sénateur :

Dieu lui-même ordonne qu’on aime,

Je vous le dis, en vérité.

l'akt profane. — II.

l'art I'RüFANE a i/éllisio

Saint-Nicolas-en-prison {San Nicolo in carccre). — Les

Fij;-. 373 1er.

colonnes de la nef furent empruntées, selon la coutume antique, au temple de Juno Sospita.

La prison à laquelle cette basilique doit son vocable est celle qui fut le théâtre, sous Claudius le Décemvir, d'un trait de tendresse fdiale maintes fois rapporté sous le titre de Caritas Roniana (fig-. 373 his^). Pline (vu, 3b) fait nourrir par sa fdle le père condamné à mourir de faim pour trahison, et Valère Maxime (iv, liv. 5) veut que ce soit la mère prisonnière qui prolita de ce touchant

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